07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

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Unité, alliances et alternatives : quelles perspectives pour les mouvements sociaux ?

Contretemps : Au sein de cette coalition, plusieurs organisations ont particulièrement œuvré à des rapprochements et à un travail commun qui sont antérieurs à la crise du Covid-19. Pouvez-vous nous expliquer quelle a été la genèse de tels rapprochements et en quoi cela constitue une expérience relativement inédite ?

Julien Rivoire et Aurélie Trouvé : Le croisement des questions écologiques et sociales était en germe bien avant 2020 et s’est traduit notamment au moment de la COP21 en 2015 avec la formation d’une coalition syndicalo-associative en vue de préparer les mobilisations parallèles à la COP, même si à ce moment-là on avait du mal à incarner clairement une perspective écologique et sociale.

Depuis la fin des années 2000, Attac s’inscrivait par ailleurs dans les mouvements pour la justice climatique qui existent dans différents pays, et du travail collectif avait été abattu sur l’articulation des questions écologiques et sociales.

Après 2015, cela s’est traduit par un travail commun entre syndicats et association autour d’une plate-forme et d’un rapport Un million d’emplois pour le climat en France, à l’image de ce qui existait déjà dans les pays anglo-saxons. Mais même si à l’époque, il y a eu des volontés, les mobilisations sociales et les mobilisations environnementales restaient chacune dans leurs couloirs.

Il y a eu ensuite des accélérations avec l’approfondissement de la crise climatique et la massification du mouvement pour le climat qui interpellent fortement les syndicats, et puis le mouvement des Gilets Jaunes, qui touche à la fois les syndicats et les mouvements environnementaux ; Greenpeace par exemple multiplie des prises de positions en faveur des questions sociales, et assume le fait qu’il n’y aura pas d’avancée sur la question climatique sans prise en compte des enjeux sociaux.

Donc avant tout, c’est l’impact des mouvements d’ampleur dans la société qui percutent les organisations. Il y a aussi des effets liés à des directions d’organisation, des équipes militantes, voire des personnes, des configurations internes qui ont permis cette accélération, d’où parfois une difficulté à inclure dans cette volonté l’entièreté des organisations respectives, même si des dynamiques locales existaient déjà également. C’est ainsi que 8 organisations ont commencé à se rencontrer fin 2019, marquant une volonté de travail en commun au moment de Davos.

La crise du Covid-19 a ensuite bouleversé l’agenda et a conduit l’alliance initiale de 8 organisa-tions (quatre syndicats, FSU, CGT, Solidaires, et Confédération Paysanne, et quatre associa-tions Attac, Greenpeace, Oxfam, et Les Amis de la Terre) à s’élargir pour publier une tribune le 27 mars et lancer un appel « à toutes les forces progressistes et humanistes […] pour recons-truire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral ».

A la suite de cette prise de position, une pétition pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme a été initiée, et atteint aujourd’hui près de 200 000 signatures. C’est dans la foulée, que le collectif Plus jamais ça ! a publié le 26 mai dernier un plan de sortie de crise, 34 mesures pour engager une bifurcation écologique et sociale.

Comment passe-t-on maintenant de cette volonté de responsables d’organisations à une prise en charge par l’ensemble des militant-e-s, et au-delà par la population ? C’est l’enjeu pour la dynamique Plus jamais ça ! dans les prochains mois, de savoir amplifier les initiatives locales en germe, puisque nous recensons une trentaine de collectifs locaux actuellement.

Ce n’est cependant pas la seule ni la première initiative en ce sens. Dans le mouvement associatif et syndical, déjà des tentatives de convergences sont apparues, avec d’autres orientations. Comment cela a-t-il été perçu ?

En effet, il y a eu avant Plus Jamais ça !, par exemple, ce qu’on appelle le pacte Hulot-Berger, ou pacte du pouvoir de vivre, initié par la CFDT et la Fondation Nicolas Hulot (FNH), rassemblant le pôle réformiste du syndicalisme et toute une série d’associations qui ne se limitent aux environnementalistes.

Si les associations environnementales avec lesquelles on travaille ont fait le choix de Plus jamais ça !, c’est que le mouvement des Gilets Jaunes a arbitré en interne des débats qu’elles avaient sur le rapport au changement systémique. Ça les a percutés et a consolidé l’idée qu’on n’y arrivera pas dans le cadre du système et avec des solutions marchandes.

Très concrètement, la taxe carbone et les solutions de marché sont apparues comme un risque de nourrir un sentiment populaire anti-écologiste, parce que ce sont les plus pauvres qui payent, et donc qu’il faut construire d’autres solutions.

Il y a aussi eu des évolutions dans la CGT, notamment lors du dernier congrès fédéral, préexis-tant à Plus jamais ça !, avec des débats sur les enjeux environnementaux et la création, pour la première fois dans l’histoire de ce syndicat, d’une commission écologie.

Le pacte Berge-Hulot, d’une certaine façon, a aussi été un déclic supplémentaire, parce qu’il nous a poussés à faire des propositions à nos partenaires sur le changement de système. Et un dernier élément important, notamment dans Attac, c’est la façon dont les choses se passent dans d’autres pays, à la fois du côté des coalitions écologico-sociales, notamment autour de la création des emplois verts, et à propos des débats sur le Green New Deal aux États-Unis.

Ces avancées ne sont-elles pas aussi une réponse à la crise que les organisations – notamment syndicales – connaissent, et qui appelle un besoin de se réinventer face à un épuisement de l’action syndicale telle qu’elle a longtemps existé ?

En effet, et cette ouverture, on ne la ressent pas seulement dans le cadre de Plus jamais ça ! Elle a aussi été présente dans les mobilisations sur les retraites, avec une ouverture sur les mouvements sociaux, des actions communes, des recherches d’alliances nouvelles, ce qui avait été déjà symboliquement marqué en 2016 lorsque Philippe Martinez était venu à Nuit Debout.

Ce qui a rendu visible, au moins médiatiquement, ce cadre d’alliances, c’est la publication d’un plan d’urgence de 34 mesures. Ce n’est pas la première fois qu’existe un catalogue de revendications.

Un des points de départ de ce plan de sortie de crise, c’est la volonté de ne pas se cantonner au commentaire ni être fixé sur l’agenda du gouvernement. Il fallait donc qu’on arrive à dire quelles mesures on veut porter sur des dimensions sanitaires, sociales, écologiques et de financement. Il fallait donc développer une démarche politique à partir de nos analyses et nos revendications, avec des organisations qui n’ont pas nécessairement l’habitude de cette démarche.

Cela permet d’incarner plus concrètement des éléments de rupture avec le système, même s’ils sont incomplets : rupture avec les logiques libérales de financement par le marché ; rupture avec le productivisme sur quelques éléments…

On a essayé d’aller au-delà des mots d’ordre et des slogans, avec un élément important clari-fiant les lignes politiques, c’est le rapport aux modes de financement des politiques publiques. Parce que la fiscalité est un des enjeux majeurs, qui trace des lignes de démarcation, ce qui explique que parmi les discussions qu’on ait eues, celle sur la taxe sur les transactions financières a été un peu difficile, alors qu’on aurait pu attendre des débats plus compliqués sur d’autres questions.

L’évidence pour tout le monde qu’il fallait faire ce travail programmatique est aussi liée à l’incurie de la gauche politique et à son incapacité à avoir un discours fort du fait de sa fragmentation, chacun restant dans son entre soi. Il y avait donc la volonté dans les mouvements sociaux de ne pas attendre ad vitam aeternam que ça avance. Donc on prend nos responsabilités pour montrer la possibilité d’un chemin différent, même si ces 34 mesures ne font pas forcément rêver, ça permet de montrer qu’il y a une alternative entre l’extrême-droite et le néolibéralisme de Macron.

Greenpeace ou les Amis de la Terre reconnaissent cette contradiction entre le capitalisme et la défense des écosystèmes, ce qui n’est pas le cas d’autres organisations environnementales, et on arrive à se retrouver parce qu’on est d’accord sur l’analyse de ces contradictions avec d’un côté le vivant et le travail, et de l’autre le capital. On part donc d’un même logiciel.

Et pourtant, les problématiques écologistes sont aussi très institutionnalisées, comme on le voit avec la Convention Citoyenne pour le Climat ou avec l’Affaire du siècle avec les usages du droit ; il y a des organisations qui ne sont pas déconnectées des pratiques institutionnelles…

En effet, c’est quelque chose qui avait été pointé notamment par la Ligue des Droits de l’Homme, la nécessité de retravailler sur les questions institutionnelles, sur la notion de droits, sur l’architecture du droit international… Mais cette faiblesse collective est liée à la nature des organisations les plus investies dans Plus jamais ça !, qui traitent peu de ces enjeux.

On voit aussi que de nombreuses organisations ne sont pas forcément à l’aise avec la revendication de référendum d’initiative citoyenne portée par les Gilets Jaunes, avec peut-être deux raisons : l’une est liée à l’histoire de la gauche anticapitaliste traditionnelle, qui pense les questions de droits et les problèmes institutionnels comme secondaires par rapport à la contradiction capital-travail ; et la seconde liée à la séparation entre le politique et le social.

À l’international, des mouvements évangélistes ou de l’islam politique, opposées aux nôtres par leurs valeurs et objectifs, montrent que des stratégies de conquêtes adossées à des pratiques sociales d’entraide, de prise en charge des besoins de la population face aux défaillances des États peuvent être gagnantes. Cela devrait nous interpeller si nous ne voulons pas que les mouvements de la gauche sociale et politique ne décrochent encore davantage au sein des classes populaires, d’autant que l’État néolibéral se traduit par la destruction des systèmes de protection sociale. (Extrait voir lien)

A l’occasion de la crise de la covid-19 s’est affirmé un rapprochement entre organisations syndicales et associatives, qui s’est traduit par la publication d’une tribune, d’une pétition puis d’un plan d’urgence intitulé  « Plus jamais ça ! 34 mesures pour un plan de sortie de crise » signé par ActionAid, Alternatiba, les Amis de la Terre, Action non violente COP21, Attac, la CGT, la Confédération Paysanne, la Convergences nationale pour les services publics, la Fondation Copernic, Droit Au Logement, la Fédération Syndicale Unitaire, Greenpeace, Notre Affaire à tous, Oxfam France, Reclaim Finance, l’Union syndicale Solidaires, l’UNF, l’UNL, Youth for Climate, 350.org. Animateur·rices d’Attac France, Julien Rivoire et Aurélie Trouvé représentent leur association au sein de cette coalition. Ils reviennent pour Contretemps sur cette dynamique unitaire « Plus jamais ça ! », ses enjeux, ses limites et ses liens avec le champ politique. Il et elle parlent ici en leur nom propre.

Aurélie Trouvé et Julien Rivoire7 juillet 2020

https://www.contretemps.eu/

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