18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

Juin 1940 (lutte ouvrière)

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Churchill, Roosevelt, Staline

Pétain et de Gaulle, les deux cartes de la bourgeoisie française

Il y a 80 ans, en juin 1940, la défaite de l’armée française jetait sur les routes des millions de personnes fuyant devant l’avancée des troupes allemandes.

Dans ce qui s’avérait être une débandade de l’armée, le gouvernement en crise se retrouvait à devoir enregistrer la défaite et négocier les conditions d’armistice. Le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs, allait s’en charger, tandis que de Gaulle de son côté lançait sur la BBC un appel à la poursuite de la guerre.

La France et la Grande-Bretagne, jusque-là puissances impérialistes dominantes d’Europe, n’étaient entrées dans la guerre qu’à reculons.

Alors qu’Hitler réarmait, aidait les troupes franquistes espagnoles, s’emparait de l’Autriche, dépeçait la Tchécoslovaquie, aucune des deux n’avait riposté. Il avait fallu que la Pologne soit envahie et partagée entre l’URSS et l’Allemagne pour que la France et la Grande-Bretagne décident de déclarer la guerre, le 3 septembre 1939.

Plus aucun de leurs alliés ne se faisait d’illusion sur leur volonté et leur capacité de les défendre face à l’Allemagne d’Hitler. Leurs atermoiements avaient d’ailleurs conduit l’URSS de Staline à renverser ses alliances et à signer le 23 août 1939 un pacte avec l’Allemagne nazie. Le pacte germano-soviétique avait frappé de stupeur tous les militants communistes, mais il n’allait même pas éviter à l’URSS de subir l’attaque des troupes allemandes, en juin 1941.

Une défaite annoncée

La longue période de préparation militaire de l’Allemagne, après l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, n’avait pas été mise à profit pour préparer une riposte. Critiquées notamment par de Gaulle, les stratégies élaborées par l’état-major ne tenaient pas compte de l’évolution des techniques militaires, qui rendait inopérante la ligne Maginot. (Ligne de défenses enterrées qui avaient coûté des fortunes pendant des années, blog)

La bourgeoisie et l’État français vivaient de l’exploitation des colonies de l’Empire, tout comme la bourgeoisie et l’État britanniques, impérialismes repus espérant que personne ne remette en cause un partage du monde qui ne correspondait plus depuis longtemps à leur puissance réelle.

En revanche, l’Allemagne, étranglée par le traité de Versailles scellant sa défaite de 1918, se battait pour étendre ses marchés, disposer des matières premières indispensables au fonctionnement de son industrie. Remettre en cause le partage du monde était, pour les capitalistes allemands, devenu vital.

Le maréchal Pétain, considéré comme le héros de la Première Guerre mondiale, obtint la présidence du Conseil des ministres le 16 juin 1940. Face à une défaite sans appel, l’État français n’avait plus qu’à négocier sa survie avec les forces allemandes.

Dans la période d’occupation qui s’ouvrait, la bourgeoisie française avait besoin d’un intermé-diaire qui défende ses intérêts. Son objectif était de conserver ses colonies, alors que de son côté l’Allemagne n’avait pas les moyens de prendre en main tout l’Empire.

Le compromis négocié avec la France convenait aux deux parties.

L’état-major et le personnel politique de la bourgeoisie française, unis par leur haine du communisme, marqués par leur frayeur des grèves de 1936, des occupations d’usine et de la révolution espagnole, n’étaient nullement rebutés par un accord avec un pouvoir fasciste, et l’alliance avec Hitler leur apparaissait comme un moindre mal.

Pétain assuma la situation, lui qui avait affirmé quelques jours avant son entrée au gouvernement : « Il est impossible au gouvernement français, sans émigrer, sans déserter, d’abandonner le territoire français. Le devoir du gouvernement est, quoi qu’il arrive, de rester dans le pays, sous peine de n’être plus reconnu comme tel. »

De Gaulle en recours en cas de victoire des Alliés

Cependant, il apparut rapidement qu’une victoire de l’Allemagne ne pouvait être que temporaire. Les États-Unis, alliés à la Grande-Bretagne, ne pouvaient tolérer qu’un concurrent tel que l’Allemagne domine et unifie l’Europe sous sa coupe.

Anticipant la mondialisation du conflit et la probable défaite finale de l’Allemagne, de Gaulle, général fraîchement promu, inconnu du grand public, sous-secrétaire d’État pendant quelques jours, se plaça en recours.

Il s’agissait, après un retournement de la situation militaire, que l’État français continue à dispo-ser d’interlocuteurs politiques auprès des vainqueurs probables. De Gaulle allait expliquer plus tard cette option dans ses Mémoires :

« L’Empire est là qui offre son recours. La flotte est là, qui peut le couvrir. Le peuple est là, qui de toute manière va subir l’invasion, mais dont la république peut susciter la résistance, terrible occasion d’unité. (…) Une question domine tout : les pouvoirs publics sauront-ils, quoi qu’il arrive, mettre l’État hors d’atteinte, conserver l’indépendance et sauvegarder l’avenir, ou bien vont-ils tout livrer, dans la panique de l’effondrement ? »

Cela voulait dire s’affirmer favorable à la poursuite de la guerre, regrouper autour de lui des troupes pouvant lui permettre à la fin du conflit d’être partie prenante des négociations et d’y défendre les intérêts de la bourgeoisie française et avant tout son Empire colonial. De Gaulle allait passer toute la guerre à manœuvrer pour gagner à lui une fraction de l’armée et parvenir à être reconnu par les alliés.

Un appel passé inaperçu

L’appel du 18 juin ne fut entendu quasiment par personne. Seuls 7 000 soldats issus de l’armée française en débandade rejoignirent de Gaulle. La grande majorité de l’administration des colonies suivit Pétain. Devant l’isolement de de Gaulle, le gouvernement britannique ne voulait pas se lier les mains en le reconnaissant comme représentant d’un gouvernement français en exil.

Mais après 1943, alors que les troupes soviétiques avaient battu les armées allemandes à Stalingrad, le ralliement du PCF à de Gaulle devint pour le général un atout important. Il pouvait dès lors arguer qu’après le départ des troupes allemandes il aurait le soutien de l’essentiel des forces politiques en France, y compris de la part d’un Parti Communiste encore suspect de vouloir une révolution, allié de l’URSS mais désormais garant de la remise en place de l’État de la bourgeoisie.

L’appel du 18 juin est commémoré aujourd’hui comme un appel « à refuser la défaite et poursui-vre le combat contre l’ennemi ».

Toute la question pour la bourgeoisie française, au cœur d’un conflit mondial où les fronts et les alliances ne pouvaient que se modifier, et alors qu’elle avait perdu l’essentiel de sa puissance militaire, était de savoir qui il fallait considérer comme l’ennemi.

Au fond, Pétain et de Gaulle permettaient de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Tandis que le pouvoir pétainiste lui servait d’intermédiaire auprès de Hitler, le pouvoir embryon-naire de De Gaulle, intitulé la France libre, se posait en interlocuteur auprès des anglo-américains et même de l’URSS.

En aidant ce général réactionnaire à bâtir son autorité politique, le PCF et Staline participaient à la construction d’un rempart contre tout risque de révolution. Les mêmes États bourgeois qui, en moins d’un quart de siècle, avaient par deux fois provoqué une boucherie mondiale, allaient ainsi reprendre leur place.

Inès Rabah 17 Juin 2020
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