03 juin 2020 ~ 0 Commentaire

ruffin (le huff’)

de gauche

François Ruffin sort un livre

Le député insoumis François Ruffin semble se préparer pour 2022

Le député insoumis a passé son confinement dans sa cuisine à interviewer des Français et des intellectuels. Il en ressort avec un programme politique.

Ce qui est sûr, c’est que pendant ce confinement, François Ruffin n’a pas chômé. Quand on a reçu le livre du député insoumis, “Leur folie, nos vies – La Bataille de l’après” (LLL) qui sort ce mercredi 3 juin, on s’est dit que c’était un énième “fast book”, écrit en quelques heures et dont on ne trouverait pas grand-chose d’intéressant à tirer, malgré un bon titre. Erreur.

Le livre de François Ruffin est riche. Écrit comme un journal de bord du confiné qu’il a été dans sa cuisine de Picardie, il a fait ce qu’il fait le mieux: donner la parole aux autres -les catégories populaires en l’occurrence- et la relayer.

Sauf que cette fois, contrairement à ces deux précé-dents films “Merci Patron!” ou “J’veux du soleil”, les témoignages s’articulent avec des entretiens d’intellectuels pour donner une dimension plus politique encore à son ouvrage, en ce qu’elle devient programmatique. Et cette nouvelle dimension dit beaucoup de celle que le personnage connu pour ses saillies souvent théâtrales entend donner à sa carrière politique.

Car François Ruffin ne se cache plus. Cette fois, c’est clair: il entend rassembler la gauche autour de son programme en grande partie détaillé dans ce livre et ne dit plus “non” à la présidentielle de 2022.

Dans sa cuisine, il a organisé une radio sur Facebook qu’il a appelée la radio de “l’an 01”. Ce livre et cette expérience laissent entendre que François Ruffin a aussi décidé de faire de cette crise l’an 1 de son engagement politique vers un “après” encore incertain, mais certainement ouvert. Revue de détail en cinq points du livre qui dit beaucoup de lui.

Comme un clair-obscur, lui qui reprend dès qu’il le peut la formule de Gramsci sur le pessimisme de la lucidité et l’optimisme de la volonté, François Ruffin est parfois désabusé. “Trente années qu’avec d’autres, parmi d’autres, je vitupère dans le semi-désert, comme reporter, puis comme parlementaire, que j’écris et crie en vain”.(…)

Il ne ferme pas la porte à 2022

Son livre est un programme politique et un travail d’opposant, minutieux et incisif. À aucun moment, évidemment, ni dans aucune interview de promotion il ne dit qu’il est prêt à endosser le premier rôle, mais c’est sous-entendu, parfois encore plus que d’habitude, comme lors de ce passage sur l’Europe où l’on comprend que son “président rêvé” pourrait être lui-même, voire qu’il se réclame de De Gaulle, sans jamais le citer.

“Et le premier geste de mon président rêvé, son premier voyage, aussitôt élu, devrait l’emmener à Madrid, à Lisbonne, à Rome, à Athènes, à faire le tour des capitales du Sud, à rencontrer ces peuples en souffrance, à discuter avec leurs dirigeants (…)  tapant du poing, ouvrant dans un sombre horizon de résignation une lueur d’espérance. La voilà, à travers l’histoire, parfois, la grandeur de la France”.

Il acte la défaite de son adversaire: Macron

L’ouvrage est ponctué de déclarations d’Emmanuel Macron sur “le monde d’après” qu’il s’attache à mettre en perspective pour critiquer l’action du gouvernement sur les plans économique ou sanitaire et de ceux qui les ont précédés au long de ces trente dernières années.

”Ces masques, ces respirateurs, ces surblouses, ces médicaments me paraissent un cas d’école. Un cas miniature: s’ils ne sont pas fichus de produire ça (…) comment feront-ils pour le climat? Pour réorienter l’agriculture, l’industrie ? Pour baisser, et pas qu’un peu, la consommation d’énergie? (…) C’est simple : ils ne feront pas. Ils ne font pas”.

“‘Ce que révèle cette pandémie’, c’est avant tout leur connerie”, résume le parlementaire qui alterne entre formulations simplistes et analyses intellectuelles comme lorsqu’il conclut, avec la philosophe Cynthia Fleury, que le monde qu’ils appellent de leurs vœux ne se fera pas sans les ”mouvements sociaux”. “Il n’y a pas de secret. Si la pression ne vient pas de la société civile, des citoyens, le business as usual des politiques va reprendre la main. Le virage sémantique de Macron ne sera suivi d’aucun effet”, prédisent-ils ensemble.

Il propose un programme politique 

Il replace au centre du jeu “l’égalité”, à laquelle il consacre de longues pages et qu’il souhaite “sans la honte des crimes de Lénine ou de Caïn, de Robespierre ou de Lady Macbeth”. Il amorce des propositions pour la retrouver. “Il nous faut un ‘choc fiscal’, un électrochoc sur les nouveaux seigneurs”, écrit le Ruffin qui a accompagné le mouvement des gilets jaunes jusqu’à en faire un film, “J’veux du soleil”.

Deuxième jambe, la revalorisation des métiers du bas de l’échelle sociale, s’appuyant là encore (et de façon ironique) sur les mots du président Macron: “Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal” qu’il traduit, à dessein, par l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen:

“Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune”. En conséquence, il propose un écart maximum des revenus qu’il souhaite fixer par référendum, mais sans trancher: “des revenus variant de 1 à combien? À 5 ? À 10 ? À 20 ?”.

“Vous n’êtes pas assez doux”

Car comme sur l’Europe à laquelle il ne croit pas pour changer l’économie, mais qu’il semble vouloir transformer de l’intérieur ou sur la mise en oeuvre concrète de ce changement de paradigme, il y a ce que François Ruffin dit, mais aussi ce qu’il ne dit pas. Quelle Europe veut-il construire? Sous quels traités? Comment concrètement mettre en oeuvre ce programme? Quelle distance vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon qui n’est “pas (s)on patron”, mais pour qui il a “plus que de l’estime”? Quel système démocratique et sous quelle constitution? Qui pour réunir la gauche en 2022? À quelles conditions?

Ce qui frappe aussi c’est la différence entre le ton de l’écrit, parfois vulgaire, mais réfléchi et ses saillies souvent raccourcies de l’oral. Comme le lui faisait remarquer un auditeur de France inter le 2 juin au matin “Vous n’êtes pas assez doux”. Ce à quoi il a répondu: “Je vais faire du coaching, ma mère me le dit aussi”. Ruffin n’est sans doute pas encore prêt, mais ce qui est certain c’est qu’il se prépare.  (Résumé)

“Leur folie, nos vies – La Bataille de l’après” – Editions : Les Liens qui Libèrent, 276 pages, 17,50 euros.

Astrid de Villaines  03/06/2020

https://www.huffingtonpost.fr/

Commentaire:

Voilà ce que nous appelons une tentative de « bonapartisme » bien dans la tradition de la 5è république: se placer d’emblée en homme providentiel, au-dessus des partis, être le grand arbitre. Et tant pis pour ceux qui essaient de proposer une unité depuis la base!

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