19 mai 2020 ~ 0 Commentaire

floreal romero 1 et 2 (ballast)

run ar puns

L’année dernière à Châteaulin

Floréal Romero :

« Communalisme : se doter d’une orga­ni­sa­tion » 

C’est en Andalousie que Floréal Romero vit et pro­duit des avo­cats, fidèle à l’a­gri­cul­ture pay­sanne. Et c’est en France qu’il se rend à l’oc­ca­sion pour dis­cu­ter, ici aus­si, d’un pro­jet poli­tique qui lui tient par­ti­cu­liè­re­ment à cœur : le com­mu­na­lisme (ou « muni­ci­pa­lisme liber­taire »).

Son der­nier ouvrage, Agir ici et main­te­nant, invite — fort des nom­breuses occu­pa­tions de places, de la révo­lu­tion du Rojava et du sou­lè­ve­ment des gilets jaunes — à la struc­tu­ra­tion d’un tel mou­ve­ment en vue de sor­tir du capi­ta­lisme et d’af­fron­ter le péril éco­lo­gique en cours.

Tout en s’empressant de pré­ci­ser : le com­mu­na­lisme n’est pas « un pro­jet fini ». On sait que Bookchin en fut le théo­ri­cien de pre­mier plan et le tenait pour viable à la condi­tion, non négo­ciable, de coor­don­ner ce pro­ces­sus révo­lu­tion­naire aux niveaux régio­naux, natio­naux et conti­nen­taux ; c’est, sans sur­prise, après avoir coécrit en 2014 l’ou­vrage Murray Bookchin — pour une éco­lo­gie sociale et radi­cale, que Romero lui consacre de nou­veau de nom­breuses pages. Nous en dis­cu­tons dans le détail.

On voit tout un cou­rant « citoyen­niste » se sai­sir du muni­ci­pa­lisme et du com­mu­na­lisme. La révo­lu­tion com­mu­na­liste serait-elle déjà diluée dans les eaux tièdes de la social-démo­cra­tie ?

En effet, tout un sec­teur « citoyen­niste » s’est empa­ré du muni­ci­pa­lisme — quoique sans trop affi­cher l’ad­jec­tif « liber­taire » ! Là com­mence toute l’am­bi­guï­té et se lève un coin du tapis que cache cette nou­velle stra­té­gie éla­bo­rée suite au déla­bre­ment et à la déso­rien­ta­tion de la « gauche ».

Je n’en­tends pas, ici, la gauche comme cadre d’une sen­si­bi­li­té huma­niste à laquelle adhère tota­le­ment la pen­sée com­mu­na­liste — la lutte contre les injus­tices, les riches, le racisme, le sexisme, le mili­ta­risme, la lutte pour un ser­vice vrai­ment public…

Je l’en­tends dans un sens plus res­treint : celui d’une stra­té­gie des par­tis poli­tiques situés à gauche sur le vec­teur de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. Cette gauche, en tant que par­tis divers, adhère aux règles du jeu élec­to­ral, les­quelles sont éta­blies dans le strict cadre des ins­ti­tu­tions de l’État.

Elles ont été étu­diées et mises au point par la bour­geoi­sie au terme de ses trois révo­lu­tions, à la fin du 18è siècle : l’an­glaise, l’a­mé­ri­caine et la fran­çaise. C’est pour­quoi la cou­leur des par­tis ne sera jamais cli­vante…

Pourquoi ?

« Pendant long­temps, la gauche a fait fi des désastres col­la­té­raux, comme celui de la des­truc­tion du vivant. »

Le but de ce gou­ver­ne­ment reste inva­ria­ble­ment celui de faci­li­ter l’é­co­no­mie, dont il dépend entiè­re­ment. Sous peine de mort, il se doit de boos­ter un flux opti­mum d’o­pé­ra­tions com­mer­ciales, quelle que soit la nature de ces échanges (des armes, par exemple), puisque la valo­ri­sa­tion de la valeur en est le seul but.

L’autre obli­ga­tion de ce pilo­tage d’État étant celle de main­te­nir la paix sociale et sa repro­duc­tion. D’où la néces­si­té de frei­ner la lutte des classes par tous les moyens : autant par la carotte que par le bâton.

Toute une par­tie du pro­lé­ta­riat a été ber­cée par la gauche dans l’illu­sion d’une pos­sible éman­ci­pa­tion poli­tique : par­ve­nir au socia­lisme via l’État. Les uns choi­sis­sant la voie par­le­men­taire, les autres la voie insur­rec­tion­nelle.

Après l’é­chec de la révo­lu­tion bol­che­vique et l’ac­cès à la consom­ma­tion sui­vant les années 1930, et bien avant la chute du mur de Berlin, l’illu­sion éman­ci­pa­trice a été ran­gée au pla­card pour une par­tie de la classe ouvrière.

Dès lors, la gauche n’a ces­sé de jouer, sans masque, son rôle assi­gné de modé­ra­teur : s’op­po­ser à la « vora­ci­té libé­rale ». De plus, pen­dant long­temps, elle a fait fi des désastres col­la­té­raux, comme celui de la des­truc­tion du vivant, et a fini par se dis­cré­di­ter aux yeux de son élec­to­rat.

C’est dans cette der­nière séquence que vous faites émer­ger les mou­ve­ments citoyen­nistes ?

Ils ont, en par­tie, pris le relai des mou­ve­ments ouvriers dans les années 1990. Ces citoyen­nismes sont sur­tout inves­tis par les classes moyennes, atteintes par les suc­ces­sives crises du capi­ta­lisme et l’of­fen­sive libé­rale de l’a­près 1980.

Ils contestent la mon­dia­li­sa­tion et accusent les mul­ti­na­tio­nales et la finance de tous les maux. Ils les signalent comme les res­pon­sables de la pau­pé­ri­sa­tion des classes les plus défa­vo­ri­sées, la mar­chan­di­sa­tion du vivant et les désastres éco­lo­giques, la dépos­ses­sion des peuples de leurs com­muns et de leur sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire…

Et même si le capi­ta­lisme est remis en cause, il ne l’est majo­ri­tai­re­ment que sous sa forme néo­li­bé­rale ! Hétéroclite et sans orga­ni­sa­tion par­ti­cu­lière ni par­ti, ce mou­ve­ment, que l’on pour­rait situer idéo­lo­gi­que­ment proche d’ATTAC, est orphe­lin de stra­té­gie et d’ou­til poli­tique qui lui soient propres.

Débats et mani­fes­ta­tions se suc­cèdent sans par­ve­nir à struc­tu­rer une oppo­si­tion véri­table — et encore moins un pro­jet poli­tique. En cela, Frédéric Lordon a rai­son : « Débat pour débattre, mais ne tranche rien, ne décide rien et sur­tout ne clive rien. Une sorte de rêve démo­cra­tique coton­neux pré­ci­sé­ment conçu pour que rien n’en sorte. » C’est de ce mou­ve­ment citoyen­niste que naî­tra le muni­ci­pa­lisme en Espagne.

Vous faites bien sûr allu­sion à Podemos…

« Loin d’être diluée dans les eaux tièdes de la nou­velle social-démo­cra­tie muni­ci­pa­liste, la révo­lu­tion com­mu­na­liste en est l’an­ti­thèse. »

Dans l’en­semble du pays, une par­tie de l’é­lec­to­rat, fati­gué par près de 40 ans de bipar­tisme, a en effet sui­vi cette comète popu­liste. Surfant sur des mots d’ordre du 15‑M, ce par­ti est deve­nu la qua­trième for­ma­tion poli­tique, avec cinq dépu­tés lors des élec­tions euro­péennes de 2014.

En Catalogne, par tra­di­tion de luttes — et répres­sion mal­adroite du pou­voir cen­tral aidant —, le récit natio­na­liste prend de l’am­pleur et s’ins­talle. Mais ce « cata­la­nisme », même majo­ri­taire, ne peut absor­ber toute la contes­ta­tion : Podemos n’y fait pas recette1.

La Catalogne pos­sède une forte tra­di­tion liber­taire et un par­ti natio­na­liste, CUP, reven­dique déjà le muni­ci­pa­lisme : il affirme l’a­voir ins­tal­lé dans cer­taines villes et vil­lages tout en ayant des repré­sen­tants au par­le­ment de la Catalogne.

Salariée d’une ONG lut­tant contre les vic­times du cré­dit hypo­thé­caire, mili­tante sou­te­nue par les mou­ve­ments sociaux, Ada Colau se pré­sente aux élec­tions muni­ci­pales avec un par­ti, Guanyem, proche de Podemos.

Appuyée par les mou­ve­ments sociaux, elle gagne sa place de maire à Barcelone. L’équipe de mili­tants qui a consti­tué la liste muni­ci­pa­liste a sau­té de la rue aux bureaux sans pas­ser par l’op­po­si­tion — la place qu’ils pen­saient occu­per au départ — et le dis­cours plus mili­tant s’est mêlé au dis­cours ins­ti­tu­tion­nel. Le renou­vel­le­ment du Mobile World Congress, signé quelques jours après l’in­ves­ti­ture d’Ada Colau, a été pour le moins révé­la­teur…

(Extrait voir lien)

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