17 février 2020 ~ 0 Commentaire

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La crise du régime de Vladimir Poutine

Ces vingt dernières années, la nature du régime politique russe a fait couler beaucoup d’encre. La bourgeoisie occidentale décrit souvent Vladimir Poutine comme un héritier du stalinisme et des soi-disant « traditions russes ».

En réalité, son régime est surtout le fruit (pourri) de la restauration du capitalisme en Russie, au début des années 1990. Le Kremlin défend les intérêts du capitalisme russe – comme Macron défend ceux du capitalisme français. Et comme la France, la Russie est une puissance impérialiste dominée par d’immenses firmes industrielles et financières.

Ceci dit, il est clair qu’il y a des différences entre ces deux régimes. Mais contrairement à un préjugé tenace, les caractéristiques du régime russe ne découlent pas d’un « tempérament national » (qui apprécierait et réclamerait l’autoritarisme !) ou de « l’immaturité » de la démocratie russe. Ces caractéristiques découlent de la faiblesse de la bourgeoisie russe et des conditions particulières de sa naissance.(…)

Le dépeçage de la Russie

L’appareil d’état complexe a émergé et s’est consolidé en Occident à travers un long processus, jusqu’aux démocraties bourgeoises actuelles. Ce ne fut pas le cas en Russie. A la chute de l’URSS, des généraux ont volé et revendu le matériel militaire dont ils avaient la charge, tandis que des administrateurs s’appropriaient des entreprises d’Etat, privatisées à leur profit.

Ce pillage généralisé n’a pas mené à la formation d’un appareil d’Etat bourgeois semblable à celui qui existe en Europe de l’Ouest, mais à la transformation d’une bonne partie de l’ancien appareil d’Etat stalinien en une nouvelle classe capitaliste.

Des luttes féroces entre bureaucrates – pour le dépeçage du cadavre de l’économie planifiée – ont abouti à un éparpillement de l’économie.

Par exemple, l’entreprise d’Etat Aeroflot a été divisée en une multitude de firmes régionales, au fur et à mesure que des bureaucrates locaux la privatisaient bout par bout et pour leur propre compte. Les plus puissants des nouveaux capitalistes russes, les « oligarques », s’assuraient le contrôle du système politique via leur marionnette, le président Boris Eltsine. Ils ne cherchaient pas à construire un appareil d’Etat solide, mais à piller les caisses publiques.

La faillite de l’Etat russe, en 1998, a été causée par le renflouement permanent des entrepri-ses des oligarques. Elle a mis en danger tout l’équilibre précaire du nouveau capitalisme russe.

Le régime d’Eltsine était alors complètement discrédité, non seulement aux yeux du salariat, mais aussi de la classe moyenne (ruinée par la crise) et des fonctionnaires. C’est ce qui a permis à Vladimir Poutine de se placer au sommet du pouvoir.

Pour les oligarques, l’objectif était désormais de renforcer l’Etat russe (au bord de l’effondre-ment) et d’apporter un minimum de centralisation à l’économie. Celle-ci était alors complète-ment fragmentée, au détriment de sa compétitivité sur le marché mondial. Mais cette « consolidation » de l’Etat a eu des conséquences totalement inattendues pour les oligarques.

Poutine a très vite affirmé son autorité sur ces derniers. Ceux qui ne se pliaient pas à ses diktats subissaient les foudres de la répression policière. Ce fut le cas, par exemple, de l’oligarque Khodorkovsky.

Cet ancien cadre du Parti Communiste, devenu un baron du pétrole, s’est opposé à Poutine et a été arrêté, puis emprisonné, en 2003, pour « escroquerie à grande échelle » (un délit dont il était aussi coupable que la plupart des oligarques). En se renforçant, l’Etat russe s’émancipait, dans une certaine mesure, de la tutelle des oligarques. Cette situation est typique d’un régime bonapartiste. (…)

La crise du régime de Poutine

Dès son arrivée au pouvoir, en 1999, Poutine a utilisé la guerre en Tchétchénie pour distraire l’attention des masses. Il a mené une politique d’austérité systématique. Cependant, la hausse des prix du pétrole et du gaz a permis à l’économie russe de croître à nouveau (après l’effon-drement catastrophique des années 90).

Malgré les politiques d’austérité, la croissance économique a permis d’améliorer un peu les conditions de vie d’une partie de la population, tout en offrant à l’appareil d’Etat des oppor-tunités bien plus grandes d’enrichissement. Au sommet de cette pyramide de corruption trônait Vladimir Poutine, arbitre entre les classes, mais arbitre aussi de la lutte entre les différentes factions de la bureaucratie d’Etat (pour le partage du gâteau de la corruption).

Cette phase d’embellie économique a été brisée net par la crise mondiale de 2008. Elle a réduit les possibilités de corruption et de pillage de l’économie par les différents échelons de la bureaucratie.

De plus en plus souvent, Poutine est obligé de réprimer sévèrement les bureaucrates trop gourmands et trop corrompus. En effet, la corruption trop ostentatoire ne peut que nuire au prestige du régime. De nouvelles colonies pénitentiaires sont donc ouvertes, chaque année, pour y loger les fonctionnaires corrompus et tombés en disgrâce.

Cette crise complique aussi la recherche d’un successeur à Vladimir Poutine. Or sa popularité décline – et risque de s’effondrer à l’occasion, par exemple, d’une aventure militaire se soldant par une défaite.

Pour la bureaucratie, il y a urgence à préparer sa succession. Problème : l’appareil d’Etat est aujourd’hui profondément divisé, et chaque fraction essaye de placer son poulain, ce qui ne contribue ni à la stabilité du régime, ni à son prestige. Quant à Poutine, il profite de ces divisions pour manœuvrer en vue de prolonger indéfiniment sa position personnelle.

Mais la principale menace contre le régime vient de la classe ouvrière, longtemps restée inerte. La crise économique a obligé le régime à mettre en œuvre des mesures d’austérité très dures, comme la réforme des retraites adoptée à l’été 2018. Conjuguées à la hausse brutale du chômage et à l’impact de la corruption sur les services publics, ces politiques ont fait brutalement baisser la popularité de Poutine.

Pour la première fois depuis des années, voire des décennies, les mobilisations de l’automne 2018 ont dénoncé pêle-mêle les politiques anti-sociales, la corruption et l’absence de véritable démocratie.

Ces mobilisations étaient encore faibles, mais il s’agissait d’un coup de semonce, qui annonce des luttes bien plus massives. Poutine se trouve aujourd’hui confronté à la hantise de tous les régimes bonapartistes à travers l’histoire : le réveil révolutionnaire de la classe ouvrière.

16 février 2020 Ivan Loh

https://www.marxiste.org/

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