14 février 2020 ~ 0 Commentaire

auschwitz argentine (à l’encontre)

resistance j

Auschwitz et le silence du «progressisme argentin»

Des historiens de gauche ont souligné, à juste titre, la complicité des grandes entreprises allemandes, du Vatican et de nombreux gouvernements «démocratiques» avec les nazis.

Comme l’ont rapporté les victimes survivantes, pendant la guerre, les pays alliés connaissaient l’existence des camps de concentration et d’extermination, mais ils n’ont jamais bombardé les lignes de chemin de fer qui y menaient.

Ils n’ont pas non plus rendu publiques les dénonciations qu’ils ont reçues. En outre, ils ont mis d’innombrables obstacles sur la voie des Juifs fuyant les persécutions et cherchant à s’installer dans leur pays [1]. Et jusqu’à ce jour, un silence assez généralisé et hypocrite règne sur ces complicités.

Tout cela a été réécrit et commémoré en ces jours de fin janvier.

Cependant, il y a un aspect qui nous concerne tout particulièrement en Argentine et auquel on n’accorde pas la même attention. Je fais référence à la complicité des gouvernements argentins, et de l’Etat argentin, pour avoir accueilli plusieurs dirigeants et fonctionnaires nazis à partir de 1945.

Au cours de ces années, ils sont entrés dans le pays avec l’aide de l’Eglise, de la Croix-Rouge internationale et des autorités de l’immigration. Parmi eux se trouvaient des génocidaires comme Josef Mengele et Adolf Eichmann.

Le cas de Mengele est exemplaire

Il est arrivé en 1949 [et quittera l’Argentine, entre autres pour le Paraguay en 1959], avec un document au nom de Gregor Helmut. La police fédérale lui a délivré une carte d’identité. Sept ans plus tard, il a présenté son certificat de naissance [reçu via l’ambassade ouest-allemande] et a demandé [en 1956] que son permis de séjour soit établi à son véritable nom [il obtint ainsi un passeport ouest-allemand et se rendit en Europe, entre autres en Suisse].

A cette époque, la République fédérale d’Allemagne a demandé son extradition – il était accusé, entre autres, d’avoir mené des expériences cruelles sur des êtres humains – mais l’Argentine l’a protégé. Notons également qu’Aldolf Eichmann disposait [après l’obtention en 1950 d’un «passeport humanitaire» de la Croix-Rouge au nom de Ricardo Klement], d’un visa émis par la police fédérale argentine.

Certains prétendent que la protection des génocidaires était le fait du seul gouvernement péroniste [Juan Peron 1944-45, vice président, et président de juin 1946 à septembre 1955].

Cependant, les nazis ont continué à vivre en Argentine avec une relative tranquillité après 1955. Un cas significatif est celui de Ludolf von Alvensleben, lieutenant général SS [SS-Gruppenführer], responsable des massacres en Pologne et en Croatie.

Alvensleben est arrivé en Argentine en 1946; en 1952, il a obtenu la nationalité argentine sous le nom de Carlos Lücke. En 1963, il a été candidat au poste de conseiller municipal sur la liste de l’Union civique radicale pour Villa Maria [province de Cordoba].

L’année suivante, un tribunal polonais le condamne par contumace pour crimes de guerre, mais il continue à vivre tranquillement en Argentine [en 1964, la Cour de district de Munich lance un mandat d’arrêt contre Alvensleben, pour l’assassinat de plus de 4 000 personnes en Pologne en 1939; mais il ne sera pas extradé]. Il meurt en 1970 à Santa Rosa de Calamuchita [petite ville de la province de Cordoba].

Bref, on entend sans cesse parler des horreurs des camps de la mort, et on ne dit rien de la protection accordée, depuis les plus hauts niveaux de l’Etat argentin, à ceux qui ont créé et dirigé ces camps.

Des intellectuels de gauche, des militants et des organisations de défense des droits de l’homme, des milieux universitaires qui se considèrent comme progressistes, entre autres, se taisent sur le sujet ou détournent le regard.

Appellent-ils cela «mémoire, vérité et justice» [formule qui renvoie à la commémoration du coup d’Etat militaire du 24 mars 1976, qui inaugure sept ans de dictature]? Qu’est-ce que la vérité historique pour ces gens? Ou vont-ils dire maintenant que mettre le doigt sur ces blessures de l’histoire, c’est «faire le jeu des Yankees et de la droite»?

Dans les deux cas, le scalpel de la critique doit pénétrer jusqu’au fond. C’est une condition indispensable dans la lutte pour l’indépendance politique et idéologique de la classe ouvrière vis-à-vis de la bourgeoisie, quelle que soit sa couleur.

Article publié sur le site de Rolando Astarita, 27 janvier 2020; traduction A l’Encontre

Rolando Astarita, professeur à l’Universidad Nacional de Quilmes et professeur d’économie à l’Université de Buenos Aires.

https://alencontre.org/

[1] Voir, entre autres, pour la Suisse l’ouvrage de Daniel Bourgeois, Business helvétique et Troisième Reich. Milieux d’affaires, politique étrangère, antisémitisme, Editions Page 2, 1998, et plus particulièrement le dossier de reproduction de documents et le chapitre IV «Politique d’asile et antisémitisme». (Réd. A l’Encontre)

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