05 février 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (amp)

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Criminalisation de la résistance palestinienne

Les nouvelles conditions de l’Union Européenne pour l’aide à la Palestine

L’UE a récemment notifié au Réseau des ONG palestinienne (PNGO) les nouvelles conditions pour son aide, à savoir que les organisations de la société civile palestinienne sont tenues de ne pas traiter avec des personnes ou des groupes désignés comme « terroristes » par l’UE.(…)

Qu’est-ce qui a conduit à ce changement ?

Il faut situer ce changement dans le contexte de la colonisation par Israël qui se poursuit et de la capacité de son entreprise coloniale à inventer de nouveaux mécanismes de contrôle. La dernière initiative de l’UE résulte des pressions constantes d’Israël sur l’UE afin qu’elle s’abstienne de financer de nombreuses organisations palestiniennes, spécialement celles qui s’emploient à dévoiler et à relater les pratiques coloniales d’Israël, ses violations des droits humains, et ses crimes.

Israël, en fait, a adopté un large éventail de mesures agressives pour restreindre l’espace de la société civile dans les Territoires palestiniens occupés, notamment avec des détentions et arrestations arbitraires de militants de la société civile.

Avec des justifications « sécuritaires » pour faire obstacle au travail des organisations locales, avec des campagnes de diffamation pour délégitimer le travail de ces organisations, et des pressions sur les organisations et donateurs internationaux pour qu’ils réduisent les fonds pour les ONG palestiniennes.

Ceci est particulièrement évident s’agissant des organisations juridiques qui se servent du droit international pour dénoncer les violations des droits de l’homme, comme Al-Haq et Addameer, et des organisations de développement qui mettent en œuvre des projets en Zone C pour soutenir la ténacité des communautés locales qui souffrent du fait des soldats et des colons israéliens.

Le Centre de recherche et de développement, a vu son directeur, Ubai Aboudi, récemment arrêté par Israël et maintenu, sans inculpation, en détention administrative.

Certaines organisations israéliennes influentes de droite, comme l’ONG Monitor, s’en prennent aux organisations palestiniennes à but non lucratif et à leurs partenaires internationaux avec de fausses allégations de « terrorisme » et d’ « antisémitisme » par exemple.

Elles bénéficient du soutien du gouvernement israélien et fait pression contre le financement, même des courants les plus modérés au sein de la société civile palestinienne.

Le problème, c’est que la définition de l’UE du « terrorisme » fait écho à la perspective israélienne et sert donc largement ses intérêts pour étouffer les voix critiques palestiniennes.

En outre, si l’initiative de l’UE reflète une nouvelle victoire de la propagande israélienne, elle représente aussi un échec de plus pour l’Autorité palestinienne dans sa série interminable de défaites.

Pendant des années, l’AP a exclu la résistance et étouffé différentes formes de la lutte populai-re tout en prétendant, dans le même temps, faire sienne la « lutte diplomatique » afin de faire pression sur Israël pour qu’il respecte la droit international.

Mais nous avons assisté à un nombre honteux de défaites qui se sont répétées et à une réticence à poursuivre une politique et une diplomatie efficaces. Ainsi, il ne fait aucun doute que le changement politique de l’UE intensifiant ses contraintes sur les financements de la société civile palestinienne est en partie le résultat de la politique insensée de l’AP.

Comment la politique de l’UE affectera-t-elle les Palestiniens et la société civile palestinienne ?

L’initiative de l’UE intervient à un moment très difficile pour les Palestiniens : Israël se prépare à annexer d’autres parties de la Zone C et la vallée du Jourdain. Les Palestiniens sont affaiblis, morcelés et divisés ; l’AP est devenue, de facto, un garant de la sécurité israélienne ; et la cause palestinienne, ces dernières années, est marginalisée.

Les restrictions de l’UE viennent s’ajouter à ces facteurs en criminalisant de nombreuses organisations palestiniennes qui entreprennent des formes modérées de résistance par le biais du droit international et du plaidoyer, et en soutenant la survie des communautés.

Ces restrictions ne feront donc pas que contribuer à une marginalisation amplifiée de la cause palestinienne, elles faciliteront également l’institutionnalisation de l’expansion coloniale israélienne parce que de nombreuses organisations ne seront pas en mesure de poursuivre leurs opérations de surveillance et de dénonciation des crimes israéliens si elles n’arrivent pas à trouver des alternatives aux fonds de l’UE.

Plus précisément, si la liste des cibles de l’UE inclut de nombreux mouvements de la résistance palestinienne, diverses personnes et familles seront,-elles aussi, touchées par le changement politique.

Par exemple, les personnes qui ont été arrêtées dans le passé, notamment celles qui sont retenues en détention administrative, détention dénoncée au niveau international, et qui sont  engagées dans un militantisme de la société civile, ces personnes peuvent être classifiées comme « terroristes » et par conséquent, disqualifiées pour recevoir des fonds.

Les organisations et groupes qui soutiennent le mouvement BDS et ses activités sont généralement considérés comme une menace pour les intérêts israéliens, et les campagnes qui visent à délégitimer leur militantisme vont probablement se multiplier.

Il est important de noter la contradiction entre la rhétorique de l’UE et sa politique. Par exemple, l’UE prétend qu’elle ne reconnaîtra pas l’annexion, par Israël, de la Zone C ou de la vallée du Jourdain, mais en réduisant son aide, elle entrave le travail des ONG palestiniennes qui aident les communautés qui risquent d’être dépossédées par les Israéliens dans ces zones. Au fond, l’UE va se rendre complice du processus de dépossession, même si elle prétend ne pas reconnaître une possible annexion.

Quel est l’état de la société civile palestinienne à ce moment crucial ? 

Des militants et des universitaires ont averti à plusieurs reprises que les ONG palestiniennes étaient toujours dépendantes de l’aide conditionnelle occidentale pour financer les organisations et les projets locaux.

La prépondérance de ces ONG a créé une société stagnante, elle a dépolitisé ses constituants sociaux, produit une nouvelle élite détachée, et gaspillé des millions en projets qui n’avaient aucun sens.

Il en résulte que la société civile palestinienne est beaucoup plus fragmentée qu’il y a dix ans, où les organisations actives en Cisjordanie avaient des priorités et des agendas différents de leurs homologues de la bande de Gaza. Ainsi, alors que la société civile devrait être une arène de résistance et de mobilisation contre la fragmentation, elle est devenue un élément de la fragmentation.

Que faut-il faire pour renforcer la société civile palestinienne et contrer la fragmentation ?

Les restrictions de l’UE pourraient être préjudiciables à de nombreuses organisations locales, mais il faut le voir comme une occasion de développer collectivement des stratégies au-delà de l’aide officielle conventionnelle occidentale et de ses contraintes. (Résumé)

Tariq Dana est maître assistant au Centre d’études sur les conflits et l’humanitaire de Doha. Il a été le directeur du Centre d’études du développement à l’Université de Birzeit (2015-2017). Il a obtenu un doctorat à l’Ecole Sant’Anna d’études avancées, en Italie.

Tariq Dana Al Shabaka 2 février 2020

https://agencemediapalestine.fr

Lire aussi:

Les ONG palestiniennes entre résistance et collaboration. Entretien avec Julien Salingue

Un extrait de « La Palestine des ONG », de Julien Salingue

 

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