02 février 2020 ~ 0 Commentaire

plastiques (le monde)

Loi antigaspillage : « Recycler 100 % de nos plastiques à l’infini est une illusion »

Une loi contre le gaspillage fixant à 100 % l’objectif de plastique recyclé d’ici à 2025 a été adoptée, mais pour la chercheuse Nathalie Gontard cette méthode ne répond pas à l’urgence de la situation.

C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Jeudi 30 janvier, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi contre le gaspillage, qui fixe à 100 % l’objectif de plastique recyclé d’ici à 2025.

En 2016, seuls 26 % des emballages plastique étaient recyclés en France, selon les derniers chiffres publiés par l’organisation Plastics Europe, qui représente les producteurs européens de matières plastiques. Les meilleurs élèves européens en la matière (l’Allemagne, la République tchèque ou la Suède) plafonnaient, eux, à 50 %.

Pour Nathalie Gontard, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agrono-mique (INRA) de Montpellier, « un objectif 100 % recyclage » est « impossible à atteindre » dans l’immédiat et ne répond pas à l’urgence de la situation.

L’objectif de 100 % de plastique recyclé d’ici à 2025 fixé dans la loi vous paraît-il réaliste ?

Nathalie Gontard : Il faut commencer par définir ce qu’on appelle « recyclage ». Ce terme est en effet souvent utilisé pour décrire des processus aux conséquences très différentes pour l’environnement.

Le « vrai » recyclage, au sens de l’économie circulaire, signifie qu’un déchet redevient sa matière d’origine, intacte. Ainsi, une bouteille en verre peut être refondue en une bouteille que vous ne distinguerez pas du matériau originel. Idem pour le métal. Vous pouvez répéter ce processus de très nombreuses fois sans compromettre la qualité d’utilisation du produit final. La boucle est bouclée, il s’agit bien de recyclage.

Ce processus ne fonctionne pas pour les plastiques. Seul ce qu’il conviendrait plutôt d’appeler un « décyclage » est possible : on les transforme en objets de plastique de moindre qualité, comme des cintres, des pulls ou des matériaux de construction. Remplaçant ainsi à moindre coût le bois, la laine ou la terre cuite.

Une fois cette transformation effectuée, ils deviendront impropres à tout nouveau recyclage, parce qu’ils seront fragilisés, dégradés, chargés d’additifs et de contaminants. Arrivés à la fin de leur deuxième vie, ces plastiques ne pourront pas être à nouveau injectés dans un circuit de fabrication et finiront en décharge ou incinérés – et produiront des micro-, nano-déchets plastique et autres résidus toxiques dont on ne sait que faire.

Recycler 100 % de nos plastiques à l’infini et faire ainsi disparaître ces déchets est une illusion.

Ce constat vaut-il aussi pour les bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET), dont le recyclage semble pouvoir se rapprocher de celui du verre ou du métal ?

Lorsqu’elles sont correctement collectées (ce qui est le cas pour à peine 55 % d’entre elles en France), le processus de recyclage des bouteilles en PET est relativement efficace et peu coûteux. Mais il subsiste cependant des limites qui font que le PET ne peut subir qu’un recyclage unique.

Contrairement au verre ou au métal, qui sont des matériaux très denses, le plastique se comporte comme une éponge. Il absorbe les substances hydrophobes qu’il rencontre sur son chemin, qu’il s’agisse des substances colorées du jus de carottes, des arômes du pastis… ou de produits pesticides. Le recyclage consiste à nettoyer, à éliminer autant que faire se peut ces substances absorbées. Le PET ainsi recyclé est un peu moins transparent et un peu moins résistant que le PET vierge. Les industriels ajoutent donc souvent du plastique vierge au plastique recyclé pour camoufler les faiblesses de ce dernier dans leur produit final.

L’état des connaissances ne permet pas de dire avec certitude que le PET recyclé plusieurs fois ne présentera pas de risques pour le consommateur

Par ailleurs, le nettoyage élimine les contaminants volatiles, mais il n’élimine pas, par exemple, les métaux lourds. Les opinions de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) démontrent que la sécurité des consommateurs vis-à-vis du PET, recyclé grâce aux technologies autorisées, est assurée pour un cycle unique de recyclage. L’état des connaissances ne permet donc pas de dire avec certitude que le PET recyclé plusieurs fois ne présentera pas de risques pour le consommateur. On ne sait pas comment les débris de polymère, les additifs et les contaminants résiduels peuvent s’accumuler et se dégrader au fil des cycles d’utilisation/décontamination, et venir polluer nos aliments.

Dès lors, à quelles solutions recourir pour réduire la pollution par les plasti-ques ? Les techniques de recyclage du plastique ne seront-elles pas amenées à s’améliorer dans un futur proche ?

D’aucuns parient sur le développement de technologies de « vrai » recyclage du plastique dans un avenir pas trop lointain. Mais ce pari est terriblement hasardeux, car la rentabilité environnementale de ces technologies reste à établir, alors que les enjeux environnementaux se jouent dès aujourd’hui.

Nous focaliser sur un objectif 100 % recyclage impossible à atteindre détourne notre attention de toutes les autres mesures à prendre, qui sont à la portée de tous, dès maintenant, pour réduire notre consommation de plastique. Il s’agit d’encourager une utilisation optimale des plastiques irremplaçables et de nouvelles pratiques qui évitent le recours au plastique, comme le vrac, par exemple, ainsi que de privilégier les matériaux qui sont vraiment biodégradables, comme les bois, papiers et cartons, ou bien encore les matériaux réellement recyclables, comme le verre et le métal.

31 janvier 2020

https://www.lemonde.fr/

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