24 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

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L’anarchiste Isabelle Attard, directrice du musée de Bothoa

Née à Vendôme (Loir-et-Cher) en 1969, Isabelle Attard se livre à cœur ouvert dans Comment je suis devenue anarchiste : « Je n’ai pas besoin de cacher mes erreurs de parcours. »

Depuis septembre, l’ancienne députée, Isabelle Attard est la nouvelle directrice du musée de l’école de Bothoa à Saint-Nicolas-du-Pélem (Côtes-d’Armor). Un long cheminement qu’elle explique dans son livre, Comment je suis devenue anarchiste, sorti en octobre.

« J’ai eu plusieurs vies, et je suis contente de toutes les avoir vécues à fond », nous confie Isabelle Attard. Et c’est bien le moins que l’on puisse dire ! Isabelle Attard c’est tout d’abord une grande universitaire bardée de diplômes : Deug d’Histoire, DEA d’archéologie environnementale, docteur en archéologie environnementale-archéozoologie, attachée de conservation du patrimoine.

Elle a été également chercheuse au CNRS et au Muséum d’Histoire naturelle. En 2005, elle est nommée directrice du musée de la Tapisserie de Bayeux (Calvados) puis du musée du Débarquement Utah Beach de 2010 à 2012.

C’est également une grande voyageuse : elle a vécu en Suède de 1990 à 1992, puis en Laponie (région de la Finlande) de 1992 à 1997 où elle crée son entreprise de tourisme. Elle s’envole en 2002 pour l’Afrique du Sud comme chercheuse.

Mais c’est sans doute par la politique qu’elle s’est fait un nom en étant députée de la 5e circonscription du Calvados de 2012 à 2017. Isabelle Attard est également connue pour ses prises de position : en 2015, elle est l’une des six député(e)s français(es) à voter contre la prolongation de l’état d’urgence. Elle est également l’une des deux député(e)s à voter contre la prolongation de l’engagement des forces aériennes françaises au-dessus du territoire syrien. Mais, aujourd’hui, tout ça semble loin derrière elle.

Le goût de l’engagement

Isabelle Attard adhère aux Verts en 2001, puis à Europe Écologie Les Verts (EELV) en 2010 :

Je me suis toujours dit qu’un jour je pourrais m’engager davantage, me battre, faire mon maximum pour les autres. Ça m’apparaissait comme quelque chose de naturel, une évidence. Je ne concevais pas qu’on ne puisse pas s’intéresser à la politique, c’était, pour moi, comme si on subissait . »

Il faut dire qu’avec un père militant écolo antinucléaire, professeur d’Histoire-Géographie et journaliste, Isabelle Attard a toujours baigné dans l’engagement. Elle est élue députée de la 5e circonscription du Calvados aux législatives de 2012. Mais elle déchante bien vite.

Désillusions politiques

Avant d’entrer à l’Assemblée nationale, j’imaginais un monde intelligent, tous ces gens connus qui savaient s’exprimer. Pour moi, c’étaient des gens sérieux, avec de la réflexion, de l’intégrité ; je pensais qu’ils avaient une certaine conscience de l’intérêt général. J’ai très vite été assez déçue. Et je voyais les gens changer, qui prenaient la grosse tête, des gens « normaux » qui travaillaient avant. On parle d’un endroit où l’on fait des lois qui engagent la vie de 67 millions de Français ! Je n’ai plus aucune illusion sur ce que peut faire l’Assemblée. »

Elle y découvre le harcèlement et décide d’alerter Mediapart « du harcèlement que j’avais subi de la part de celui qui était à ce moment-là vice-président de l’Assemblée nationale [N.D.L.R. Denis Baupin]. Je n’avais personnellement pas conservé les preuves du harcèlement, et pensais donc ne pas avoir la possibilité de me tourner vers la justice.

Il ne restait plus que le pouvoir d’enquête d’une rédaction en qui j’avais confiance pour mettre hors d’état de nuire un prédateur, et ainsi protéger de potentielles victimes », explique-t-elle dans son livre. En avril dernier, Denis Baupin est condamné à verser 500 € à chacun des prévenus.Isabelle Attard est de plus en plus déçue par sa propre famille politique : « Je voyais mon groupe suivre les socialistes, on ne respectait pas du tout les décisions prises.

Je n’en pouvais plus de cette attitude de suivisme, sous prétexte d’avancer un petit peu, on cède à tout le reste, il y a eu beaucoup de compromissions. » Elle quitte EELV en décem-bre 2013. Elle se tourne alors vers le nouveau parti Nouvelle Donne, fondé par Pierre Larrou-turou, car « ça me paraissait inconcevable de dire « ça ne marche pas alors je m’en vais ». Mais ici aussi, elle déchante bien vite : « C’était un fonctionnement très autocratique et pourtant on a fait de belles choses ». Elle démissionne en juin 2015, avec 60 autres militants et respon-sable du parti. Une « démission collective » très médiatisée à l’époque, en dénonçant un parti « vidé de son sens ».

Aujourd’hui, Isabelle Attard l’assure : Je n’aurais plus de parti et plus jamais » Aux élections législatives de 2017, elle se représente sans logo, mais est soutenue par tous les mouvements de gauche (EELV, PS, France Insoumise, Parti communiste, Ensemble ! Parti pirate) : « Je suis assez fière d’avoir réussi ce tour de force, c’était pour moi une reconnaissance du combat mené pendant cinq ans ». Elle sera battue dès le premier tour.

Une autre vision du monde

À partir de ce moment, un long cheminement intellectuel commence pour Isabelle Attard, jalonné de rencontres, de réflexions, de lectures et de découvertes. Parmi elles, le documen-taire Ni dieu ni maître, une histoire de l’anarchisme de Tancrède Ramonet, qui fut un « déclic » .

« Alors que j’étais à la recherche de sens, de cohérence et d’espoir, il m’a fallu déconstruire des schémas de pensée bien ancrés », écrit-elle d’ailleurs son livre. «  Je me suis remise en question avant 2017. Je me posais énormément de questions : est-ce que la démocratie se résume à un vote ?

Sur le rôle d’un député : il est censé être représentant de la nation, mais c’est d’une prétention sans nom en fait ! On donne le pouvoir à un petit groupe qui va décider pour des millions d’autres. Qui on est pour parler pour les autres, comme des « élus » qui auraient la parole divine, qui savent forcément mieux que les autres. Chacun devrait pouvoir prendre part aux décisions. »

Oui mais voilà, la démocratie athénienne, telle qu’elle s’exerçait durant l’Antiquité, à mains levées sur la place publique, paraît difficilement possible au XXIe siècle… Et comment être certain que les intérêts privés ne priment pas sur l’intérêt général et collectif ? Pour Isabelle Attard, rien d’impossible : « Les exemples de sociétés où on laisse le pouvoir aux citoyens ont prouvé que ça ne se passait pas comme ça. »

C’est quoi l’anarchie ?

Elle prend l’exemple du Rojava (au nord de la Syrie) et du Chiapas (état du sud du Mexique), « intéressants politiquement parlant » : « Il y a des assemblées locales où les décisions sont prises seulement quand il y a consensus, pour comprendre le blocage ». Elle cite également en exemple le Conseil d’Aragon, entité administrative créer en Aragon (Espagne) en 1936 : « Si ça n’a pas duré ce n’est pas parce que ça n’a pas marché, c’est seulement qu’on leur a bombardé la gueule ! »

« Ce mot, anarchie, est devenu synonyme de chaos, d’attentats, ou tout du moins d’un désordre absolu. Or, c’est tout le contraire ! » peut-on lire dans son livre. Mais alors Isabelle Attard, c’est quoi l’anarchie ?

« L’ordre sans le pouvoir. Il n’y a pas un chef qui décide et des gens qui obéis-sent. On peut fonctionner sans la notion d’État nation, partir du local, du bas vers le haut, on n’a pas besoin de démocratie participative, affirme Isabelle Attard. Le vrai mal-être, c’est de ne jamais être écouté.

 

La vie c’est quoi ? Bosser et être un pion et attendre la retraite que je n’aurais pas ? On ne peut pas vivre dans l’angoisse, il faut trouver un autre modèle d’organisation sociale. L’homme a vécu sans modèle capitaliste pendant des siècles. La nature est devenue le nouvel Eldorado de la finance, on lui a donné une valeur marchande.

 

Il faut que les gens se réveillent, qu’ils aient envie d’en savoir plus, de se regrouper, d’acquérir l’émancipation en réfléchissant par eux-mêmes et pas qu’un gouvernement vous fasse un cadeau, une prime en fin d’année, qu’ils se posent des questions, que le mot solidarité ait un sens, il est temps de redonner une conscience politique. La question est de savoir comment vivre ensemble mieux sans détruire la planète. »

Et la Bretagne dans tout ça ?

En 2016, elle sympathise avec Yvette Clément, élue de Trémargat. Elle y vient à plusieurs reprises. Et puis à l’automne 2017, Isabelle Attard et son compagnon prennent la décision de venir s’installer en Bretagne : « Ici, il y a des initiatives tous les 10 km ! On avait envie de vivre avec des personnes qui ont la même vision ».

À l’été 2018, le couple emménage dans le sud-Finistère jusqu’en juillet dernier, moment où Isabelle Attard répond à une candidature pour le musée de Bothoa qui recherche un nouveau directeur. Des projets sont en cours, notamment la mise en avant de certains objets d’une collection après les visites et la mise en place d’un atelier autour de la chouette de Bothoa.

Depuis sa prise de fonction en septembre, Isabelle Attard s’est déjà lancée dans l’apprentis-sage du breton et de la danse fisel : « Je ne saurais pas m’installer quelque part sans appren-dre la langue » mais elle l’admet, « c’est une langue difficile ». Et cette trilingue (français, suédois, anglais, et un petit peu russe) sait de quoi elle parle !

Le couple cherche actuellement à s’installer du côté de Saint-Nicolas-du-Pélem et à y construi-re un lieu d’éducation populaire pour y proposer des conférences, débats, projections, ainsi qu’une forêt-jardin.Une chose est certaine : « On est fait pour le kreiz Breizh, il y a une vie intense, il y a plein de choses passionnantes à faire. On se sent bien, et si on est là, c’est pour y rester. Je ne regrette pas ma vie d’avant ».

Laura Baudier 23 janvier 2020

https://www.lepoher.fr/

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