21 août 2019 ~ 0 Commentaire

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DE L’EXPLOSION À LA REVENDICATION SOCIALE 

La mobilisation a démarré contre l’augmentation du prix du gazole, en continuité avec la réduction de la vitesse maximale sur les routes, des éléments qui briment celles et ceux qui prennent leur voiture notamment pour travailler (2/3 des actifs, 17 millions de personnes tout de même…).

Certains porte-paroles, mais surtout la droite et l’extrême droite, ont tenté d’orienter le mouve-ment vers un rejet des taxes, de l’écologie supposée être un problème de bobos, et même contre l’immigration.

Sur ce dernier point, elles ont tenté de s’appuyer sur le sentiment national, les préjugés racistes ou homophobes qui ont existé dans ce mouvement comme dans le reste de la société, particu-lièrement hors des sphères d’influence du mouvement ouvrier organisé.

Mais le discours contre l’immigration ne s’est pas solidifié, l’argument gagnant étant l’idée qu’il faut touTEs être unis contre Macron. Retenons même l’anecdote d’un manifestant, se présentant comme militant d’extrême droite, venu voir Olivier Besancenot pour le remercier de sa présence car il est favorable à l’unité de tous contre Macron…

Dans une des enquêtes déjà citées, les Gilets jaunes placent le refus de l’immigration en dixiè-me position, à 1,2% des motivations pour manifester5… Si la division, le racisme et l’homo-phobie ont été présents, leur importance a été très exagérée pour des raisons politiques du côté du pouvoir et des médias dominants.

Concernant les revendications, les premières étaient l’augmentation du pouvoir d’achat, la réduction des impôts et des taxes, une meilleure redistribution de la richesse, l’opposition au gouvernement et au président, un mécontentement global… et une écoute des citoyenEs.

Le fait que médias, gouvernement, droite et extrême droite aient, en l’absence, répétons-le, de direction représentative du mouvement, résumé les revendications au refus des taxes et au rejet de l’immigration, a une fonction politique simple : freiner toute tentative de convergence avec les autres secteurs du monde du travail : les entreprises, les travailleurEs syndiqués, les banlieues.

Mais la composition sociale dominante et donc les intérêts objectifs des Gilets jaunes ont fait pencher la balance dans le sens de revendications pour le pouvoir d’achat et la souveraineté populaire.

Le gouvernement ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisque Macron a décidé l’augmentation de la prime pour l’emploi, de demander aux patrons de verser une prime de fin d’année de 1 000 euros et le « renforcement » du référendum d’initiative partagé comme réponse au mouvement. Le mouvement, malgré ses limites numériques à partir de janvier, a continué dans la voie des revendications concernant le pouvoir d’achat.

Le grand drame de cette mobilisation a été l’incapacité du mouvement ouvrier de se faire le relais de cette lutte et de l’organiser, en grande partie en raison du rejet des Gilets jaunes par le mouvement syndical dans un premier temps.

Mais aussi par le refus d’assumer, depuis des années, des campagnes de mobilisation pour les salaires, alors que la rémunération est la première préoccupation des salariéEs6 et qu’il s’agit d’un profond unifiant pour le monde du travail. D’ailleurs, dans la foulée des annonces de Macron sur la prime de 1 000 euros, des mobilisations ont eu lieu dans un certain nombre d’entreprises pour obtenir cette prime.

Globalement, la désynchronisation des mobilisations des classes populaires révèle à la fois les stratégies de la bourgeoise et l’ampleur de la déstructuration de la classe ouvrière. C’est un élément clé de la situation.

LE REFUS DU MÉPRIS DES PUISSANTS CONSTRUIT UN MOUVEMENT IMMÉDIATEMENT POLITIQUE 

Pour Pierre Rosanvallon, peu suspect de sympathies gauchistes, « c’est d’abord l’explosion d’une colère dans laquelle se mêlent l’urgence et le flou. Elle fait remonter à la surface ce qui a été longtemps subi en silence : le sentiment de ne compter pour rien, de mener une existence rétrécie, de vivre dans un monde profondément injuste7 ».

Démission!

Une injustice profonde dont Macron est identifié comme la cause principale, la mobilisation revendiquant immédiatement et unanimement sa démission.

En général de telles revendications sont combattues par les forces qui ne veulent pas la déstabilisation du pouvoir (syndicats, partis de la gauche de gouvernement), comme par celles qui y voient au contraire une issue institutionnelle à la lutte.

Elles n’apparaissent en général qu’au cours de la lutte, quand la satisfaction d’une revendication apparait incompatible avec le maintien au pouvoir de ceux qui la refuse, posant ainsi la question de la légitimité du pouvoir.

Ce n’est pas par hasard que ce mouvement a démarré avec ce mot d’ordre : en Argentine déjà en 2001, les manifestantEs réclamaient « Qu’ils s’en aillent tous », dans l’État espagnol les IndignéEs voulaient une « démocratie réelle », les AlgérienEs ont initié leur mouvement pour obtenir le départ de Bouteflika. Les enseignantEs même personnalisent leur mobilisation contre Blanquer. Ce qui est commun à toutes ces luttes est le mépris du pouvoir pour des populations qui se sentent dans l’impasse…

Macron incarne le mépris des classes populaires, à la fois par son discours, comme lors de ses voeux du 31 décembre 2018 où il a qualifié les Gilets jaunes de « porte-voix d’une foule haineu-se, [qui] s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France », et parce qu’il symbolise crûment le fait que l’appareil d’État est entièrement aux mains de la bourgeoisie, que les classes populaires ne peuvent pas y trouver de représentants.

Pour Gérard Noiriel, « Davantage que les facteurs proprement économiques, c’est donc la capa-cité collective d’exprimer publiquement sa révolte qui semble la cause principale du mouvement des Gilets Jaunes. Or, cette compétence a été complètement niée par les élites.

Sur 577 députés, il n’y a aucun ouvrier alors que ceux-ci représentent plus de 20% des actifs et que beaucoup d’entre eux ont le baccalauréat » alors qu’en « 1936, la très grande majorité des ouvriers n’avaient que le certificat d’étude (ou un CAP), mais une cinquantaine d’entre eux furent élus députés sous la bannière du Front populaire » (en particulier au PCF).

C’est ce rejet du mépris des puissants et la compréhension du fait que, dans un monde en crise, les classes populaires sont complètement écartées des mécanismes de pouvoir, qui mine la légitimité de ce dernier et donne confiance à celles et ceux qui luttent pour le remettre en cause.

L’affaire Benalla a été, à n’en point douter, un élément important pour montrer la réalité du pouvoir de Macron. Sans oublier le faible score de Macron à la présidentielle (16% des inscrits) qui l’a fait démarrer son mandat avec une base sociale extrêmement réduite. Les médias et la police ont joué un rôle important dans cette trajectoire.

Alors que dans les premières manifestation le mouvement a été plutôt naïf, certains slogans réclamant « La police avec nous », la déformation médiatique et la répression policière ont rapidement montré le rôle réel de ces institutions, qui sont chacune à leur façon des rouages fondamentaux du capitalisme, face aux mobilisations.

Les Gilets jaunes ont été présentés comme des classes dangereuses, à l’image des émeutiers de 2005. C’est la maturation de ces divers éléments, dans la lutte, qui ont fait passer le mouve-ment d’une révolte populaire à une mobilisation s’inscrivant dans le combat de la classe ouvrière.  (Extrait voir lien)

Antoine Larrache Mardi 20 août 2019

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Gilets Jaunes 2 (NPA)

Gilets Jaunes 3 (NPA)

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