21 août 2019 ~ 0 Commentaire

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L’Algérie, une tour de Babel linguistique

L’Algérie, un millefeuille linguistique ? Mourad Yelles, professeur en littératures maghrébines à l’Inalco (Paris) le confirme.

Comment cohabitent l’arabe et le berbère dans l’espace linguistique algérien ?

Le berbère (compris par environ 40 % de la population algérienne), qui est le fondement linguis-tique du Maghreb, cohabite en effet avec l’arabe algérien majoritairement parlé dans la vie quotidienne.

L’arabe algérien ne doit pas être confondu avec l’arabe littéral (littéraire) ou classique qui est la langue de l’administration, des médias, et qui est enseigné à l’école l’arabe standard moderne. D’où cet énorme paradoxe : l’arabe littéral, officiel, n’est pas pratiqué au quotidien !

Comment situer le français, introduit plus tardivement dans le pays ?

Le français, qu’on le veuille ou non, est très présent en Algérie, y compris dans le primaire. Certes, les jeunes générations ont été arabisées après l’indépendance mais entre 35 % et 40 % de la population du pays est capable de comprendre et converser dans la langue de Molière.

Récemment, le ministère de l’enseignement supérieur a proposé de substituer l’anglais au français dans le cursus universitaire, une initiative jugée farfelue et qui a suscité une vive polémique dans l’opinion publique comme dans les médias. Kateb Yacine, écrivain algérien, disait que le français est un butin de guerre. En outre, la littérature algérienne d’expression française est très dynamique.

Peut-on, de fait, considérer l’Algérie comme un espace polyphonique ?

Oui, d’ailleurs pendant le mouvement de contestation auquel nous assistons depuis plusieurs mois, les slogans figurant sur les banderoles étaient inscrits en arabe classique, arabe algérien, berbère, français. Les jeunes générations s’ouvrent aussi à l’anglais. D’autres, pour des raisons professionnelles, se tournent même vers le chinois…

Quelles autres langues peut-on dénombrer ?

Le judéo-maghrébin, une variété qui dérive de l’arabe algérien par la prononciation et quelques mots empruntés à l’hébreu : il ne subsiste difficilement en réalité que parmi les rapatriés, en banlieue parisienne. Évoquons, en outre, la place du tagnawit, un mélange d’arabe, de berbère et de bambara  (le bambara est une langue courante au Mali) qui est encore parlée par certains descendants des esclaves noirs.

L’usage d’une langue n’est pas neutre et relève consciemment ou non d’un acte politique, n’est-ce pas ?

Ce qui se passe en Algérie ne relève pas de l’exception. La question de la langue est centrale dans l’imaginaire collectif et politique du pays. Par exemple, si tous les berbérophones ou presque maîtrisent l’arabe, l’inverse n’est pas vrai.

Mourad Yelles, professeur des universités en littératures maghrébines et comparées à l’Inalco (Paris), comparatiste et anthropologue, invité du festival de cinéma de Douarnenez.

19 août 2019 Gilles Carrière

https://www.letelegramme.fr/

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