12 août 2019 ~ 0 Commentaire

vénézuela 1 (contretemps)

Chavez1

Qui dirige le Venezuela ?

Caste ou bolibourgeoisie ?

Les différentes fractions de la bourgeoisie en Amérique Latine et au Venezuela

La pénétration du capitalisme par la colonisation a créé une nouvelle classe dominante, la bourgeoisie, dont la fraction hégémonique est orientée vers le commerce avec les pays développés.

Cette fraction de la bourgeoisie, appelée la bourgeoisie comprador, s’est en quelque sorte spécialisée dans le commerce avec les multinationales. Puis commence à se développer une bourgeoisie « nationale », plus liée à la production endogène, industrielle ou agricole. Ces deux fractions de la bourgeoisie se sont souvent trouvées en concurrence ce qui s’est traduit par des conflits politiques.

Pour les pays dont l’essentiel de la production et du commerce est tiré par la rente, issue soit des hydrocarbures, soit des mines, la bourgeoisie orientée vers ce commerce international prend nettement le dessus[2].  Le capitalisme de rente a toujours été un système extrêmement corrompu. Phénomène qui ne peut que s’accentuer avec la libéralisation totale des marchés financiers, permettant ainsi toute latitude pour les opérations douteuses et frauduleuses.

Au Venezuela, l’industrie qui s’est développée hors secteur rentier est avant tout une industrie de montage (automobiles), et de traitement métallurgique (comme avec la SIDOR une des principales entreprises de sidérurgie du continent).

Mais le gros de la richesse produite et distribuée est concentré autour de la production d’hydro-carbures. La bourgeoisie qui en profite se construit grâce aux relations qu’elle noue avec les multinationales et les gouvernements étrangers.

Quand on sait que le gros de la production pétrolière alimentait directement les USA, on comprend mieux pourquoi le Venezuela est resté pendant toute la période post-révolution cubaine le pays le plus pro-américain du continent et surtout le seul à ne pas reconnaitre Cuba.

Car le gros de la bourgeoisie vénézuélienne est avant tout une bourgeoisie rentière adossée au marché mondial et qui s’enrichit soit en vendant à l’étranger, soit en transformant des produits importés.

Chávez est arrivé au pouvoir dans ce contexte particulier en pleine dérégulation néolibérale. Il a d’abord cherché à contrôler le pétrole, principale source de corruption, ce qui a expliqué la forte opposition de la bourgeoisie vénézuélienne.

C’est la source profonde de la violence de la réaction de la bourgeoisie, représentée par la droite et la Fedecamaras (fédération patronale vénézuélienne), mais aussi par celle de la CTV (centrale syndicale vénézuélienne) financée par la corruption, qui ont fomenté et réussi le coup d’État de 2002 avec l’aide des USA.

Le projet même de développement tel que l’exprimait Chávez dès le départ et notamment dans la Constitution [3], reposait sur une recherche d’alliance avec une bourgeoisie nationale. Malheureusement, dans une économie rentière, surtout dans le monde néolibéral actuel, la bourgeoisie des pays du Sud est totalement dépendante de la rente et du marché mondial.

Bien que Chávez n’ait jamais voulu remettre en cause le capitalisme, ses choix politiques, notamment le contrôle de la production d’hydrocarbures et la redistribution plus égalitaire de la rente, s’opposaient aux besoins de l’essentiel de la bourgeoisie comprador vénézuélienne toute orientée vers les USA et Miami.

Quel groupe social prend le pouvoir avec Chávez ?

Quand Hugo Chávez a été élu en 1998, c’est le personnage « atypique », on dirait antisystème de nos jours, qui a été choisi à l’encontre du pacte de non-agression des deux principaux partis qui se sont partagés le pouvoir depuis 1958, année de la chute de la dictature.

Il a profité de l’exaspération des couches populaires durement frappées par les mesures néolibérales des gouvernements précédents. Chávez a été largement soutenu par le peuple vénézuélien sur un programme anti-corruption, de rupture avec l’ordre constitutionnel et de meilleure répartition des richesses.

Mais en même temps son capital électoral ne se doublait pas d’une force politique ancrée au sein de la population, notamment chez les électeurs qu’il visait à convaincre. Le parti de Chávez, le  Movimiento Bolivariano Revolucionario 200 (MBR 200), est avant tout une organisation semi-clandestine, principalement composée de militaires (autour notamment de Raúl Isaías Baduel, Jesús Ernesto Urdaneta Hernández, Diosdado Cabello et Hugo Chávez). Sa création est aussi le résultat d’une stratégie menée par une fraction de la gauche révolutionnaire civile de s’implanter au sein des forces armées.

Le 21 octobre 1997, pour élargir sa base sociale en vue des élections présidentielles, le MBR-200 se transforme en MVR (Mouvement Cinquième république) et construit un regroupement de la gauche non social-démocrate, le Pôle Patriotique.

Hugo Chávez, candidat de ce rassemblement, est élu un an plus tard. Mais s’il conquiert le pouvoir politique, au sens qu’il investit l’ensemble des institutions et des administrations, et s’il s’inscrit clairement dans la gauche latino-américaine, de par son programme et ses alliances, le personnel politique qui occupe ce pouvoir est principalement issu de deux groupes.

Celui des militaires qui ont soutenu Chávez depuis la tentative ratée de coup d’état de 1992, et un regroupement des personnalités qui ont émergé au sein de la gauche révolutionnaire comme Alí Rodríguez Araque, Tarek William Saab Halabi, etc …

Le groupe social qui va diriger les affaires du pays est ainsi un regroupement composite, autour de la personnalité de Hugo Chávez, limité, mais il n’y a aucune organisation politique et sociale de masse, ni dans les quartiers populaires, ni dans les entreprises, ni dans les campagnes, qui puisse servir de point d’appui pour le nouveau pouvoir en gestation.

Le syndicalisme est totalement corrompu et inféodé à l’Action Démocratique, parti social-démo-crate qui partage le pouvoir depuis 1958 avec la droite représentée par le COPEI. Les organisa-tions populaires des quartiers pauvres et des bidonvilles ont été réprimées et décimées depuis le Caracazo de 1989. Quant au mouvement paysan il est d’une grande faiblesse, confronté à des propriétaires terriens qui règnent en maitre sur les terres cultivables du pays.

Cette originalité du chavisme, c’est d’avoir conquis le pouvoir sans appareil politique, en l’absen-ce d’armature organisée, à l’exclusion des forces armées qui l’ont soutenu. Cela explique en grande partie le poids déterminant de la personnalité de Chávez et le fait que l’orientation politi-que du régime, notamment ses virages successifs, ne font qu’une avec les intuitions politiques de Chávez.

Son arrivée au pouvoir implique un renouvellement du personnel politique, mais aussi la prise en main des entreprises publiques, ce qui nécessite des moyens humains. Le noyau originel est élargi et on retrouve quatre groupes visibles.

D’abord les anciens liés plus ou moins directement au précédent régime comme José Vicente Rangel (passé par l’URD[4], devenu candidat présidentiel indépendant, aux relations extérieures),  Álvaro José Silva Calderón (pétrole et mines), ou Maritza Izaguirre (économie et finances).

Puis quelques anciens militaires : outre Chávez lui-même, Luis Ramón Reyes Reyes (travaux publics et logement), puis Diosdado Cabello,  Raúl Isaías Baduel ou Jesse Chacón (défense)

Ensuite d’anciens dirigeants d’autres organisations politiques : Alfredo Antonio Peña (PCV, secrétariat de la présidence), Ali Rodriguez Araque (des FALN à la Causa R, pétrole et mines), Jorge Antonio Giordani Cordero (PCV, planification et développement), Gilberto Rodríguez Ochoa (AD puis MAS, santé), Luis Manuel Miquilena Hernández (justice, ancien de l’URD,), Julián Isaías Rodríguez (qui milita à l’AD puis au MEP, vice-président), ou Aristóbulo Istúriz Almeida (AD puis MEP, Causa R et PPT, éducation).

Enfin des personnalités diverses, dont le plus notable est Héctor Navarro (éducation)… Parmi ces collaborateurs de la première heure, nombreux sont ceux qui ont depuis rompu avec le chavisme, surtout après la victoire de Maduro, comme Hector Navarro,  Gustavo Márquez, etc  Quand d’autres ont été accusés de corruption après avoir critiqué Chávez, comme Raúl Isaías Baduel.

Ce panorama incomplet du début des gouvernements de Chávez correspond bien à un dosage complexe entre la volonté de s’entourer de « techniciens » comme Maritza Izaguirre, censée envoyer un signe favorable aux marchés financiers, Gilberto Rodríguez Ochoa, médecin et chercheur reconnu ou Álvaro José Silva Calderón, avocat ayant travaillé pour le régime précé-dent avec le ministère des mines et des hydrocarbures, et bien d’autres encore, mais aussi de militants qui l’ont soutenu, soit dans le cadre du Pôle Patriotique, soit pendant le coup d’État de 1992.

Autre caractéristique des gouvernements chavistes, dans les premières années, c’est la forte proportion de personnes issues des classes moyennes, notamment avocats, universitaires, ingénieurs, médecins. À la différence des gouvernements néo-libéraux, il y a une quasi absence de représentants du patronat, des milieux d’affaires ou de la finance.

Mais une campagne électorale cela demande des moyens. Et Chávez a bénéficié de soutiens au sein du patronat local comme Danilo Díaz Granado ou Umberto Petricca que nous retrouve-rons dans les arcanes du pouvoir, de même que plusieurs hommes d’affaires qui surgissent au début des années 2000 comme acheteurs des banques privées, avec Ricardo Fernández[5] (banques Confederado, Banpro et Bolívar), Torres Ciliberto dans les assurances ou Victor Vargas Irausquín, banquier vénézuélien qui a soutenu le gouvernement notamment dans sa recherche de fonds. Tous ces personnages amassent des fortunes considérables et sont des alliés du pouvoir chaviste.

Ce cinquième groupe de soutien au pouvoir en place amasse des fortunes grâce aux appuis que possèdent ses membres au sein des administrations. Économie rentière oblige, beaucoup font affaire dans le pétrole, soit en ayant la gestion directe de PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A.), comme Rafael Ramírez, soit en obtenant des licences d’exploitation pétrolières comme Wilmer Ruperti.

Au départ, la consolidation de ce groupe social passe par l’obtention de licences d’exploitation ou d’importation, et la spéculation sur le bolivar et le dollar. Puis rapidement, surgissent les achats d’entreprises directement liées au marché financier international : banques, assurances, bourses locales. Ce groupe ne participe pas directement au pouvoir politique mais il s’associe avec lui pour réaliser des affaires.

Au fil des années, ce processus d’accumulation de richesses va être élargi aux personnalités liées directement au pouvoir politique. Cela va s’effectuer de deux manières : par la corruption, partie la plus visible du mécanisme d’enrichissement de la couche dirigeante car agrémentée de scandales périodiques, mais aussi par une législation qui va permettre à une partie du personnel politique chaviste d’accéder aux d’affaires et de créer leurs propres sociétés.

Mais à la différence de la république (1958-1998), cette nouvelle couche sociale qui regroupe aussi bien des bourgeois affairistes qui ont trouvé des opportunités à collaborer avec le régime chaviste, que de nouveaux entrepreneurs, directement issus des institutions, n’a pas de représentation politique clairement identifiée.

Le PSUV (Le parti « chaviste ») est devenu une machine électorale schizophrène, déchirée entre une direction peuplée de personnages qui profitent joyeusement du système, secoués régulière-ment par des cas de corruption, et une base qui proclame sa foi en la révolution et au socialisme.

L’absence de représentation politique de cette nouvelle couche sociale capable de réguler ses excès explique en partie l’abondance de règlements de compte qui traversent ce courant, ponctué d’accusation de corruption, de complot et de mises à l’écart. (Résumé voir lien)

Patrick Guillaudat  29 mai 201

http://www.contretemps.eu/

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