17 juin 2019 ~ 0 Commentaire

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« Mon amie la finance » : comment le Brexit a jeté la France dans les bras des banques

Pour les dirigeants français, la perspective du Brexit est une aubaine. Abandonnant définitive-ment toute hypocrisie, ils ont multiplié les courbettes et les cadeaux au secteur financier pour attirer à Paris les traders de la City.

Mais les exonérations fiscales, dérégulations et autres avantages offerts aux géants de Wall Street n’ont pas produit les résultats escomptés. Peu de création et de relocalisation d’emplois sont annoncées. De la baisse de l’impôt sur les sociétés à la « flat tax », en passant par la suppression de l’ISF ou encore des aménagements du code du travail taillés sur mesure pour les traders, les réformes, elles, ont bien été mises en œuvre.

En réalité, les velléités de réforme qui ont suivi l’effondrement financier de 2008 ont été marquée d’une profonde ambivalence. Nicolas Sarkozy puis François Hollande ont souhaité s’afficher en pionnier de la régulation du secteur, mais sans aller trop loin. La saga de la taxe sur les transac-tions financières en est l’illustration. Adoptée en France dans une version amoindrie, elle a ensuite été proposée puis sans cesse retardée au niveau européen… du fait de la tiédeur de la France elle-même

« Union sacrée » pour séduire l’industrie financière

Le Brexit aura apporté une bonne excuse pour balayer les faux-semblants et remettre au placard la défiance à l’égard du « monde de la finance ». La campagne pour attirer à Paris la finance londonienne – c’est-à-dire avant tout les géants de Wall Street comme Goldman Sachs, Morgan Stanley ou BlackRock – a fait l’objet de l’un de ces consensus dont les élites françaises ont le secret, associant secteurs public et privé et mêlant toutes les couleurs politiques.

On a donc aperçu la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) aux côtés de la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse (LR) et du Premier ministre Manuel Valls (PS) pour promouvoir l’attractivité de la place parisienne devant un parterre d’industriels et de banquiers.

Ces efforts se sont évidemment poursuivis et amplifiés avec l’élection d’Emmanuel Macron au printemps 2017. « La France se décomplexe vis-à-vis de la finance. (…) Nous nous sentons gonflés à bloc. », poursuivait le même Gérard Mestrallet. Après la réforme du code du travail par ordonnances, à l’automne, la jubilation était même devenue palpable. « Les Américains voient bien qu’il se passe quelque chose en France. Et ce n’est pas seulement l’image du président qui se joue. Emmanuel Macron avait un programme, il est en train de le décliner. Tout ce qui avait été annoncé a été fait et voté. »

Dérégulation, gros cadeaux fiscaux et largesses pour les traders

Pour mieux plaire à Wall Street, la France a mis beaucoup sur la table. On allège la fiscalité, avec la suppression de la tranche supérieure de la taxe sur les salaires (concernant les secteurs comme la finance qui ne versent pas la TVA) – qui pourrait coûter entre 100 et 300 millions d’euros à la sécurité sociale chaque année – ou le renforcement des exonérations et autres avantages accordés aux « impatriés » ou aux gérants de fonds d’investissement ; on aménage le droit du travail, avec l’exclusion des bonus des traders du calcul des indemnités de licenciement ou une dispense temporaire d’affiliation au régime des retraites.

Olivier Petitjean 17 juin 2019

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