20 mai 2019 ~ 0 Commentaire

classes moyennes (révolution permanente)

caviar

Comment gagner les classes moyennes

Comme nous l’avons déjà souligné dans d’autres articles, il est fondamental que la classe ouvrière se dote d’un programme à même de gagner les secteurs inférieurs des classes moyennes voire même de neutraliser d’autres fractions, plus aisées, de ces mêmes classes moyennes.

Mais ce que prône LFI va bien au-delà de ce propos. LFI ne parle pas, d’une part, du rôle central de la classe ouvrière pour diriger cette alliance et, de l’autre, donne une définition des plus ambiguës de cette même classe moyenne, rendant par-là impossible tout compromis programmatique.

Dans les années 1930, alors que la solidité de la tutelle des partis du régime, notamment des radicaux, sur la petite-bourgeoisie, commence à se fissurer, et alors que cette dernière commence à osciller fortement, notamment à la suite de la victoire des nazis en Allemagne, les partis et les courants de gauche sont traversés de multiples débats au sujet de la nécessité de se rapprocher des « classes moyenne » de façon à faire barrage au fascisme.

Au sein de la SFIO, et avant de finir par rompre avec cette dernière, le courant qui exprime de façon plus aboutie cette préoccupation est l’aile droite des socialistes français, les néo-socialistes regroupés, notamment, derrière Marcel Déat [4].

Face à la passivité résignée d’un Léon Blum, qui proposait de poursuivre avec la vieille orientation parlementaire en attendant de gagner la tête de l’opposition, et de l’aile gauche du parti prônant l’unité avec les communistes et la reconstruction de l’unité ouvrière, Déat « rappelait la structure sociale de la France où la classe ouvrière est minoritaire et attirait l’attention sur l’effet désastreux que produiraient l’affirmation d’un programme de classe et le refus de la défense nationale.

Le socialisme se couperait des classes moyennes, de la démocratie et de la nation, alors qu’il était plus nécessaire que jamais de rallier les classes moyennes aux côtés du prolétariat, de garder le lien avec la démocratie par le combat parlementaire, de défendre les intérêts de la nation » [5].

Rappelons que face à cette position, Marceau Pivert, à la tête de la gauche socialiste au sein de la SFIO, répondait à la relocalisation sociale et programmatique qu’il y a « une aberration insupportable dans cette nouvelle position « doctrinale » (?). Les classes moyennes sont en mouvement. Et pour les suivre vous n’hésitez pas à quitter le terrain de classe du prolétariat… Voilà qui est inquiétant » [6]. C’est à peu près la même chose qui pourrait être rétorquée à Mélenchon et à LFI, plus encore alors qu’aujourd’hui, à la différence des années 1930, le prolétariat est la classe majoritaire de la société française [7].

Néanmoins, dans l’interview de Libération, le leader de LFI va encore plus loin en proclamant que son projet est celui d’une « fédération populaire entre les classes populaires et les classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie ».

Mais qui seraient ces « classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie » ? La base sociale de la macronie ? Les « classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie » ne font-elles pas partie de « ceux d’en haut » ?

On voit ici les limites de cette catégorie de « classe moyenne » aux contours flous, sans jamais qu’on ne sache où elle commence et où elle finit. C’est plus grave, encore, compte-tenu du fait que durant les périodes d’effervescence des classes moyenne, qui caractérise le moment actuel, au cours duquel perdure et s’approfondit la crise organique du capitalisme français, les secteurs intermédiaires tendent à se diviser entre leurs couches supérieures qui appuient la bourgeoisie et les couches inférieures, bien plus nombreuses, qui regardent du côté du prolétariat.

Dans Où va la France ?, Léon Trotsky rend compte, en octobre 1934, de la façon dont cette radicalisation traverse les couches inférieures des classes moyennes : « La petite bourgeoisie, incarnée par les masses ruinées des villes et des campagnes, commence à perdre patience. Elle prend une attitude de plus en plus hostile à sa propre couche supérieure : elle se convainc en fait de l’inconsistance et de la perfidie de sa direction politique.

Le paysan pauvre, l’artisan, le petit commerçant se convainquent qu’un abîme les sépare de tous ces maires, ces avocats, ces arrivistes politiques du genre Herriot, Daladier, Chautemps, qui, par leur mode de vie et leurs conceptions, sont de grands bourgeois ».

Comment, alors même que le mouvement des Gilets Jaunes exprime de façon paradigmatique une haine viscérale vis-à-vis des politiciens et des arrivistes qui vivent à leurs basques, Mélenchon peut-il défendre ce genre de positions ?

Au moment-même où le bloc bourgeois, à savoir le bloc social du grand capital et des classes moyennes supérieures se rangent derrière le macronisme en tant que parti de la réaction (concurrencé en partie, ces derniers temps, par Les Républicains qui utilisent tactiquement les difficultés de Macron à maintenir l’ordre et son recul sur la réduction des dépenses publiques du fait de la mobilisation des Gilets Jaunes).

Il est fort probable que Mélenchon soit en train d’essayer de capter le vote de secteurs urbains de classe moyenne et de classe moyenne supérieure qui, en s’éloignant du macronisme, pourraient être enclin à choisir les écologistes lors des européennes.

Il est possible, par ailleurs, qu’une fraction de ce même électorat ait voté LFI lors des prési-dentielles de 2017, Europe Ecologie les Verts n’ayant alors pas présenté de candidat et s’étant rangé derrière la candidature de Hamon, à l’époque.

On peut imaginer que Mélenchon applique les recommandations que lui avait faites Chantal Mouffe, à savoir de rassembler les gagnants et les perdants de la mondialisation. Dans une interview donnée aux Inrockuptibles au cours de laquelle elle revient, notamment, sur sa première rencontre avec Mélenchon…

Mouffe souligne qu’il y a, selon elle, « dans nos sociétés une multiplicité de demandes démocratiques hétérogènes. Il faut prendre en compte les demandes populaires de la classe ouvrière, laissées de côté par la social-démocratie, mais aussi les nouvelles demandes comme celles des classes moyennes. Une partie d’entre elles profitent de la mondialisation, mais d’autres en souffrent. Le véritable défi pour le populisme de gauche, c’est de réussir à rassem-bler les deux. Et ça, Jean-Luc Mélenchon l’a très bien compris en s’emparant du thème de l’écologie, un sujet qui affecte tout le monde ».

Les conditions de cette alchimie pouvaient être réunies lors des présidentielles de 2017 mais se sont évanouies depuis, notamment face à l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes qui pose objectivement, face au bloc bourgeois, la nécessité d’une alliance de classe et révolutionnaire entre la classe ouvrière et les autres secteurs exploités et opprimés par le capital pour battre en brèche la macronie et le capitalisme néolibéral.

La politique consistant à diluer le programme du populisme de gauche s’avère être un outil peu utile au moment où la lutte des classes fait son retour. Comme le souligne avec une ironie non dissimulée Jannick Alimi dans les colonnes du Parisien, fin mars, « le surgissement inattendu du « peuple » au cœur de la « lutte des classes » n’aurait-il pas dû marquer l’ultime étape d’une conquête du pouvoir amorcée il y a onze ans, lors de la rupture d’avec le Parti socialiste puis la création du Parti de gauche ? Jean-Luc Mélenchon, lui-même, n’avait-il pas théorisé dans L’Ère du peuple le rôle clé de cette classe moyenne auprès de la classe ouvrière ? ».

https://www.revolutionpermanente.fr

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin