08 mai 2019 ~ 0 Commentaire

élections espagne (à l’encontre)

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Les élections d’avril et celles à venir, en mai

1 Les élections du 28 avril ont mobilisé une bonne partie de la population. La participation était plus élevée que lors des quatre échéances électorales antérieures: 75,8%. Ce chiffre reste éloigné du record de participation de près de 80%, atteint en 1982 [victoire des socialistes de Felipe González].

2 La loi d’Hondt [1] fausse encore certains résultats de manière significative. Le principe «une personne, un vote» n’est pas respecté. Cette caractéristique n’est pas neuve, mais il n’est pas inutile de la rappeler. Le nombre de voix nécessaires à l’obtention d’un siège n’est pas le même [dans chaque province]. Le ratio entre suffrages et sièges de député a été le plus coûteux pour la coalition du Pays Valencien Compromís: il lui a fallu 170 155 voix pour faire élire son unique député au Congrès; le Parti Régionaliste de Cantabrie est la formation qui a eu le moins besoin d’électeurs pour obtenir un siège: 51 922. Le rapport est de 3,3 pour 1. Le PSOE est le parti qui a, sans aucun doute, le plus bénéficié à cette occasion de la loi d’Hondt.

3 La droite a été défaite. Modérément, mais défaite. Les élections andalouses ont représenté une alerte quant à la possibilité que les trois partis de droite [PP, Ciudadanos et Vox] étendent leur accord à l’ensemble de l’État. Peu avant les élections, le PP a offert des postes de ministres à Vox. La possibilité de revenir à un gouvernement comprenant des sympathisants déclarés du franquisme était réelle le 28 avril dernier. La mobilisation électorale a été une réponse catégori-que. Les droites (y compris les formations Navarra Suma (2 députés) et le Parti Nationaliste Canarien (2 députés également) totalisent 11 414 116 voix (151 sièges).

L’ensemble des formations de gauche rassemble 12 867 448 suffrages (185 sièges),  les gauches présentes dans l’ensemble de l’État, les gauches nationales (en Catalogne, au Pays Basque et en Galice) ou les gauches présentes présentes seulement dans certaines Communautés Autonomes. Soit près d’un million et demi de suffrages en plus!

Les résultats globaux sont sans appel, même si nous ne pouvons négliger le fait que la droite l’emporte en Aragon, dans les deux Castilles, en Estrémadure, à Madrid, en Murcie et à La Rioja. En Andalousie et au Pays Valencien gauche et droite font jeu égal.

À la marge de ces deux blocs, les suffrages du Parti Nationaliste Basque (394 627 voix, 6 sièges) et de Junts Per Catalunya (497 638, 7 sièges).

Dans la conjoncture actuelle, il est difficile d’imaginer que ces formations pactisent avec la droite espagnole ultramontaine (*). Le Parti Animaliste contre la maltraitance animale (PACMA) a obtenu un résultat en rien négligeable: 326 045 voix. Disons-le ainsi: les gauches et le souverainisme ont gagné contre les droites ultraconservatrices et  réactionnaires du PP, de Ciudadanos et de Vox.

Ces élections ont mis en évidence une réalité incontournable: la réalité plurinationale du royaume d’Espagne.

La Catalogne et la Communauté Autonome Basque ont voté différemment (ou très différem-ment) du reste de l’État. La droite espagnoliste a obtenu 7 sièges en Catalogne (5 pour Ciuda-danos, 1 pour le PP et 1 pour Vox), les partis formellement souverainistes et partisans du droit à l’autodétermination ont obtenu 29 sièges (15 pour la Gauche Républicaine de Catalogne ERC, 7 pour En Comú Podem et 7 pour Junts per Catalunya).

Le Parti des Socialistes Catalans (PSC) section catalane du PSOE] 12. Si l’on ajoute ces sièges aux 7 de la droite et de l’extrême-droite, le bloc unioniste-constitutionnaliste contre la «rupture» de l’Espagne et «fondamentaliste» sur la Constitution de 1978, totalise donc 19 sièges. En d’autres termes, 29 souverainistes (dont 4 en prison: Oriol Junqueras, Josep Rull, Jordi Turull, Jordi Sànchez, auxquels il faut ajouter le siège au Sénat gagné par Raül Romeva, ce qui donne le chiffre de cinq prisonniers politiques en jugement depuis plusieurs mois élus) et 19 constitutionnalistes-unionistes.

Il s’agit là d’un résultat à souligner. Dans le cas de la Communauté Autonome Basque, ni le PP, ni Ciudadanos, ni Vox n’ont obtenu de siège. Les partis qui, plus ou moins clairement, sont en faveur du droit à l’autodétermination atteignent 14 sièges, le seul parti constitutionnaliste-unioniste, le Parti Socialiste Basque (PSE), 4.

Une autre donnée, déjà connue, mais qui vaut la peine d’être répétée: si l’on exclut la Catalogne et le Pays basque, le tripartite de droite aurait pu rééditer le modèle d’accord andalou au gouvernement espagnol. C’est là un point, nous nous permettons de le souligner, déterminant pour comprendre la situation politique dans le royaume d’Espagne.

La position du PSOE en cette matière lors des élections était très claire: pas un mot sur l’autodétermination. «Notre pays ne dispose pas de structure juridique pour que quiconque, avec aucun référendum sur son territoire, ne puisse rompre l’unité de l’État espagnol». «Il n’y aura pas d’indépendance, il n’y aura pas de référendum et il n’y aura pas d’autodétermination».

Mais, bien que la question catalane soit le principal facteur au cœur de la politique de la crise du régime de 1978, le gouvernement fera face à des défis supplémentaires. Abolir la loi  liber-ticide qui criminalise certaines formes de contestation, exiger des banques qu’elles remboursent 60 milliards d’euros, avancés lors du «sauvetage»; mettre un terme aux privilèges économiques et fiscaux de l’Église catholique et aboutir à la constitution d’un État laïc. Il s’agit d’aspects programmatiques que le parti qui gouvernera a assumés, à un moment ou l’autre. Et, selon comment ils traiteront de la question catalane, constitue ce que l’on définit comme une politique modérée, mais qui se prétend de gauche

Le programme social du PSOE est très fragile étant donné la situation économique et sociale qui prévaut en Espagne. Un taux de chômage très élevé, approche le 15%, dépassant 20% dans certaines Communautés Autonomes. Dans la zone euro, la moyenne dépasse légèrement 6%. Les salaires ont augmenté en moyenne de 0,3% entre 2010 et 2017. 34,4% des salarié·e·s percevaient en 2017 un salaire inférieur au Salaire minimuml, c’est-à-dire moins de 707,6 euros par mois (ce salaire est passé à 735,9 en 2018 et est de 900 en 2019).

Les inégalité se situent au quatrième rang de l’Union européenne. Au cours de la même période, le nombre de personne en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale a augmenté de près de 13%. L’augmentation des pauvres au sein de l’UE provient pour moitié de l’Espagne.

Devant une telle situation, quels sont les projets économiques et sociaux du PSOE? Le programme social de ce parti est, dans le meilleur des cas, extrêmement rachitique pour faire face à une situation économique et sociale telle qu’elle vient d’être sommairement brossée. Au pire, il l’aggravera.

Malgré le fait que la campagne électorale du 26 mai paralysera l’élection du président du gouvernement, il semble que Pedro Sánchez sera élu sans difficulté, au premier ou au second tour

La préférence de la CEOE [la confédération patronale], des banques, des investisseurs internationaux ainsi que du secteur «felipista» [du prénom de Felipe González] est publique: un gouvernement PSOE-Ciudadanos. Cela n’est pas impossible, mais cela semble difficile les militants du PSOE, rassemblés devant le siège, l’ont exprimé clairement le soir des élections: «con Rivera, no».

Probablement le PSOE va préférer gouverner seul afin d’avoir les mains libres et passer des accords avec la droite lorsque cela l’arrange. Le débat au sein de la base sur la proposition de Podemos d’entrer au gouvernement, de former un gouvernement de coalition, est intéressant.

Cet objectif est l’un des fils conducteurs de la campagne électorale, à tel point que Pablo Iglesias a déclaré que «nous sommes plus proches de gouverner que jamais». Il convient de réfléchir sur la proposition. La formation est passée, dans le sillage du mouvement des indignés du 15 mai 2011, d’une remise en question du régime de 1978 au désir de faire partie d’un gouvernement dont l’associé majoritaire [le PSOE] est un partisan fervent de l’actuel régime.

Le couplet sur la «caste» est bien lointain. L’argument utilisé est que c’est la seule manière d’assurer la mise en œuvre de politiques sociales.

10° Nous verrons bientôt ce que le futur gouvernement est disposé à faire autour de la question catalane. Le procès d’une bonne partie des dirigeants de la grande mobilisation pour l’autodéter-mination dure toujours. Certains n’hésitent pas à le qualifier de farce. Le PSOE lui-même est divisé sur la question.

Nous verrons bientôt également ce que ce gouvernement est prêt à faire dans les domaines de la laïcité, des répressions, de l’économie et du social. Nous renvoyons à des analyses futures la question de la politique extérieure; bornons-nous à mentionner les ventes d’armes aux monarchies sanguinaires amies de celle des Bourbons, comme l’Arabie Saoudite.

11° Dans un mois, le 26 mai, se tiendra une sorte de deuxième tour électoral. Les élections municipales, européennes et autonomiques [celles-ci dans 11 communautés sur 17] montreront si la tendance de ce mois d’avril est confirmée ou non. Le gouvernement de Communautés autonomes aux budgets importants est aussi en jeu, avec la questions comme des soins ou del’éducation.

Les élections d’avril et de mai ne résolvent toutefois pas le problème de fond, celui de la crise du régime.

«La crise de la première restauration borbonienne en 1874, après la Première République fut une longue agonie de plusieurs décennies, marquées par l’échec successif de toutes les formules tentées par les oligarchies d’alors.

Lors de la deuxième restauration, le régime de 1978, Franco a choisi pour successeur le roi Juan Carlos et on en est encore là. S’y opposer suppose une stratégie de changement démocratique et de mobilisation allant au-delà du régime actuel.

Ce n’est, pour le moment, pas le cas, aussi manifeste que soit la tâche première qui est de mettre en échec les droites». Ce dernier point a été atteint lors de cette première bataille électorale. Mais après les élections de mai, l’ouverture d’une réflexion politique, mais aussi stratégique, est nécessaire sur les perspectives des gauches pour aboutir à une alternative à ce régime. (Résumé)

(Article publié le 4 mai 2019 sur le site SinPermiso.info; traduction À L’Encontre)

Alencontre  8 mai 2019 Daniel Raventós Miguel Salas[

http://alencontre.org/

(1] Loi d’Hondt, du nom du mathématicien belge, et professeur de droit, Victor D’Hondt (1841- 1901) qui a élaboré un mode de calcul pour les scrutins à la proportionnelle plurinominale. Ce mode favorise les partis qui ont remporté le plus grand nombre de suffrages. Dans le cas de l’Espagne, un facteur joue un rôle plus important encore dans la «prime» accordée aux grands partis: les circonscriptions électorales sont basées sur les 50 provinces et deux villes autonomes de Ceuta et Mellila, découpage datant de 1833, sanctionné par la Constitution de 1978. Les provinces peu peuplées de «l’Espagne vide» de l’intérieur, disposant de 2 ou 3 sièges, privent systématiquement les 3e et 4e partis d’une représentation (réd. À L’Encontre)

Commentaire:

La méthode d’Hondt s’appelle aussi « à la plus forte moyenne » quand on fait le quotient électeurs/sièges. La méthode « au plus fort reste » est plus démocratique, elle permet aux petits partis d’être représentés.

(*): Ultramontanisme

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