28 avril 2019 ~ 0 Commentaire

partis (inprecor)

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Réflexions sur la « question du parti » 

Un tour d’horizon

Partis, périodes, consciences

Nous abordons évidemment ici la question du parti du point de vue de la gauche radicale, anticapitaliste. Nous aurions dit, dans les décennies 1960 et 1970, du point de vue de la gauche révolutionnaire. L’adjectif « radical » prend, à mon sens, acte d’une situation. Dans de nombreux pays – à commencer par ceux qui composent l’Europe –, il n’y a pas un niveau, une qualité des luttes sociales qui permettent de donner chair à une organisation révolutionnaire.

L’adjectif « révolutionnaire » ne renvoie pas seulement à un programme. Dans les années 1960 et 1970, la vie quotidienne des membres de l’extrême gauche était différente de celle des adhé-rents aux partis réformistes sociaux-démocrates ou staliniens. Bien des activités devaient être clandestines, ou partiellement clandestines. La perspective était celle d’une montée en puissan-ce des luttes de classes et l’on devait s’y préparer. Les États d’ailleurs s’y préparaient, dans des pays comme la France, et la répression frappait en priorité le militantisme politique.

En Europe, la situation a changé après l’épuisement de la dynamique de la révolution portugaise et la sortie contrôlée du franquisme dans l’État espagnol.

Une « normalisation » à la gauche de la gauche a suivi plus ou moins rapidement. La transition n’a pas été facile et une grande partie des organisations d’extrême gauche en Europe ont dispa-ru en cours de route. Depuis, la vie quotidienne d’un membre de la gauche radicale n’est plus si différente de celle de l’adhérent d’un parti réformiste. La perspective d’une confrontation majeure de classes s’est embrumée dans un horizon lointain. De façon symptomatique, la répression a progressivement ciblé les mouvements sociaux (et les « classes dangereuses » – classes d’âge et sociales) et non plus les politiques en tant que tels.

Bien entendu, cette périodisation varie suivant les pays du sud, du centre ou du nord de l’Euro-pe. Des résistances armées se sont longtemps prolongées en lien avec l’oppression nationale (Euskadi, Irlande du Nord, Corse), mais ces luttes ont cessé de s’inscrire dans une perspective révolutionnaire internationale, ce qui a posé la question de leur fonctionnalité et a changé le cadre des processus de paix. Malgré les différences de contexte, c’est aussi vrai pour les pays du Sud où des guérillas significatives continuaient à exister, de la Colombie aux Philippines.

Dans un premier temps, le changement de période a conduit l’extrême gauche « survivante » à repenser les rythmes et les modalités de sa construction. La course du « cent mètres » visait à profiter – avant qu’elle ne se referme – de la fenêtre ouverte par la crise de la domination impé-rialiste des années 1960. Elle a laissé place à une course de fond pour mieux s’implanter et durer jusqu’à la crise suivante. Cependant, cette dernière n’est advenue que trois décennies plus tard (une génération !).

Quant au changement de période, il a été beaucoup plus prononcé qu’escompté.

En fait, nous avons à faire à un changement d’époque marqué par l’implosion de l’URSS et la fin de la géopolitique des blocs ; l’épuisement de la dynamique révolutionnaire du 20è siècle y com-pris dans le tiers monde ; la mondialisation capitaliste ; une hégémonie idéologique du néolibéra-lisme qui, bien que temporaire, a profondément pénétré les consciences ; de véritables boule-versements des structures sociales tant au Nord qu’au Sud et à l’Est…

Dans ce cadre, la rupture générationnelle entre les héritiers des années 1960-1970 et les enfants de l’époque présente s’avère souvent particulièrement tranchée (Rousset, 2005). En règle générale, les jeunes sont peu intéressés à apprendre du passé contrairement à l’aile politique de la « génération 68 » qui se pensait dans la continuité de la révolution russe d’Octobre 1917, de la révolution chinoise d’Octobre 1949 ou de la révolution cubaine de janvier 1959, de la Guerre d’Espagne et de la résistance antifasciste…

Cette rupture de génération prend aussi des formes aiguës dans les pays où les « vieux » ont vécu l’expérience de la résistance à des dictatures et des régimes militaires et où les « jeunes » sont nés à la politique après leurs renversements, comme en Amérique latine ou aux Philippines.

Nous touchons ici à une question fondamentale. Les conceptions militantes dominantes ne sont pas forcément en adéquation avec certaines des tâches de l’heure ou avec la nature des épreu-ves à venir. Or, l’action politique se conduit à partir des consciences « réellement existantes » et non pas à partir d’impératifs catégoriques. Ainsi, même quand le « désir de parti » existe, il peut y avoir un fossé entre le parti possible (compte tenu des consciences) et le parti nécessaire (compte tenu des tâches). Une difficulté assez redoutable qui conduit à bien des tâtonnements. Néanmoins, des partis utiles ont existé et existent encore bel et bien.

Des partis utiles possibles et nécessaires

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un rejet sec de la notion même de parti dans une aile importante de la jeunesse militante, y compris chez celle dont l’engagement personnel est le plus radical. Du moins tel est le cas dans certains pays.

Il y a à ce rejet de solides raisons qu’il nous faut pleinement prendre en compte. Le dépéris-sement de la démocratie bourgeoise a fini de discréditer le régime des partis, là où il avait un sens par le passé. Un secteur notable de l’extrême gauche s’est comporté de façon proprement manipulatrice et autoritaire, parfois carrément destructrice.

La « forme parti » n’est pas seule en cause, il importe de le noter. En fait, ce sont toutes les formes d’organisation d’hier et d’aujourd’hui qui méritent d’être passée en revue de façon criti-que. Des syndicats sont profondément bureaucratisés. Des ONG deviennent la « propriété » d’une personne. Des associations s’institutionnalisent au point d’appliquer en leur sein une grille de salaires fort inégalitaire. Des réseaux informels sont manipulés par une direction occulte. Des mouvements « virtuels » remplacent par un « clic » Internet (sans engagement militant aucun) les procédures démocratiques collectives. Des hommes providentiels se ramassent à la pelle…

Aucun parti n’est parfait. Néanmoins, des partis ont joué un rôle clef, au 20è siècle, dans toutes les luttes de libération, dans les révolutions qui ont été le plus loin dans la rupture avec le capita-lisme. Certes, ces révolutions se sont sclérosées ; elles ont donné naissance à des régimes bureaucratiques, puis laissé place à un nouveau développement capitaliste. Il y a à cela des causes multiples sur lesquelles on ne peut revenir ici.

Les critiques sans nuances ni merci des partis révolutionnaires devraient se pencher sur ce qu’il advint des révolutions sans partis. Ou ce qu’il en advient aujourd’hui encore. Nous avons rare-ment vu une levée populaire aussi ample et couvrant d’emblée une aire géographique aussi vaste que ce que l’on appelle un peu improprement le « Printemps arabe ». L’irruption des « masses » dans l’arène politique fut spectaculaire, le combat mené contre une cohorte de forces contre-révolutionnaires proprement remarquable. Elle mérite toujours notre soutien ; mais l’initiative a changé de camp. La lutte se poursuit parfois dans des conditions épouvantablement difficiles, comme sur le théâtre d’opérations irako-syrien.

Les peuples de la région paient notamment au prix fort les abandons et les trahisons des grands partis nationalistes de gauche

Dans le monde arabo-persan (ou au-delà), ainsi que l’isolement international dans lequel elle a été maintenus par les puissances –  une partie de la gauche radicale appuyant Poutine et Assad ou regardant ostensiblement ailleurs.

Il existe certes toujours Irak ou en Syrie des organisations révolutionnaires qui sont restées fidèles à leurs engagements initiaux – et qui méritent notre respect, poursuivant un très difficile combat – mais elles sont aujourd’hui affaiblies. On ne peut que regretter cette faiblesse – qui oserait s’en réjouir au nom d’une dénonciation théorique de la « forme parti » ?

Des partis suffisamment implantés pour jouer un rôle important sur le théâtre d’opération irako-syrien, il n’y en actuellement qu’aux Kurdistan. Peut-on nier que l’existence du PYD au Kurdistan de Syrie a été un facteur clé dans la capacité de résistance kurde, symbolisée par la bataille de Kobané ? Des partis radicaux, même de dimensions modestes, peuvent aujourd’hui être utiles.

Nous parlons ici de partis d’envergure modeste (quelques milliers de membres), mais bénéfi-ciant d’une implantation multisectorielle. Une organisation politique concentrant son activité dans un seul secteur social (par exemple les entreprises) ne saurait jouer le même rôle. Une forma-tion essentiellement parlementaire non plus. Au cœur de l’action partidaire se pose en effet la question de l’articulation des formes et des terrains de lutte.

L’articulation des formes et des terrains de lutte

Si je nourris la réflexion d’exemples concrets, c’est qu’il faut se garder des schémas trop abstraits. On ne peut en effet effacer d’un trait les héritages nationaux ou régionaux. En Europe, les rapports entre grands partis et syndicats varient considérablement d’un pays à l’autre. En Inde, chaque parti (parlementaire) – y compris de droite – est entouré d’un éventail d’« organisa-tions de masse » : confédération syndicale, associations paysannes et de femmes, jeunesses… Des « mouvements sociaux antipartis » leur font pièce. Des organisations indépendantes, mais pas nécessairement hostiles aux partis ont pris dernièrement plus d’importance. Toute action d’envergure pose la question de leur collaboration.

Un parti n’a pas le monopole de l’élaboration théorique et programmatique, contrairement à ce que beaucoup ont prétendu. Des militantes d’extrême gauche ont participé activement aux élaborations féministes (et LGBT blog) des années 1970, mais leur formulation s’est faite en dehors des orga-nisations politiques constituées, avant d’y pénétrer en force. Il en va de même pour ce qui est de l’écologie la décennie suivante. Idem encore en ce qui concerne l’évolution des rapports sociaux et du travail, ou la portée stratégique d’expériences de lutte innovantes…

En revanche, les partis militants offrent (peuvent, devraient offrir) dans la mesure du possible des choix globaux d’orientation alternatifs – à savoir comment articuler pour une période donnée formes et terrains de lutte. En cela, ils contribuent à préserver l’unité des mouvements sociaux, les choix politiques hétérogènes de leurs membres s’exprimant ailleurs au lieu de les diviser. Si division il y a néanmoins, elle s’opère sur le terrain propre à chaque mouvement social : syndica-lisme de classe ou d’accompagnement, écosocialisme ou écologie profonde, production paysan-ne ou agro-industrie, féminisme de lutte de classe ou institutionnel…

Tout cela présuppose évidemment que lesdits partis militants respectent le fonctionnement propre, la vie des mouvements sociaux 

Ce qui n’est pas gagné d’avance. Une solution alternative est défendue par des courants de référence généralement anarchiste, la constitution de mouvements sociopolitiques de type « syndicats révolutionnaires » (en période non révolutionnaire). C’est construire des avant-gardes nécessairement concurrentes au sein du salariat, imposant des divisions de nature partidaire.

Deux terrains de lutte méritent ici une mention spéciale : la lutte armée et l’activité parlementaire. Cela peut paraître étrange de les associer ici. Pourtant, toutes deux ont de profondes implica-tions sur les équilibres d’une organisation et toutes deux présentent de grands dangers si ces équilibres ne sont pas maîtrisés.

Activités parlementaires et institutionnelles.

L’activité parlementaire (et plus généralement institutionnelle) répond à des besoins très réels. Défendre dans toutes les arènes possibles les droits des dominé-e-s. Leur assurer une repré-sentation politique. Combattre l’hégémonie idéologique dominante. Utiliser le groupe parle-mentaire pour aider les luttes ici et ailleurs ; pour obtenir la libération de prisonniers politiques ; pour aider à la coordination internationale des mouvements…

Cette activité ne peut évidemment pas être mise en œuvre en tous lieux en tout temps. Ses modalités et son potentiel dépendent beaucoup de la nature du régime politique et des législa-tions électorales propres à chaque pays (qui, en règle générale, tendent aujourd’hui à se durcir).

C’est sur ce terrain que la gauche radicale a récemment connu ses plus grands succès en Europe 

Et elle a aussi subi l’un de ses échecs les plus cinglants. La première vague de succès élec-toraux a notamment touché le Danemark, l’État espagnol, la Grèce, le Portugal – avec pour point d’orgue, la conquête du gouvernement par Syriza et le soutien populaire massif pour en terminer avec les politiques d’austérité.

La première leçon, évidemment, c’est qu’un tel événement remarquable a été possible. La seconde, malheureusement, est la trahison de ses mandats par la direction Tsipras et son intégration (en position subordonnée) à la gouvernance autoritaire de l’Union européenne.

Après l’espoir, l’écœurement – et un point tournant négatif pour la gauche radicale en Europe. L’avenir de l’Alliance rouge et verte danoise, du Bloc de Gauche portugais, de Podemos, reste évidemment un enjeu majeur, mais le contexte leur est aujourd’hui plus difficile.

Un autre processus existe avec le Momentum de Corbyn (Labour) en Grande-Bretagne. Il n’est pas évident qu’il va se reproduire ailleurs. En Allemagne (Die Linke), en France, de la création entre le Parti de Gauche et le PC du Front de Gauche, il ne reste que Mélenchon. Les carottes sont cuites en Italie. Dans beaucoup de pays, c’est la droite extrême et l’extrême droite qui sont à même de polariser l’exaspération populaire.

L’avenir peut nous réserver à nouveau d’heureuses surprises 

Mais il faut prendre la mesure de la « logique hégémonique » du terrain électoral et du pouvoir de cooptation des institutions. L’aune du succès d’une organisation devient ses résultats élec-toraux et non les progrès de son implantation sociale – or l’audience électorale n’implique pas automatiquement une avancée dans l’enracinement local.

La succession des échéances électorales commande les priorités financières et accapare l’attention des directions. L’échec laisse le roi nu – et les coffres vides. Le succès est dangereux. Des organisations entières ont perdu leur âme militante dans les institutions, malgré la résis-tance farouche de minorités en leur sein : Syriza en Grèce… D’autres ont perdu leurs députés pour ne pas perdre leur âme (comme le RPM-M aux Philippines).

Un parti radical doit pouvoir intervenir selon les possibilités et les nécessités en tous domaines, y compris parlementaire et institutionnel, y compris hostiles. Le danger est d’adapter la conception même du parti « réellement existant » aux jeux électoraux. La rotation des élu-e-s, les règles financières, doivent être clairement établies et respectées.

L’ancrage social doit être assuré au lieu de s’affaiblir avec le temps. On gagnerait à réfléchir à des exemples originaux en la matière. Le mouvement populaire coréen a impulsé la création du Parti Démocratique du Travail (KDLP), la confédération syndicale KCTU et la Ligue des paysans (KPL) étant directement représentées à sa direction. Le KDLP a connu un véritable succès électoral, mais a été fortement réprimé au nom de la « sécurité nationale ». Par ailleurs, la cohabitation n’est pas simple, en Corée, entre le courant « libération nationale » qui donne la priorité à la question de la réunification du pays et le courant « démocratie du peuple » qui donne la priorité aux luttes sociales. L’exemple du KDLP est très spécifiquement sud-coréen et n’est pas reproductible ? Certes, mais la question de fond du lien entre partis radicaux et base sociale ne cesse de se poser.

Confrontés à l’absence de partis radicaux à basse de masse, d’autres courants syndicaux de lutte de classe se posent la question d’en fonder.

C’est aujourd’hui notamment le cas pour le Numsa, en Afrique du Sud. Au Mexique, le Syndicat Mexicain des Electriciens (SME) a jugé nécessaire d’appuyer la création d’une nouvelle formation politique, l’Organisation du peuple et des travailleurs (OPT)..

Les précédents historiques en Afrique du Sud et au Brésil montrent comment le parti initialement fondé sur le mouvement syndical peut l’instrumentaliser. Après l’accession au gouvernement, ce fut le cas au Brésil avec le PT et la CUT ; ou en Afrique du Sud avec l’ANC et la Cosatu. Il faut donc mieux s’en prémunir.

Enfin, l’une des particularités des processus européens contemporains, c’est le décalage temporel entre les mobilisations sociales qui ont ouvert à la voie à la gauche radicale et le moment où les succès électoraux se sont produits (Syriza, Podemos…). En conséquence, la base sociale organisée du mouvement parlementaire (ou du gouvernement dans le cas grec) reste étonnamment restreinte par rapport à leur audience électorale – un dangereux talon d’Achille.

L’expérience montre que la résistance aux dérives droitières de directions politiques et syndica- les ou l’élargissement de la base sociale de la gauche radicale après un succès électoral ne sont pas spontanés. On ne saurait s’en remettre à une simple « dynamique » dont la situation serait porteuse. Tout cela relève de tâches politiques et de redéploiements organisationnels. Il faut agir en dehors des institutions et pas seulement en leur sein.

Selon Lénine

• Horizon stratégique, analyse concrète. Lénine est particulièrement intéressant en ce qui concerne la façon dont il lie (et non juxtapose) théorie et objectifs à long terme d’une part et, d’autre part, la mise en contexte, « l’analyse concrète de la situation concrète ». Or, on l’a vu, le contexte actuel n’est pas favorable à la construction des partis dont nous avons, dont nous aurions, besoin. Il nous faut néanmoins mener une réflexion stratégique de fond.

• Un parti délimité et militant. Un parti devrait-il n’avoir plus de frontières ni d’exigences à l’heure d’Internet et du militantisme à la carte ? Devrait-il être « fluide » en adéquation à un capitalisme lui-même « fluide » ? Fluide, la domination de classe ? Fluide le matraquage idéologique quotidien ? Fluide l’État sécuritaire ? Fluide les diktats de la dette, de l’Union européenne, des interventions impérialistes ? En quoi la violence de la guerre de classe s’est-elle liquéfiée ? C’est notamment cette question qui détermine la nécessité d’un parti délimité, dont les membres sont actifs dans des structures militantes. Le fait qu’il soit constitué de militant-e-s lui permet d’être enraciné dans les couches populaires, en rapport et en lien organique avec les mouvements sociaux.

• Un parti pour l’action politique dans toute la société. Un parti révolutionnaire ne confine pas son action à l’entreprise, au face-à-face direct entre un patron et ses salariés. Il « repré-sente » la classe travailleuse, dans ses rapports non seulement à un groupe donné d’emplo-yeurs, mais aussi avec « toutes les classes de la société contemporaine et avec l’État en tant que force politique organisée ».

• Un parti réactif. Un parti capable de percevoir l’émergence du neuf et de se réorganiser en conséquence, que ce soit en termes d’implantation sociale (exemple actuel : émergence du précariat dans des pays européens) ou de changement brutal de situation politique. Un parti capable aussi de répondre à l’imprévu – car imprévu, il y aura toujours. Sans être « fluide », ce type de parti est flexible…

Continuité et conservatisme. La construction d’un parti, comme de toute organisation populaire, est un processus d’accumulation de forces sociales, politiques, culturelles, orga-nisationnelles… Un tel processus exige de la continuité et de la profondeur dans l’activité. Etre réactif ne signifie donc ne pas butiner et ne s’investir que de façon éphémère.

Toute organisation est aussi conservatrice. Elle tend à recruter à son image et à fonctionner selon des codes implicites reflétant sa composition initialement majoritaire, ce qui rend très difficile l’intégration effective de membres ne collant pas à cette « norme » dominante : les femmes dans des mouvements masculins, les salarié-e-s non diplômés (étant entendu qu’une bonne partie du salariat de faible revenu peut avoir été étudiant), les précaires, les migrants, etc. Le problème est particulièrement aigu au niveau des directions, aux comportements souvent excluants, « familiaux » (une famille parfois déchirée…).

La politique de construction de l’organisation doit donc inclure une réflexion sur le poids de ces conservatismes et des mesures renforçant sa capacité d’accueil, de formation et d’intégration, en mettant l’accent sur le fonctionnement collectif. C’est bien plus qu’une question de quotas – et plus facile à dire qu’à faire, précisément parce qu’une bonne partie du problème relève de l’implicite, d’un état d’esprit, de codes informels.

• Un parti capable de présenter une orientation d’ensemble, des éléments de stratégie, puis une stratégie appropriée (en rapport avec les données de la période) quand le niveau des luttes le permet. Là encore, cela implique une politique de développement de l’organisation qui lui permette de s’enraciner dans des secteurs sociaux d’où elle est absente. Il n’y a rien de spon-tané en ce domaine. Bien entendu, plus un groupe est numériquement faible et moins il peut se déployer…

Dans bien des pays, les conditions réellement existantes ne permettent pas de construire « le parti révolutionnaire ». L’enjeu est alors de susciter ou de participer à la constitution de forma-tions politiques disons hybrides, exprimant l’expérience contemporaine, permettant d’agir sur le présent, d’élever le niveau de conscience, d’accumuler des forces, de faire des pas en avant – tout en évitant qu’elles ne se sclérosent et ne donnent naissance à de nouveaux réformismes impotents.

Ces mouvements « hybrides » peuvent s’avérer temporaires ; ils entreront en crise, mais non sans avoir permis une expérience nécessaire. Ils peuvent aussi donner naissance à des organisations plus durables, renouvelées, de la gauche radicale.  (Résumè)

Mai 2017 Pierre Rousset

Pierre Rousset, membre du Bureau exécutif de la Internationale, militant du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA, France), anime l’association Europe solidaire sans frontières (ESSF)

http://www.inprecor.fr

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