23 avril 2019 ~ 0 Commentaire

hugo palheta (le média)

Hugo Palheta est membre du NPA

En quoi le fascisme n’est-il pas une catégorie historique obsolète mais une catégorie politique toujours d’actualité ?

Ugo Palheta : La raison principale, c’est que la catégorie de “fascisme” est plus précise et utile que celle de “populisme”, non seulement pour caractériser la plupart des extrêmes droites contemporaines, mais aussi pour penser le type de danger qui hante notre temps ; car le fascisme est le nom à la fois d’un projet politique spécifique et du mouvement par lequel le capitalisme se perpétue sous des formes catastrophiques, par la destruction de toute démocratie.

La catégorie de “populisme” esquive complètement ce double aspect. Si l’on se fonde sur les définitions qui sont données par les historiens ou politistes mainstream qui y recourent (reposant sur des critères aussi vagues que l’usage de la démagogie ou d’une rhétorique de l’appel au peuple face aux élites), cette catégorie ne permet nullement de spécifier le type de projet qui est porté par la plupart des forces d’extrême droite.

À l’inverse, la catégorie de fascisme permet d’insister sur la continuité souterraine entre l’idéologie du fascisme historique et l’idéologie de forces comme le FN (devenu RN), la Lega en Italie, ou encore Bolsonaro au Brésil, à savoir le projet d’une régénération de la nation par purification violente (ethnique et politique).

Vous critiquez deux idées. D’une part que le fascisme serait produit “nécessairement” par le capitalisme en crise. D’autre part qu’il serait un simple instrument de la bourgeoisie pour asseoir sa domination.

Oui, j’insiste sur le fait que le fascisme, s’il ne peut parvenir et se maintenir au pouvoir qu’en nouant des alliances avec la classe dominante (notamment en obtenant le soutien politique d’organisations ou de dirigeants appartenant à la droite conservatrice, mais aussi en passant des compromis avec le patronat, l’armée, etc.), n’est pas le simple produit d’une conspiration bourgeoise.

Le fascisme est d’abord le produit de la décomposition de l’ordre politique, de ce que je nomme dans le livre une crise d’hégémonie généralisée. Celle-ci se manifeste à travers l’effondrement brutal de la légitimité des représentants politiques traditionnels de la bourgeoisie ainsi que l’affaiblissement des formes de contre-hégémonie issues des gauches, autrement dit leur incapacité de se hisser à la hauteur de la situation historique et à proposer une solution à la crise politique.

Le fascisme ne dérive donc pas d’une réaction de la bourgeoisie à une crise révolutionnaire, au cours de laquelle les classes populaires seraient à l’offensive et menaceraient l’ordre social, mais d’une crise de gouvernabilité qui combine une impuissance politique de la bourgeoisie, un recul des mouvements de gauche, et la conquête d’une audience de masse par une organi-sation d’extrême droite ; des traits que l’on retrouve précisément dans la France contemporaine.

C’est dans ce type de situation que la classe dominante peut être amenée à passer un compro-mis avec le fascisme en pensant reprendre le contrôle du pouvoir politique plus tard. Ce qui s’est avéré un pari très hasardeux puisque, si les fascistes laissent les coudées franches aux capita-listes sur le plan économique et leur permettent d’accroître leurs profits (en les débarrassant de toute organisation de défense des salariés), ils sont prêts à tout pour se maintenir à la tête de l’État, ne serait-ce que pour continuer à en tirer eux-mêmes un maximum de privilèges matériels.

Vous avancez que le durcissement autoritaire de l’État capitaliste, en allant toujours plus loin dans la destruction des droits et des libertés fondamen-tales, crée un terrain juridique et institutionnel propice à l’instauration d’une dictature fasciste.

Effectivement, la poussée autoritaire que connaissent les États capitalistes, notamment en France, rend possible à terme le glissement de la situation qui est encore la nôtre (mais l’est de moins en moins), à savoir une domination bourgeoise sous contrainte du droit (respect des libertés publiques notamment) et limitée par des conquêtes sociales (protection sociale, Code du travail, services publics, etc.), vers une nouvelle situation : une dictature ouverte ne se conten-tant plus de rogner ces conquêtes et l’État de droit mais décidée à les rayer de la carte, de même que toute forme d’intervention populaire et tout mouvement de contestation (syndical, antiraciste, féministe, etc.).

Le fascisme ne devient possible comme régime politique que parce qu’il est d’une certaine manière déjà là, en pointillés, à travers des processus de fascisation qui imprègnent le champ politique, s’intègrent à la mécanique de l’État et affectent les subjectivités.

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