17 avril 2019 ~ 0 Commentaire

antisionisme (émancipation mee)

antisem

De “l’État juif” à l’apartheid décomplexé

Les sionistes disent qu’Israël est un État juif et démocratique. Et que c’est la seule démocratie du Proche-Orient.

État juif et démocratique, c’est un oxymore. Dans un État juif, la terre est juive. Les Juifs/Juives en possédaient 8 % à la veille de la guerre de 1948, ils en auront 92 % après et 97 % aujourd’hui (dans les frontières d’avant 1967). Sur la carte d’identité, pour les non Juifs/Juives, est apposée la mention “musulman”, “chrétien”, “druze”, “bédouin” mais surtout pas palestinien. L’ancienne dirigeante Golda Meir avait expliqué que les Palestinien(ne)s, ça n’existe pas.

C’est la définition religieuse qui sera adoptée pour savoir qui est juif/ve. On est juif/ve parce qu’on a une ascendance juive du côté de la mère, ou parce qu’on s’est converti. Une application très souple permettra à des centaines de milliers de soviétiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec le judaïsme de partir et parfois de devenir colons.

Les non Juifs/Juives qu’il serait plus exact d’appeler les Palestinien·ne·s de 1948 subissent le plus légalement du monde toute une série de discriminations à l’emploi (la plupart des métiers de l’énergie, de la sécurité, des transports et en général de la Fonction publique leur sont interdits) et au logement. Alors que le taux de pauvreté est de l’ordre de 10-15 % chez les Juifs/Juives israélien·ne·s, il dépasse largement les 50 % chez les Palestinien·ne·s d’Israël. En 1976, une révolte générale a éclaté contre le vol des terres en Galilée. Cet événement est commémoré par la journée de la terre.

Quant à la “seule démocratiedu Proche-Orient”, on se retrouve depuis 1967 dans la situation suivante. Entre Méditerranée et Jourdain, il y a 50 % de Juifs/Juives israélien·ne·s et 50 % de Palestinien·ne·s. Ce qui permet la domination absolue des premiers sur les seconds, c’est la fragmentation voulue de la Palestine : Cisjordanie, elle-même balkanisée en trois zones aux statuts différents et mangée par la colonisation, Jérusalem-Est où les Palestinien·ne·s ont un sous-statut de “résident” qu’on essaie de leur enlever, Gaza, véritable cage où deux millions de personnes sont retirées du monde.

Il faudrait ajouter à tout cela les prisonnier·e·s (40 % de la population masculine a connu la prison depuis 1967) et les réfugié·e·s. S’il y avait démocratie avec droit de vote pour tou.te.s, ce système de colonisation et d’apartheid serait impossible.

Quand on critique radicalement l’idéologie sioniste, on entend souvent l’objection suivante : le sionisme a créé l’État d’Israël. Maintenant qu’il existe, c’est de l’histoire ancienne. Erreur absolue. On ne comprend pas le rouleau compresseur colonial actuel, le racisme débridé, le développement des idées suprémacistes et le rapprochement avec l’extrême droite si on ne comprend pas que le projet sioniste est plus que jamais à l’œuvre.

Deux grands courants du sionisme se sont partagé le travail depuis 1948.

Les travaillistes étaient aux commandes lors de la Nakba, de l’arrivée des Juifs/Juives orientaux/ales ou de l’expédition impérialiste de 1956. Le travail des historien·ne·s a modifié ce qu’on sait sur la guerre de 1967.

Israël n’était pas menacé d’anéantissement. Le projet israélien de conquête de toute la Palestine historique existait depuis des années, Ben Gourion avait dit dès 1948 qu’il “faudrait finir le travail”. Sitôt cette conquête réalisée, c’est un ministre travailliste, Yigal Allon qui a conçu les plans de colonisation et annexé Jérusalem-Est.

Comme les travaillistes ne disposaient pas de militant·e·s prêt·e·s à partir coloniser la Cisjor-danie, ils se sont adressés au seul courant religieux sioniste (minoritaire chez les religieux à l’époque), les disciples du rabbin Kook. Le ralliement des religieux à la colonisation a été un point de départ de la fascisation du pays, en tout cas du fait que les droits et même la vie des nouveaux et nouvelles dominé·e·s n’avaient aucune importance. Puisque Dieu a donné cette terre au peuple juif, puisqu’on refait ce qui est décrit dans le livre de Josué, pourquoi se gêner ?

Les descendants idéologiques de Jabotinsky (Begin puis Shamir) qui arrivent au pouvoir en 1977 sont déjà idéologiquement majoritaires. Ils ont l’appui des religieux et des Juifs/Juives orientaux/ales qui pensent se venger ainsi des discriminations qu’ils/elles subissent.

Au moment de Sabra et Chatila (1982), les milliers de manifestant·e·s qui ont protesté en Israël ont donné le mince espoir qu’Israël devienne un État normal, acceptant de vivre avec ses voisins. La société israélienne hésitera: la répression féroce de la première Intifada puis signature des accords d’Oslo.

Certain·e·s ont voulu croire à cette époque qu’il existait un sionisme à visage humain incarné par Rabin. Quand on examine de près les accords d’Oslo, la seule chose réelle qui a été signée, c’est l’obligation pour l’occupé d’assurer la “coopération sécuritaire” au profit de l’occupant. Dans les 26 mois qui séparent Oslo de l’assassinat de Rabin, celui-ci installe 60 000 nouveaux colons. De quelle paix s’agissait-il ?

25 ans se sont écoulés. Plus personne ne peut ignorer l’apartheid. Pour ceux qui doutent de ce mot, je conseille une visite à Hébron, où tous les jours, quelques centaines de colons fous de Dieu caillassent les enfants palestinien·ne·s qui vont à l’école et déversent leurs ordures dans la rue palestinienne sous la protection de 2 000 soldats. Le projet initial du sionisme, transformer les Palestinien·ne·s, comme cela s’est fait pour les Amérindien·ne·s ou les Aborigènes, en population enfermée dans sa réserve, rendue incapable de réclamer ses droits, est à l’œuvre.

L’instrumentalisation de l’antisémitisme ou comment faire accepter l’ethnocide en cours

On est donc aujourd’hui dans une situation absurde, où un État raciste veut faire taire les critiques au nom de l’anti-racisme. Le sionisme a installé au Proche-Orient un morceau d’Occident qui concentre, même s’il n’en a pas le monopole, le racisme, l’apartheid, le militarisme, le suprémacisme et les technologies de pointe de répression.

Comment empêcher que cela ne soulève partout dans le monde une vague de protestation, à l’image de celle qui a fini par se déclencher comme les tenants de l’apartheid en Afrique du Sud ? Ils ont trouvé sans peine. Comme le dit sans honte Macron, “l’antisionisme est l’une des formes modernes de l’antisémitisme”. C’est le dirigeant du CRIF, ancien membre du Betar (une milice violente d’extrême droite), qui lui a soufflé cette idée lumineuse.

Il faut dire qu’une telle affirmation est une obscénité. La mémoire des révolutionnaires juifs et juives, des résistant·e·s, du ghetto de Varsovie, d’Abraham Serfaty et de bien d’autres est confisquée par des racistes d’extrême droite qui poussent jusqu’à la caricature la ressemblance idéologique avec les bourreaux d’hier. L’Europe se débarrasse de sa responsabilité dans l’antisémitisme et le génocide nazi en adoubant des suprémacistes.

Bien sûr, l’antisémitisme demeure. En France, il a tué. Merah, l’hypermarché casher,… Il n’est pas la seule forme de racisme meurtrier. Les Arabes, les Roms, les Noir·e·s subissent régulièrement discriminations, humiliations, assassinats et violences policières. Les médias s’en préoccupent moins. Finkielkraut peut reprendre les pires stéréotypes antisémites contre les Noir·e·s et les habitant·e·s des quartiers (“ils n’aiment pas la France”), les médias ne parleront que d’antisémitisme quand il est insulté. De lui on dira juste qu’il est “controversé”.

Pour l’antisémitisme, s’est ajoutée à la traditionnelle détestation du Juif, de la Juive par l’extrême droite, la confusion systématique et voulue entre juif et sioniste. Les antisémites qui s’en prennent aux Juifs en prétendant défendre la Palestine, ne sont pas seulement “immoraux”, ils rendent le plus grand service à ce qu’ils prétendent combattre.

Plus que jamais, combattre le sionisme qui est une idéologie criminelle contre les Palestinien·ne·s et suicidaire pour les Juifs/Juives, est une nécessité. Être antisémite a été, est et sera toujours un crime. (Résumé voir lien)

Pierre Stambul  Lundi 15 Avril 2019

http://www.emancipation.fr/

Lire aussi:

De l’antisémitisme en France (MEE)

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin