21 mars 2019 ~ 0 Commentaire

brestoise (émancipation)

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Portrait d’une brestoise en gilet jaune

Débats et assemblées citoyennes : les ingrédients d’une avancée vers la démocratie

Elle a revêtu son gilet jaune à Brest depuis le début du mouvement, dans lequel elle a d’abord commencé par essayer de rassembler des personnes en vue de la journée du 17 novembre, puis a occupé des ronds-points, participé à toutes les assemblées citoyennes qui se déroulent les dimanches soirs. Elle participe activement à l’organisation du mouvement à Brest et mesure aussi tout ce qu’il lui a apporté.

La première fois, on s’est levé à 5h30, à 6h30 on se retrouvait sur un parking et on a commencé à occuper des ronds-points. Ça nous a permis de beaucoup discuter. Échanger est important. Sur les ronds-points, on a évacué nos questions, discuté de ce qui nous posait problème. C’est pour ça qu’il faut continuer à discuter. Les inquiétudes touchent tout le monde, gilets jaunes ou non. Quand on parle aux gens qui ne sont pas gilets jaunes de leurs inquiétudes, ça leur fait du bien, et ils nous le disent.

Ce que je constate, c’est que les gens ont envie de s’investir dans la vie politique. Ils se sentent concernés, alors il faut leur parler, discuter des problèmes, des solutions, des idées. Le pouvoir fait peur aux gens, il est perçu comme un Dieu, inattaquable, ce qui conduit les gens à être fatalistes, comme si rien n’était possible. Mais si on veut un monde meilleur, il faut faire quelque chose”.

L’importance de la discussion, Emmanuelle l’a mesurée pour elle-même au début du mouvement ce qui l’a “rassurée”. Le mouvement lui a permis de sortir d’un isolement dans lequel il est facile de tomber si les espaces d’échanges n’existent pas. D’ailleurs à Brest, les AG représentent le cœur du mouvement, même si d’autres actions sont évidemment organisées.

De fait, force est de constater que les espaces démocratiques de discussion sont absents et que c’est entre autres ce que le mouvement dénonce depuis le départ. Selon elle, ce qui ressort de la discussion politique, c’est un sentiment accru de trahison, qui s’est amplifié de gouvernement en gouvernement. Une minorité de la population qui gouverne pour tous les autres : une oligarchie qui tire le pouvoir à son avantage, pour ses propres privilèges. Pas étonnant que la colère monte.

C’est pourquoi la première des avancées serait selon elle que les citoyen·ne·s puissent être actrices et acteurs de la vie politique – autrement que par l’illusion d’un vote de temps en temps. Et décider par soi-même, sortir de la passivité, c’est multiplier les assemblées citoyennes, qui s’opposent en tout point à l’idée même d’un “grand débat” dirigé de part en part.

Déconstruire les idées reçues sur le mouvement et porter une égalité pour tous·tes !

Investir l’espace public pour permettre les échanges entre citoyen·ne·s permet aussi au mouvement de dire ses intentions, désamorcer les préjugés dont il est victime, clarifier ses positions.

À ce propos, Emmanuelle revient sur le prétendu caractère non écologique du mouvement qui s’est fondé entre autres sur la colère face à l’augmentation des tarifs du carburant :

“Évidemment qu’on défend la planète. C’est même sans doute la première chose qu’il faudrait prendre en compte et dont le reste peut découler”, mais il ne faut pas tout confondre, mener une véritable politique écologique, ce n’est pas augmenter les tarifs du carburant, et notamment les taxes, surtout si les taxes perçues par le gouvernement ne servent pas au financement de l’écologie. Les véritables responsables de l’absence de politique écologique, ce sont les gouvernements, pas les citoyen·ne·s.

De même, si le mouvement porte, selon Emmanuelle, sur l’égalité de tous les individus, il doit montrer aussi que les femmes sont les premières touchées par ces inégalités. Les gilets jaunes, hommes ou femmes, ne se revendiquent pas “féministes” à proprement parler, mais les questions des retraites, des inégalités salariales, d’accès aux postes, sont très présentes dans les discussions et revendications du mouvement.

C’est notamment ce qui a permis de faire émerger, le 16 février, une journée d’actions pour dénoncer les inégalités que rencontrent les femmes, mais aussi les violences sexuelles, les mutilations sexuelles ou encore les violences conjugales.

Cette journée était portée par un groupe de soignantes, d’assistantes maternelles (en gilet rose) et de gilets jaunes. Il s’agissait pour les femmes de défiler, de manière pacifique, en tête de cortège et pour certaines portions du parcours en cortège indépendant. Et dans la suite directe de cette journée, pourquoi ne pas “rejoindre les actions prévues le 8 mars”, s’il y en a.

Une détermination accrue face à un gouvernement qui vacille

À Brest, les cortèges sont plutôt pacifiques et il y a peu de répression dans les manifs mêmes. Pourtant, la répression est bien présente et montre que le gouvernement panique et vacille. Gardes à vue pour participation à des manifestations non déclarées, entrave à la circulation ou acte de rébellion en bande organisée, accusation de diffamation pour des actes dénoncés avec vidéo à l’appui suite à des violences lors du blocage d’un pont, “gazages” à bout portant…

Couplée à ces mesures de répression, la loi anti-casseurs est le signe que le gouvernement cherche à faire tomber ceux et celles qui parlent, agissent. Mais “nous priver de nos libertés ne nous empêchera pas d’agir”, d’autant que nombre des personnes actives dans le mouvement ont finalement très peu à perdre.

Si le mouvement s’est transformé, à Brest comme ailleurs, au fil des “actes”, il n’a pas perdu de sa détermination, donc. Il reste encore deux ronds-points occupés autour de Brest, où des personnes retraitées sont encore actives.

Mais la diminution du nombre de personnes sur les ronds-points, loin d’être le signe d’un essoufflement du mouvement, est en fait le corrélat du nombre de tâches croissantes dues à son extension : préparer des affiches, tenir des assemblées régionales… tout cela prend du temps et mobilise les personnes.

“Faire venir les étudiants à nous”, aller à la rencontre des gens, maintenir le mouvement malgré l’épuisement qu’il génère… voilà le programme pour les semaines à venir. À l’heure où les femmes, en Argentine, en Espagne, en Irlande, en Italie, au Brésil… se mobilisent pour leurs droits, celles qui luttent en gilet jaune montrent les voies possibles.

Depuis le début du mouvement social des gilets jaunes, qui dénonce les inégalités sociales et les privilèges qui n’avantagent qu’une infime partie de la population, les femmes se sont rassemblées en gilet jaune pour exprimer leur engagement dans la lutte, mais aussi rappeler qu’elles sont les plus touchées par ces inégalités. Récit de l’une d’entre elles, active dans le mouvement à Brest. Emmanuelle est AESH (Accompagnante des Élèves en Situation de Handicap) dans le Finistère, métier qui ne lui autorise aucune heure supplémentaire, aucune évolution de carrière et qu’elle a débuté après une carrière d’aide-soignante qu’elle a quittée parce que le caractère humain du métier était devenu inexistant : un travail pénible dans lequel il s’agit d’enchaîner les patient·e·s sans pouvoir générer ce qui est cœur du métier – le lien social, humain. Elle est aussi mère célibataire de quatre enfants.

Propos recueillis par Karine mardi 19 mars 2019

http://www.emancipation.fr/

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