05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

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Julia Cagé : « Emmanuel Macron a mis en place une politique qui correspond aux intérêts de ceux qui l’ont financé »

Le JDD a révélé dimanche que la campagne d’Emmanuel Macron avait été financée essentiellement par de riches donateurs. Est-ce un phénomène isolé?

Les partis politiques font campagne auprès de ceux qui les financent. J’ai montré dans mon livre Le prix de la démocratie (Fayard) que plus un parti a de moyens plus il a de chances d’emporter une élection. Le financement des partis politiques a toujours été un phénomène de classe : ce sont principalement les plus riches qui financent les campagnes politiques et très souvent à la hauteur du plafond légal (7.500 euros par an et par personne pour les dons aux partis, 4.600 euros pour les dons aux campagnes).

Ce n’est pas propre à Emmanuel Macron, ni à la France. Les plus modestes donnent moins par manque de ressources. Mais le financement de la campagne d’En Marche est tout de même un cas particulier. Macron a été candidat pour un nouveau parti et ne pouvait donc pas toucher d’argent public. Il a fait encore plus d’efforts que les autres partis pour lever des fonds privés. Il n’a  pas arrêté de dire qu’il n’utilisait pas l’argent des contribuables mais c’est faux. Depuis le début de sa création, En Marche a perçu 13 millions d’euros mais 8,6 millions proviennent de l’argent de l’ensemble des contribuables suite aux exonérations d’impôts sur les dons qui sont mises en place par l’Etat. Au total, seuls 4,5 millions d’euros ont été véritablement à la charge des donateurs.

Les partis de droite bénéficient-ils d’autant de dons privés que les partis de gauche?

Il existe une constante quels que soient les pays et les différences de plafond : les partis les plus à droite et les plus conservateurs économiquement reçoivent systématiquement plus de dons privés que les partis les plus à gauche. De ce point de vue, en France, c’est assez frappant à quel point En Marche apparaît comme un parti de droite.

Vous établissez une corrélation entre la politique mise en place par Emmanuel Macron et l’origine du financement de sa campagne

Oui, Emmanuel Macron a principalement fait campagne auprès des Français les plus riches et tout particulièrement des Parisiens. Et ce sont les mêmes qui l’ont financé. Il a mis en place une politique qui correspond à leurs intérêts. Ce qui a eu un impact direct sur les décisions qu’il a prises, notamment fiscales. Il a fait des cadeaux fiscaux aux personnes les plus aisées et a instauré le prélèvement forfaitaire unique sur le capital. Des mesures qui coûtent près de 8 milliards d’euros par an à l’Etat. Or après avoir dépensé de tels montants pour les plus favo-risés, l’Etat n’en a plus pour la majorité des citoyens, il a donc diminué les APL, gelé un certain nombre de prestations sociales, reporté l’exonération de la taxe d’habitation, etc.

Dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, il n’y a pas de somme maxi-mum légale pour les dons aux candidats. Pour que les campagnes soient plus équitables, vous avez théorisé la mise en place d’un plafond de versement aux partis à 200 euros par personne contre 7.500 euros actuellement. Pourquoi?

7.500 euros, c’est la moitié du salaire annuel d’une personne qui gagne le SMIC. Il faut limiter le plafond des dons pour ré-égaliser les citoyens devant le financement des partis. 7500 euros, c’est une somme tellement élevée que cela créé une réelle inégalité politique, entre la minorité qui peut contribuer avec un montant élevé et la grande majorité des Français qui ne peut pas  participer.

Ce n’est pas parce qu’on a un système qui marche sur la tête aux Etats-Unis qu’on peut ne pas instaurer un plafond moins élevé en France. Les élections présidentielles américaines en 2016 étaient les premières financées sans aucun argent public depuis 1974. On ne peut pas établir un rapport de cause à effet direct entre ces financements et l’élection de Trump mais c’est néanmoins symptomatique ; toute la vie démocratique américaine est désormais capturée par l’argent privée.

Vous souhaitez également la mise en place de « bons pour l’égalité démo-cratique ». En quoi cela consiste-t-il?

Tous les ans, en cochant une case sur sa feuille d’imposition, chaque personne aura la possibilité d’allouer 7 euros d’argent public au mouvement politique de son choix. Il ne s’agit pas d’un apport personnel mais d’argent public. Si le citoyen ne souhaite pas financer un parti, la somme sera répartie entre les différents partis en fonction des résultats obtenus aux derniè-res législatives. Ce système permettrait à tout le monde de participer.

Actuellement moins d’ 1% des ménages financent un parti chaque année. Or, parmi les 0,01% des Français aux revenus les plus élevés, ils sont 10%. Rendre égaux les citoyens devant le financement de la démocratie, c’est le seul moyen de résoudre la crise de la représentation des Français, que l’on retrouve actuellement dans le mouvement des gilets jaunes. Aujourd’hui nous ne sommes plus dans un système 1 personne = 1 voix mais dans un système 1 euros = 1 voix. Il est temps de rétablir un peu de démocratie.

Après les révélations du JDD sur les donateurs d’En Marche entre 2016 et 2017, l’économiste Julia Cagé analyse les ressorts de cette campagne, en déduit des conséquences sur la politique du Président et fait ses propositions pour réinventer le financement de la démocratie. Dimanche, le JDD a révélé les détails des dons reçus par En marche, le parti d’Emmanuel Macron, lors de la campagne de 2017. Cet inventaire dessine une carte des réseaux macro-nistes de la première heure aux disparités significatives, qui ne dissipe pas – c’est peu dire – l’impression d’un président choisi par la « France d’en haut ». Si des milliers de petits dons (moins de 50 euros) ont été récoltés, le montant total qu’ils ont constitué (1,7 million) apparaît marginal au regard des sommes versées par quelques centaines de mécènes fortunés.

Dans son dernier ouvrage (Le prix de la démocratie, Fayard, 2018), Julia Cagé, économiste et professeur à Sciences Po Paris, a démontré que le financement des partis jouait un rôle déterminant dans le résultat d’une élection. Selon elle, qui fut responsable du pôle économie de la campagne de Benoît Hamon, la politique d’Emmanuel Macron est étroitement liée aux intérêts de ceux qui l’ont financé. Dans son livre, elle propose notamment l’instauration d’un plafond de dons à 200 euros par personne contre les 7.500 euros actuels ou encore la mise en place de “bons pour l’égalité démocratiques”,  afin de rendre égaux les citoyens dans le financement des partis.

5 décembre 2018

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