05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

immigration (jdd)

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« La France insoumise veut rassurer un peu ceux qui sont contre l’immigration »

La France insoumise est accusée d’ »ambiguïtés » sur les questions migratoires par les autres mouvements de gauche. Son positionnement est-il si différent du Parti Socialiste, du Parti Communiste ou d’Europe-Ecologie Les Verts, etc.?

Il y a deux enjeux qui ne se confondent pas totalement. D’une part, les positions de LFI sur le fond du sujet ; d’autre part, l’opportunité, la stratégie, d’en faire ou pas un thème central de propagande politique, ce qu’on appelle la saillance de cet enjeu dans la vie politique. Sur ce second point, LFI refuse assez clairement de faire de l’immigration un thème central de son discours et de la campagne pour l’élection européenne. Alors que Génération.s ou Europe-Ecologie Les Verts, d’après les dernières universités d’été par exemple, assument d’en faire une sorte d’étendard.

Et sur le fond?

Sur l’idéologie, c’est là que ça se brouille. Certaines déclarations de dirigeants insoumis sur la concurrence entre travailleurs [français et immigrés, NDLR] ont mis le feu aux poudres. Mais on exagère souvent la distance existante entre les positions de LFI et le reste de la gauche. Il y a aussi beaucoup d’oppositions construites de toutes pièces. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de différences, mais le programme insoumis reste quand même dans le champ de la gauche. Selon L’Avenir en commun [le programme de la campagne présidentielle, NDLR], les Insoumis sont très clairs : ils considèrent qu’il faut garantir et améliorer le droit d’asile. Ils veulent rétablir la carte de séjour de 10 ans comme titre de séjour de référence pour les étrangers. Et ils disent vouloir la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

Pourquoi ces propositions ne sont-elles pas plus mises en avant par les représentants des Insoumis? 

Leur réponse consiste souvent à résumer la position insoumise à, d’une part, l’accueil digne des immigrés, et d’autre part, à la lutte contre les causes de ces migrations (guerres, misère, changement climatique). Il y a deux éléments de réponse. D’abord, comme ils ne veulent pas faire de l’immigration un élément central de leur discours, ils veulent montrer qu’on ne peut pas déconnecter ce sujet d’autres aspects de leur programme.

Par exemple, ils relient l’enjeu de l’immigration à leurs combats contre le libre-échange ou l’impérialisme militaire. Il y a donc une recherche de cohérence. L’autre raison, la plus impor-tante à mon avis, c’est qu’ils sont convaincus, à tort ou à raison, qu’une position trop favorable à l’immigration les renverrait aux yeux du grand public à ce que le Rassemblement National appelle les « immigrationnistes ». Ils ont peur de ça.

Alors pour désamorcer ce risque, ils essaient, d’un côté, de pencher vers leur gauche, vers les militants des droits humains en disant « Ne vous inquiétez pas, nous on tient bon sur ce qui nous unit à gauche » (tout ce que j’ai rappelé plus tôt). Et d’autre part, ils envoient le signal que l’avenir de la France n’est pas dans l’accueil de plusieurs milliers de personnes chaque année, et donc ils veulent aider les gens à rester dans leur pays. L’idée, c’est de rassurer un peu ceux qui sont contre l’immigration, sans vendre le programme xénophobe du FN. Et ils habillent ça sous quelque chose qui peut apparaître aussi de gauche, parce que l’idée est de permettre aux gens de vivre et travailler chez eux. Et donc il faut combattre les traités inégaux de libre-échange, et arrêter les guerres.

Est-ce qu’il y a une évolution du discours des mélenchonistes sur cette question?

Je suis certain que Mélenchon n’a jamais été pour la liberté d’installation. Il a toujours eu ce discours qui consiste à dire que les frontières, pour lui, signifient quelque chose. La position, sur le respect des droits humains tout en s’opposant à la liberté d’installation, n’a pas varié. Ce qui est nouveau, ce sont les déclarations sur la concurrence entre travailleurs [français et étrangers, NDLR] qui ont instauré de l’ambiguïté. A mon sens, c’est plus une évolution sur la façon d’exprimer le positionnement, de le communiquer au grand public.

A quelles déclarations pensez-vous?

Quand Jean-Luc Mélenchon a sa phrase au Parlement européen, ça a beaucoup choqué [en juillet 2016, celui qui était encore eurodéputé évoquait le "travailleur détaché, qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place", NDLR]. Là, il y avait une opposition entre étrangers et Français, ça déviait totalement de sa position jusque-là équilibrée, car il y avait une mise en cause des travailleurs, au lieu du système, la mise en concurrence des travailleurs.

En interne, ça a beaucoup tangué, ça avait un peu alerté. Et on voit qu’il y a des oscillations : on n’a plus du tout eu, depuis, ce genre de formulation. C’était une embardée qui aurait pu représenter un changement assez choquant pour les gens de gauche, mais ça n’a jamais été reproduit.

Fabien Escalona, docteur en sciences politiques spécialiste des gauches radicales, explique au JDD la position de La France Insoumise sur les questions migratoires. Il est également jour-naliste à Mediapart. La France insoumise, ambiguë sur les questions migratoires? La critique est régulière, venue notamment d’autres forces de gauche. Fabien Escalona, docteur en scien-ces politiques spécialiste des gauches radicales*, analyse dans une interview au JDD le dis-cours et la position de La France insoumise (LFI) sur ce sujet. Le chercheur juge exagérés les dissensus sur le fond entre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et les autres partis de cette famille politique. Mais il constate une évolution, sur la forme, de l’expression des mélenchonistes.

 4 décembre 2018

https://www.lejdd.fr/

 

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