20 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

brest penn ar c’hleuz (tendance claire)

gilet

Témoignage 

Un bout de 17 novembre au Far West

Alors que ce mouvement me semblait digne d’intérêt du fait de discussions avec un bon nombre de connaissances sur la vie chère, je ne m’étais pas décidée à me lever aux aurores car je ne connaissais personne de mon entourage m’ayant déclaré son intention de participer au mouvement des gilets jaunes à Brest.

La découverte au réveil d’un SMS d’une camarade de toutes les luttes qui prospectait elle aussi pour aller y faire un tour m’a décidée. Elle aussi n’y était pas allée dès l’aube car elle ne connaissait personne ! Je me suis dit que nous étions peut être dans la peau de personnes à qui nous nous adressions par tracts ou communiqués de presse depuis des années mais qui ne faisant pas partie de groupes pour nous rejoindre, hésitaient à venir ou se faisaient happer par leur quotidien.

Note numéro 1 : Si malgré nos efforts de tractage et communication sur les mouvements précédents (chômeurs précaires, Bonnets rouges, lois travail etc.), nous n’agrégions que peu de monde aux réunions et actions, ce n’est pas forcément parce que les gens se désintéressaient de ces questions mais peut-être aussi car ils et elles étaient isolé.e.s, sans groupe social proche pour venir avec eux et elles.

D’ailleurs, lorsque nous sommes arrivées à 10h sur le rond point de Pen Ar Chleuz qui termine la RN12, les participant.e.s, environ 300, étaient surtout en groupe, en famille, entre ami·e·s etc. Pour la sociologie, c’était relativement paritaire entre hommes et femmes, je n’ai pas vu de groupes venant des quartiers populaires voisins.

Pour l’ambiance, c’était plutôt cool avec une ou deux bandes de motards faisant gueuler les moteurs. Je n’ai pas fait d’étude sociologique mais parmi ceux et celles que je connais, il y a de tout : du gauchiste au type se revendiquant FN en passant par « l’anarchiste de droite ». Les motards faisaient des tours entre les différents points de blocage mais nous avons échangé avec un d’entre eux, isolé, et qui m’a semblé être le seul à essayer de faire de la coordination entre les trois points de blocage que j’ai pu voir.

L’organisation était tellement bordélique que je peux quasiment assurer qu’aucun groupe n’a cherché à noyauter le truc. Le dernier dont je viens de parler nous a dit de retourner à Pen Ar Chleuz après que nous ayions décidé de rejoindre le rond point d’Ikéa (rond point au bout de la RN165) car nous avions entendu que les flics mettaient la pression aux agriculteurs en les menaçant de confisquer leurs tracteurs un an s’ils ne les immobilisaient pas sur le bas côté.

Les pancartes demandant à rétablir l’ISF nous ont rassurées quant à nos craintes de voir des revendications anti-fiscalité pouvant appartenir au patronat même si une banderole sur un pont plus loin craignait : « Trop de taxes tue la France ». Globalement, pendant notre visite, l’ambian-ce n’était pas franchouillarde comme l’aimeraient les groupes d’extrême droite ou le fantasment certains groupes « de gauche » : un seul drapeau français sur le premier rond point. Deux ou trois aux fenêtres de voitures faisant des tours dans la ville. Un groupe d’une dizaine d’anciens avaient mis des bonnets rouges. Les gens avec qui nous avons échangé étaient étudiant.e.s, fonctionnaires de catégorie C…

Note numéro 2 : Nous avons participé au mouvement des Bonnets Rouges où nous avons participé à la constitutions du Pôle Ouvrier avec l’intention de contester la direction politique du mouvement au patronat local qui tentait de s’approprier le mouvement. Cette fois encore, nous avons pu constater que l’indépendance de classe n’est pas quelque chose qui se décrète mais qui se gagne en échangeant sur le terrain avec notre classe.

Par rapport aux tensions, elles sont apparues ponctuellement dans la journée. Un peu avec la Police au départ puisqu’un groupe aurait été gazé et qu’une femme présentée comme « décisive » en aurait fait un malaise et aurait été conduite à l’hôpital, quelques autres fois avec des automobilistes. Deux femmes ont été renversées plus tard dans la matinée.

Note numéro 3 : Ne pas intérioriser que les gens qui forcent le barrage sont consciemment hostiles à nos mouvements. Nous avons constaté ou entendu parler de davantage de passages en forces samedi matin que dans nos mouvements précédents alors que le mot d’ordre contre la taxe du gasoil est plus consensuel que les mots d’ordres que nous avons pu mettre en avant. Faut-il prendre en compte que l’intolérance à l’entrave à la circulation est plus grande lorsqu’on profite de son week end que lorsqu’on va au travail ?

Sur la répression, il nous a été rapporté que des domiciles de personnes ayant tenté d’ouvrir des pages facebook dédiées au mouvement ont été perquisitionnés. D’autres sur des vidéos facebook saluaient la présence des policiers en disant qu’ils étaient là pour les protéger. Personnellement, j’ai trouvé que la sécurisation des sites n’était pas bien assurée avec des voitures de police garées sur les trottoirs alors qu’elles auraient pu aider à réduire les voies de circulation. Ils n’auraient par contre pas hésité à embarquer un des chauffards ayant tenté de forcer le passage. Bref, si ce mouvement n’est pas encore de nature à montrer le rôle de contrôle (anti) social des forces de l’ordre, certaines expériences auront au moins éveillées sur le caractère contradictoire des missions de Police…

Une minute de silence a été proposée par une femme avec un mini-mégaphone en hommage à la policière qui s’est suicidée lundi puis à la femme tuée le matin à Pont-de-Beauvoisin.

Note numéro 4 : l’épreuve de la réalité est parfois bien plus convaincante que les argumentaires sur les contradictions et le rôle de la Police.

Vers onze heures, comme je l’ai déjà dit, nous avons décidé d’aller sur le « rond point d’Ikéa », dans la prolongation de la RN165 et permettant d’accéder à une zone commerciale. Une femme nous avait informées que des agriculteurs y étaient et que la police avait menacé de confisquer leurs tracteurs pendant un an s’ils ne les immobilisaient pas sur le bas côté.

Les tracteurs étaient en fait sur un rond point plus haut (la transmission d’info était vraisem-blablement encore trop approximative pour être coordonnée) mais nous sommes restées sur le rond point d’Ikéa suffisamment de temps pour échanger avec des personnes encore une fois avec un profil « travailleurs-travailleuses » et des revendications sur le niveau de vie.

Nous avons fini par rejoindre le rond point avec les agriculteurs. Nous craignions un peu de voir la FDSEA qui n’avait pas joué un rôle progressiste pendant le mouvement des Bonnets Rouges… Il y en avait en fait 4 ou 5 tracteurs sur le bas côté du rond point qui donne sur une grosse plateforme logistique de fruits et légumes.

Vraisemblablement, si la FDSEA était dans le coup, il y aurait eu beaucoup plus de tracteurs. Malgré tout, nous n’avons pas échangé avec les groupes présents car l’ambiance était type « groupe de potes avec bière à la main et pack de 26 aux pieds ». Il faut dire que nous sommes arrivées à l’heure de l’apéro… Nous ne saurons pas s’ils projetaient au départ de bloquer la plateforme logistique.

Nous sommes retournées au Rond Point d’Ikéa où une femme a appelé à renforcer le rond point de Pen Ar Chleuz. Deux femmes y ont été renversées depuis notre départ (et le conduc-teur embarqué par la Police à la suite). Et une autre personne nous a dit que ça chauffait avec les flics. Nous avons décidé d’y retourner et là, moment d’anthologie…

Sur le chemin, un groupe avait entrepris de bloquer un autre accès d’une des zones commer-ciales. Il y avait une espèce d’abruti qui s’était improvisé chef et qui refusait de nous laisser passer en bagnole pour rejoindre l’autre rond point en nous disant « c’est ici que ça se passe ». Nous lui avons demandé s’il était en contact avec quelqu’un sur cet autre rond point parce que nous avions entendu qu’il y avait besoin de renfort et qu’on ne savait pas à qui se fier, qu’il commençait à y avoir trop de chefs et que c’était le bazar !

Il a assumé ne pas savoir ce qui s’y passait et de fait ne pas se préoccuper des problèmes que pouvaient rencontrer d’autres gilets jaunes. Son groupe, visiblement plutôt familial ou affinitaire ne l’a pas raisonné… Il nous a demandé de garer la bagnole au milieu de la route et nous a assuré que nous n’aurions pas d’amende : sa voiture était pourtant ailleurs… Bref, un exemple de ce que la spontanéité peut donner de crasseux avec des personnalité qui se mettent à créer des îlots de pouvoir au mépris du mouvement…

Note numéro 5 : l’autoorganisation démocratique, ça se travaille…et les orga-nisation pré-existantes ayant acquis une expérience dans les luttes ont une responsabilité pour proposer au mouvement des « anticorps » contre ce genre de plaies.

Nous avons quitté les blocages à 14h et en tout sur les points que nous avons visités, j’ai compté environ 1 500 personnes mais avec le roulement, il y en a certainement eu plus.

Françoise Paugam 20 novembre

https://tendanceclaire.org/

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