09 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

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En Géorgie, trois femmes de la minorité qui brisent les barrières

Une actrice de théâtre, une journaliste et une femme politique

Dans tout le Caucase, la croyance est répandue que la communauté dans laquelle on est né détermine qui on est et ce qu’on devient. Pourtant, trois femmes de la minorité azerbaïdjanaise en Géorgie ont trouvé des moyens de défier ces barrières et de se forger leur identité par l’indépendance professionnelle.

Aïda Tagiyeva, 29 ans, actrice

Née à Tbilissi, l’actrice Aïda Tagiyeva, 29 ans, se prépare pour une répétition au Théâtre dramatique national azerbaïdjanais de Tbilissi. Tagiyeva est diplômée de journalisme, mais le théâtre est sa vraie passion. Aïda Tagiyeva est l’une des seulement trois actrices de la troupe de onze personnes constituant le Théâtre dramatique national azerbaïdjanais Heydar Aliyev. Dans la communauté azerbaïdjanaise de Géorgie, dit-elle, il y a des gens qui pensent qu’elle n’y est pas à sa place en tant que femme.

“La société n’accepte pas normalement une femme actrice qui se produit dans les théâtres,” dit-elle à propos de ces traditionalistes. “Ils nous accusent d’immoralité à cause de notre travail.” La jeune femme dit qu’elle savoure l’opportunité que le métier d’acteur lui donne d’interpréter des rôles variés.

Avec cette mentalité à l’esprit, la troupe auto-censure certaines de ses représentations en excluant souvent les scènes d’amour. Née à Tbilissi, Tagiyeva, qui joue avec le Théâtre dramatique national azerbaïdjanais depuis ses seize ans, déplore “l’absence de culture théâtrale” chez ces Géorgiens azerbaïdjanais qui adhèrent aux normes patriarcales et conservatrices.

“Les gens n’aiment pas les pièces qui vont les faire réfléchir et les éclairer. C’est vraiment difficile de forcer une société qui n’apprécie pas la lecture à aimer le théâtre.” Tagiyeva dans une scène de “Sous Terre”, un drame psychologique dans lequel elle est Aïcha, une mère qui affronte le fossé générationnel. Bien que n’étant pas mère elle-même, Tagiyeva dit sentir profondément le rôle car les conflits entre générations sont communs dans les familles d’ethnie azerbaïdjanaises en Géorgie.

La présence aux représentations théâtrale est clairsemée, d’après Tagiyeva — entre cinq et quarante personnes. Le délabrement de son bâtiment oblige la troupe à se produire dans d’autres théâtres de Tbilissi et à fabriquer elle-même ses costumes pour faire des économies.

Le théâtre n’est toutefois pas la seule scène pour Tagiyeva. Avec des amis, cette diplômée de journalisme de télévision a co-fondé en 2015 un site web, Rennesans.ge, pour couvrir la politique et les questions sociales en Géorgie.

Tagiyeva pose sur la plus petite des deux scènes du théâtre azerbaïdjanais. La plupart des acteurs en Géorgie peinent à joindre les deux bouts. Les acteurs du théâtre azerbaïdjanais gagnent, en moyenne, 250 à 300 laris (90 à 107 euros) par mois, dit Tagiyeva, mais cette somme doit couvrir tous leurs frais, y compris les déplacements.

“Ce site web a donné une voix à la société dans laquelle nous vivons. Nous voulions d’une manière ou d’une autre changer cette société”, dit-elle. Mais un retour de bâton d’un dessin publié par le site et montrant des jeunes avec des livres sortant d’une mosquée encagée a conduit à sa fermeture au bout d’un an seulement. Menacée par des “musulmans radicaux”, Tagiyeva dit s’être tournée vers la police. Elle a mis une fin précoce au projet mais affirme que le dessin n’était pas la raison.

Des affiches de spectacles passés du Théâtre dramatique national azerbaïdjanais sont punaisées dans le foyer du théâtre, situé au centre de Tbilissi. La troupe est motivée par la pure passion : les acteurs connaissent un dur labeur, de faibles revenus et la suspicion de ceux qui n’apprécient pas les arts du spectacle.

Elle ne compte nullement renoncer au théâtre. Actrice, c’est son identité. Bien que les salaires soient bas (en moyenne entre 250 et 300 laris, soit 90 à 107 euros par mois), les membres de la troupe mettent leur cœur dans leurs spectacles, dit-elle. “Dans notre théâtre, personne ne travaille pour l’argent. Le théâtre est notre amour. C’est dur, mais nous devons travailler pour changer notre société.”

Kamilla Mammadova, 33 ans, journaliste

Kamilla Mammadova, 33 ans, chez elle à Marneuli, une petite ville dans le sud de la Géorgie. Ce que beaucoup aimeraient faire, Kamilla Mammadova l’a réalisé : elle a fait d’un loisir, écouter la radio, une carrière dans sa ville natale. Mais, comme fondatrice de Radio Marneuli, la seule radio communautaire à Marneuli, une petite ville de la Géorgie du Sud à prédominance ethnique azerbaïdjanaise, elle doit affirmer chaque jour son droit à pareille carrière.

Mammadova avec son chien Khanna, qu’elle appelle son enfant. Célibataire et doublement diplômée, à 33 ans elle contraste fortement avec les attentes de femmes plus conservatrices du même âge à Marneuli. Sa radio, créée en 2006 dans le cadre d’un projet de la BBC, couvre l’actualité et les questions locales en géorgien et en azerbaïdjanais. Elle insiste sur son indé-pendance éditoriale de toute influence politique, et ne se gêne pas pour critiquer le pouvoir. Une politique de micro ouvert permet à tout un chacun de venir à l’antenne pour parler de ses griefs.

La radio est la passion de Mammadova. Elle passe presque toute sa journée au travail et écoute la radio chaque soir avant de se coucher. “C’était mon loisir préféré. C’est devenu un métier.” “Il y a beaucoup de problèmes dans notre région. Il fallait porter ces problèmes à l’attention du public.” Mais pour certains à Marneuli, c’est source d’ennuis.

Mammadova avec une des journalistes de Radio Marneuli. Avant de recevoir sa licence FM en 2016, Radio Marneuli dépendait principalement de son site web pour sortir son contenu. Ils ont aussi distribué des cassettes audio et diffusé des émissions dans les parcs de Marneuli. Les personnes plus traditionalistes pensent que les femmes non mariées — en particulier celles considérées comme ayant dépassé l’âge normal du mariage — doivent rester discrètes en public et ne pas défier les autorités. Certains lui ont demandé de respecter ces coutumes, dit Mammadova.

“Ils m’appellent lesbienne, immorale”, décrit Mammadova. “En usant de ces calomnies, ils essaient de m’empêcher de donner des informations exactes. Mais cela n’arrivera pas. Je suis un être humain, et comme journaliste, je continuerai à transmettre la vérité.” A côté du travail, la famille fait partie des raisons pour lesquelles Mammadova n’a jamais pensé quitter Marneuli, dit-elle.

Mammadova, qui détient un double diplôme en journalisme et en droit, décrit son objectif comme consistant à encourager les Azerbaïdjanais d’origine à parler le géorgien et à se servir de leur connaissance des affaires courantes pour tenir les autorités responsables devant les électeurs. Mais Mammadova dit que son engagement à l’indépendance éditoriale entre souvent en conflit avec les autorités locales ainsi qu’avec les habitants qui évitent de défier le pouvoir. Mais pour ce faire il a fallu lutter. Radio Marneuli n’a reçu sa licence FM qu’en 2016.

La Commission nationale géorgienne des communications a attribué le retard à des motifs techniques. Mammadova soutient que ce sont l’indépendance éditoriale de la station et les émissions en azerbaïdjanais qui ont rendu les fonctionnaires circonspects. Elle pense qu’ils le sont peut-être encore, mais son intention est de persévérer :  “[Nous] sommes libres et nous apportons la vérité aux gens.”

Samira Ismayilova, 27, femme politique

Ismayilova partage son temps entre le siège de l’UNM et son bureau dans la ville de Bolnisi. Première femme d’ethnie azerbaïdjanaise en Géorgie à présider une section de district d’un grand parti politique, Samira Ismayilova a l’habitude de sortir du lot. Mais dans les collectivités rurales de son district natal de Bolnisi, cela peut devenir un handicap.

Ismayilova, qui est membre du Mouvement national uni, dans l’opposition, affirme que les menaces et la diffamation sur sa vie privée ont compliqué sa campagne de 2016 pour la députation. Cela a fait partie d’une tentative plus large de “barrer la route aux femmes politi-ques” et “de l’intimider pour l’écarter de la campagne”, croit-elle savoir. Une attitude qui peut être commune en Géorgie dans “les régions où vivent les minorités ethniques”, affirme-t-elle.  “[Une] Azerbaïdjanaise active en politique dans notre région, c’est du jamais-vu.” Ismayilova veut changer cela.

Native de la région géorgienne de Bolnisi, Ismayilova, 27 ans, a commencé à faire de la politique quand elle était étudiante à l’université, et a été élue en 2016 au conseil municipal de la ville de Bolnisi. Née à Darbazi, un village de la minorité azerbaïdjanaise, à Bolnisi, Ismayilova, qui a étudié en partie à l’étranger, a commencé à s’engager en politique quand elle étudiait à l’Université technique géorgienne de Tbilissi. Après un stage au parlement, elle a commencé à travailler comme conseillère sur les minorités ethniques au ministère de l’Éducation, et, plus tard, auprès de l’ancien président Mikheil Saakashvili

Sa prochaine étape a été de devenir elle-même une femme politique. “En tant que citoyenne et que mère, je veux voir une Géorgie plus développée”, dit-elle. Elle n’a pas réussi à se faire élire au parlement en 2016, mais elle siège présentement au conseil municipal de Bolnisi, chef-lieu du district de même nom. Vue ici au siège de l’UNM, elle est la première femme de la mino-rité azerbaïdjanaise en Géorgie à présider une section de district d’un grand parti politique géorgien.

Elle décrit son travail comme consistant à se rendre dans les villages de la minorité azerbaï-djanaise et à écouter les doléances des habitants sur les infrastructures, le chômage et l’ensei-gnement. Elle essaie de prévenir les mariages précoces et d’encourager les femmes d’ethnie azerbaïdjanaise à prendre la parole et à militer elles-mêmes pour le changement. Sans être certaine du succès de son action, Ismayilova regarde vers l’avenir. “Je crois que je peux changer beaucoup de choses en utilisant mon pouvoir de femme politique.”

“Quand j’étais dans la campagne électorale de 2016, j’ai affronté beaucoup de choses. J’ai rencontré . . . des menaces, des menaces contre des personnes de ma famille et d’autres pressions. Les gens discutaient de ma vie privée. Ils essaient de trouver de quoi me salir.”

L’article est une version d’un article de partenariat de Chai-Khana.org, un partenaire de Global Voices. Texte de Nurana Mammad. Toutes les photos sont de Elene Shengelia et Ian McNaught Davis. 
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Nurana Mammad  (traduction: Suzanne Lehn) 8 Novembre 2018
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Commentaire: Les « azéri(e)s » , habitants de l’Azerbaïdjan (pays musulman turcophone) qui est ennemi de l’Arménie (chrétienne amie de Poutine) mais on les trouve aussi en Géorgie et en Iran.

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