09 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

bonedou ruz (le monde)

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Que reste-t-il des « bonnets rouges » ( 2015) ?

Deux ans après le soulèvement des ouvriers (en 2013) , agriculteurs et patrons bretons contre l’écotaxe, les anciennes alliances ont vécu mais beaucoup croient en la résurrection du mouvement.

« En sommeil », « au placard », « un volcan au repos »… Dans le Finistère, chacun a sa métaphore pour décrire la situation des « bonnets rouges ». Le soulèvement breton, qui a fédéré ouvriers dont l’emploi était menacé, agriculteurs, petits et grands patrons contre l’écotaxe en Bretagne fête ce mois-ci ses deux ans.

Le 26 octobre 2013 exactement, les couvre-chefs fournis par la société Armor-Lux apparais-saient pour la première fois sur les têtes présentes au pied du portique écotaxe de Pont-de-Buis-lès-Quimerch dans le Finistère, pour en réclamer le démontage. Les arches blanches et leurs caméras de surveillances étaient alors devenues l’épouvantail d’une Bretagne agricole et agroalimentaire en crise, pour qui la nouvelle taxe avait été « la goutte d’eau » faisant  déborder leur colère.

Pour la famille Cueff de Lampaul-Guimiliau (Finistère), cela fera aussi deux ans, le 26 octobre, que « le malheur » est arrivé. Ce jour-là, le benjamin de la famille, Mickaël, 35 ans, perd sa main droite en ramassant une grenade lacrymogène lancée par les CRS pour disperser les manifestants. Le drame secoue un village déjà dévasté par la fermeture de l’abattoir Gad, annoncée le 11 octobre, privant de leur emploi près de 900 personnes.

« Si demain le mouvement repart, j’y vais », assure aujourd’hui, sans hésiter, dans le hangar de sa petite entreprise de vente de matériel agricole, Sébastien, le cadet des Cueff. Dans son camion, il transporte toujours son bonnet rouge d’époque, « prêt à le remettre quand il faudra ». En 2013 c’est « l’injustice » de voir la filière agroalimentaire pénalisée par l’arrivée de la nouvelle taxe sur le transport, qui le pousse à rejoindre les rangs des manifestants.

« La guerre n’est pas finie, car la France ne va pas bien », observe-t-il mesurant au quotidien, au contact des éleveurs porcins, les conséquences de la crise agricole. De la cour de son entreprise, Sébastien Cueff voit les bâtiments vides de Gad. « Combien ont retrouvé du travail parmi les salariés ? », lâche-t-il.

La question est évidemment rhétorique. A Lampaul on parle de moins de 200 reclassements. Les chiffres définitifs seront bientôt publiés, au moment où, pour les anciens salariés de Gad, l’anniversaire des deux ans du conflit signifiera aussi la fin de leurs droits au chômage.

« Les ouvriers se sont sentis trahis »

Comme beaucoup, Olivier Le Bras a tout récemment terminé une formation en vue de sa reconversion. Ancien découpeur de carcasses à l’abattoir, il aspire aujourd’hui à devenir agent de sûreté dans les aéroports. Mais le marché de l’emploi n’est pas florissant et l’ancien délé-gué syndical FO s’interroge sur ce qu’il doit, dans ses difficultés à être recruté, à la conjoncture ou à son passé de leader du conflit et de figure des « bonnets rouges ».

L’ex-Gad a aujourd’hui pris ses distances avec le mouvement. 

« Au bout d’un moment, je ne me reconnaissais plus dans les discussions. On se mettait à parler de Bretagne à cinq départements, de langue bretonne… On ne parlait plus d’emploi », raconte-t-il dans sa commune de Saint-Thégonnec (Finistère) où il est devenu, en 2014, adjoint au conseil municipal. Il est aujourd’hui candidat aux élections régionales, sur la liste socialiste emmenée par Jean-Yves Le Drian.

A la lutte contre l’écotaxe se sont en effet greffés aux Bonnets rouges des régionalistes, y voyant l’occasion de plaider pour une plus grande autonomie de la Bretagne. « Je voyais bien que ça n’allait rien changer pour nous ; l’abattoir n’allait pas rouvrir », raconte-t-il, le  sourire  amer.

De fait, aujourd’hui, les comités locaux de « bonnet rouges », à l’activité disparate, regroupent surtout un réseau d’individus qui tendent à mettre sur pied des projets bretons (un syndicat, une mutuelle territoriale, une monnaie complémentaire) ou cherchent à peser sur des débats comme la réunification de la Bretagne avec la Loire-Atlantique.

Au sein des acteurs historiques du mouvement, l’union ouvriers-agriculeurs a vécu.

« Les ouvriers se sont sentis trahis par les agriculteurs », poursuit M. Le Bras, qui fut, dans son combat, accompagné de délégués syndicaux de Doux, Marine Harvest et Tilly-Sabco, qui voyaient aussi leurs emplois menacés. « Nous, on a été avec eux contre l’écotaxe, mais on ne les a jamais vus à la sortie des usines », poursuit-il. L’ex-leader syndical continue toutefois à croire en la sincérité de certains leaders agricoles dans le mouvement, « pas suivis par leurs adhérents ».

« Rattrapés par la patrouille »

« Certains ont été rattrapés par la patrouille », plaisante Thierry Merret, président de la Fédé-ration départementales des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) du Finistère, qui fédéra agriculteurs et ouvriers et fût l’un des tout premiers à porter le « bonnet rouge ». Dans sa bou-che, « la patrouille » ce sont les corporatismes syndicaux ou politiques mis de côté au plus fort du mouvement.

Dans ses propres troupes, l’alliance des patrons, que sont les agriculteurs, avec les ouvriers n’a pas toujours convaincu. « Des gens du monde paysan ont commencé à trouver que le mouvement devenait trop politisé », explique-t-il encore.

En ligne de mire ? La personnalité clivante de Christian Troadec, maire de Carhaix (Finistère) qui s’est imposé comme l’un des figures centrales du mouvement, et a été régulièrement taxé de récupération politique. Il est aujourd’hui candidat (sous l’étiquette « centre gauche » avance-t-il) aux régionales en reprenant le mot d’ordre des « bonnets rouges », « Vivre, décider et travailler en Bretagne ».

Thierry Merret le confie sans fard, c’est ce risque de récupération politique qui l’a conduit à ne pas tenter de rappeler les « bonnets rouges » à la mobilisation au moment où les Jeunes agri-culteurs du Finistère montaient sur leurs tracteurs en direction de Paris en pleine crise agri-cole. « Pour moi le mouvement va renaître », assure-t-il malgré tout. Il en tient pour preuve le « grand moment » qu’a été la manifestation du 2 novembre 2013 à Quimper. « C’était quelque chose », abonde, dans son hangar à Lampaul-Guimiliau, Sébastien Cueff.« Cette solidarité entre les patrons et les ouvriers, ça a marqué les gens. »

Jean-Pierre Le Mat, actuel porte-parole du collectif des « bonnets rouges », y croit aussi. « Le mouvement a montré que l’idée d’insurrection est possible en Bretagne. » Débarrassée des unions de circonstance qui l’ont embrasée, difficile de prédire si elle pourra fédérer à nouveau le ras-le-bol qui couve.

Le Monde.fr  26.10.2015 Manon Rescan (Lampaul-Guimiliau)

https://www.anti-k.org/

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Commentaire:

« Vivre, décider et travailler en Bretagne ». » Beva, divizoud ha labourad e Breiz » était un slogan très à gauche: LCR, PSU etc des années 70-80.

Malgré la présence de Thierry Meret de la FDSEA, nous avons décidé, (NPA) de participer. Ou plutôt, dès le début en créant le « pôle ouvrier »  nous avons senti que c’était notre classe sociale et ses potentiels alliés : petits commerçants, artisans, agriculteurs et petits patrons qui se mettait en marche. La situation politique était explosive pour François Hollande. Allions nous nous discréditer à participer à sa défense?

Le reste c’est de la philosophie! Matérialistes marxistes contre idéalistes (anarchistes par exemple). Doit-on demander à ceux qui entrent en lutte pour une cause juste d’être d’accord avec nous? Ce qui démontre un manque de confiance dans notre idéologie! Ou au contraire, pouvons nous nous lancer avec notre classe, même si elle n’est pas dirigée par nous, tellement nous somme sûrs qu’à la fin, en luttant ensemble, ce sont nos idées qui triompheront?

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