06 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

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Un édifice de plus en plus miné

Dans les années 2000, les nuages s’accumulent 

La « stratégie de Lisbonne » qui voulait faire de l’Union européenne« l’économie de la connais-sance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 » est un échec, et les inégalités entre les États se renforcent.

Après la crise de 2008-2009, un « fédéralisme autoritaire » néolibéral se met en place 

La Commission européenne (avec l’appui du Conseil européen où siègent les États membres) se met à intervenir dans tous les aspects des politiques économiques et sociales. Retraites, salaire minimum, protection sociale, système de négociations collectives : désormais la Commission se mêle de tout, allant au-delà des compétences de surveillance budgétaire que lui donne le TSCG (traité sur la stabilité et la gouvernance budgétaire de 2012).

Et cet autoritarisme est encore plus fort vis-à-vis des États (Grèce, Portugal, Espagne, Chypre, Irlande) mis plus ou moins longuement sous la tutelle de la Commission et de la « Troïka » (BCE, Commission, FMI). L’édifice européen est en fait de plus en plus miné par des facteurs de natures diverses qui tendent à freiner toute initiative, sauf les préconisations austéritaires.

L’euro n’a protégé ni de la crise, ni du chômage de masse, ni de la concurrence entre économies 

Il est donc moins attrayant. Le traité de Maastricht prévoyait que tous les États adhérant à l’UE finissent par adopter l’euro (le Danemark et le Royaume-Uni en étant exemptés) ; en fait, plu-sieurs États membres n’ont plus du tout cet horizon (au total huit n’utilisent pas l’euro). Ce qui complique considérablement les mécanismes de prise de décision au sein de l’UE et pose la question d’un renforcement des mécanismes spécifiques à la zone euro.

Gouvernements et Commission se disent favorables à une réforme, mais sans être d’accord sur son contenu. L’idée d’un « budget de la zone euro » est mise en avant par Emmanuel Macron, qui en a fait un axe prioritaire, mais le gouvernement allemand reste réservé.

Hors de la sphère directement gouvernementale, certains comme l’économiste Thomas Piketty (qui a soutenu Benoît Hamon) imaginent quant à eux de nouvelles institutions spécifiques à la zone euro et jusqu’à une nouvelle assemblée3. Malgré leurs différences d’inspiration (Piketty critique fortement la politique de Macron), ces propositions ont un trait commun : entériner une forme de division de l’Union européenne.

Le mécontentement populaire vis-à-vis de politiques présentées comme émanant de l’UE (alors que, répétons-le, les gouvernements nationaux y ont une responsabilité majeure) a favorisé le vote pour le Brexit et, dans plusieurs États (Pologne, Hongrie, Autriche et, dernièrement, Italie), l’arrivée au pouvoir de partis nationaux-conservateurs, ou franchement d’extrême droite, ou de coalitions soutenues par l’extrême droite (Danemark).

Ces gouvernements poursuivent souvent (avec quelques nuances) les politiques libérales de leurs prédécesseurs, mais tentent de se dédouaner en stigmatisant les immigrés. Il est signi-ficatif que, lors de la formation du gouvernement italien en mai dernier, la Commission europé-enne et le président de la République italienne aient fait pression pour écarter la nomination d’un ministre critique de la zone euro tout en admettant sans gros problème les tirades xénophobes de Salvini, le nouveau ministre de l’Intérieur.

Pour ces gouvernements, le mot d’ordre est « immigration zéro », ce qui ne convient pas tout à fait aux autres dirigeants européens pour des raisons diverses : maintien d’une façade humaniste, réalisme, utilité d’une main-d’œuvre surexploitée pour certains secteurs économiques….

Enfin, il y a Poutine, Trump et un contexte international de plus en plus troublé face auquel l’Union européenne se révèle fragile, divisée ou désarmée.

Déjà en 2003, plusieurs des pays d’Europe centrale et orientale avaient soutenu l’offensive américaine en Irak, ce qui avait mis en fureur Chirac qui avait alors déclaré que ces États avaient « manqué une occasion de se taire » en manifestant leur solidarité avec Washington.

Maintien des sanctions économiques prises contre la Russie après l’annexion de la Crimée, rapports politiques, économiques et militaires avec les États-Unis, relations avec l’Iran, attitude face à la proclamation de Jérusalem comme capitale d’Israël : face à toutes ces questions l’UE est en difficulté ou divisée.

Le cas iranien est à cet égard symptomatique. Trump décide de dénoncer l’accord de 2015 et menace les entreprises poursuivant leurs relations avec l’Iran ; pour riposter l’UE met en vigueur une « loi de blocage » qui interdit aux entreprises européennes de se plier aux injonc-tions étatsuniennes, mais la plupart des multinationales ont déjà décidé de le faire : elles refu-sent de se voir fermer le marché US et, si elles n’y sont pas présentes, d’être sanctionnées car elles utilisent le dollar qui demeure l’instrument de la majeure partie des transactions internationales.

Une autre Europe est nécessaire… mais pas à l’ordre du jour avec l’UE

Il est impossible de savoir sur quoi débouchera la crise actuelle. L’internationalisation du capital se poursuit (la prise de contrôle d’Opel par PSA en 2017 en est une illustration) mais le «grand capital » n’est pas une réalité unifiée qui maîtrise à tout moment les aléas politiques : si tel était le cas, le « Brexit » n’aurait pas eu lieu, Trump ne serait pas président des États-Unis et le résultat des élections italiennes aurait été différent.

Comme le souligne Daniel Tanuro4, « iI est faux de penser que le « grand capital » se dresserait à tout moment comme la statue du Commandeur pour faire et défaire des gouvernements imparfaits à ses yeux. Le capital n’existe que sous la forme de capitaux nombreux qui se font concurrence […]. Tous ont des intérêts partiellement divergents. Ils s’unissent pour agir politi-quement quand un danger exceptionnel menace leur système d’exploitation, mais ce n’est pas le cas pour le moment avec Trump »… et dans l’Union européenne. L’avenir de cette dernière reste donc incertain.

Il est certes vraisemblable que le gouvernement allemand pense que l’Allemagne ne serait pas en meilleure situation face aux États-Unis, à la Chine, etc., si l’Union européenne disparaissait ou se fragmentait trop. D’autant que l’espace économique européen est essentiel : 58 % des exportations allemandes de 2016 sont allées vers l’Union européenne. Depuis des années, les dirigeants français, italiens, espagnols, etc., ont la même position.

Cela peut conduire la sphère dirigeante européenne et les dirigeants français et allemands (suivis par d’autres) à faire preuve de volontarisme pour essayer de donner un coup d’arrêt à une désagrégation lourde de risques potentiels. Et déboucher sur la concrétisation des projets d’ « Europe à deux vitesses ». À l’inverse, une paralysie de l’UE sous le poids des contradic-tions entre bourgeoisies et gouvernements nationaux ne peut être écartée.

Le décalage est en tout cas évident entre les discours des gouvernants et l’Europe réelle à laquelle sont confrontés salariéEs, petits agriculteurEs, retraitéEs, chômeurEs.

Les mensonges des gouvernements, de gauche et de droite, sont les fossoyeurs de l’idée européenne aux yeux de« ceux d’en bas ». Il n’y a pas lieu de s’en réjouir. Il ne s’agit pas non plus de dénoncer « l’Europe allemande », mais bien d’avancer une politique en rupture avec les traités de l’Union européenne qui ont institué des mécanismes de décision sur lesquels les travailleurEs n’ont aucune prise, et constitutionnalisé le capitalisme libéral.

Programmatiquement, les anticapitalistes sont favorables à une « Fédération socialiste des travailleurs et des peuples ».  Dans l’immédiat, il s’agit de défendre, au niveau national et au niveau européen, une série des mesures d’urgence à dynamique transitoire contre la dictature des marchés et l’austérité, en rupture avec le rejet des immigréEs et les logiques guerrières.

Henri Wilno Vendredi 19 octobre 2018

https://npa2009.org/

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