11 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

dernière chance (à l’encontre)

terre

Climat. 2°C: mission dernière chance

«Nous nous approchons du bord du gouffre», a alerté le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), António Guterres, il y a quelques semaines.

C’est dans ce contexte d’urgence – illustré par les événements climatiques extrêmes de cet été – que s’ouvrira en décembre la COP24, accueillie par la Pologne. Si l’objectif principal de ce rendez-vous international est l’adoption du «manuel» censé définir les règles d’application concrètes des principes de l’accord de Paris de 2015, nombreux sont ceux qui espèrent qu’il sera aussi l’occasion de poser les premiers jalons d’un relèvement de l’ambition formulée au moment de la COP21.

Les scientifiques ne cessent de le marteler

Nous devons impérativement respecter la limite des deux degrés de réchauffement du globe prévue par l’accord de Paris, au risque de transformer la Terre en étuve. Or, notre marge de manœuvre se réduit dangereusement puisque, par rapport à l’ère préindustrielle qui sert de référence, nous avons déjà atteint un degré.

Et alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) vient de publier un rapport sur les conséquences désastreuses d’une augmentation de 1,5 °C, les contributions volontaires présentées par les Etats signataires de l’accord de Paris nous condui-sent vers une hausse des températures de 3,2 °C d’ici à la fin du siècle.

Pire: après trois ans de stabilité, les émissions de CO2 mondiales sont reparties à la hausse en 2017 (+ 1,4 %), que ce soit en Chine (+ 1,7 %) ou en Europe (+ 1,5 %). Si la France aime à se présenter comme la garante de l’accord de Paris, sa performance laisse aussi à désirer: ses émissions (0,9 % des émissions mondiales) ont progressé de plus de 3 % en 2017.

Des négociations sous tension

Paradoxalement, celles des Etats-Unis, qui figurent sur la deuxième marche du podium des pollueurs derrière la Chine, ont diminué de 0,5 % l’an passé, grâce à un déploiement massif d’énergies renouvelables et à la substitution du gaz de schiste au charbon, plus émissif en CO2.

En attendant 2020, date à laquelle la sortie des Américains de l’accord de Paris sera effective (ou annulée par son successeur, si Donald Trump n’est pas réélu à la Maison Blanche), ces derniers continuent toutefois de participer aux négociations climatiques avec une stratégie hostile, au grand dam des pays émergents.

Ces tensions s’avèrent de mauvais augure pour la suite des discussions

Elles doivent aboutir, d’ici la COP26 en 2020, au rehaussement des ambitions des Etats, selon le cycle de cinq ans prévu par l’accord de Paris. «Tout le monde savait dès la COP21 que les efforts consentis étaient insuffisants pour atteindre la cible des deux degrés, mais la philoso-phie de l’accord était de tolérer provisoirement cette déficience pour que tous les Etats acceptent de s’asseoir à la table des négociations, et ensuite de chercher à se rapprocher progressivement de la cible», explique Lola Vallejo [directrice du programme climat de l’IDDRI

L’Institut du développement durable et des relations internationales]. Sauf que le temps presse. Au rythme actuel, nous ne disposons plus que de vingt ans d’émissions avant d’épuiser notre budget carbone [1] et devrions tripler nos efforts de réduction d’émission de CO2 pour espérer rester durablement sous la barre des deux degrés.

Le prix de la dissuasion

En application du principe pollueur-payeur, une manière de limiter nos émissions de CO2 serait d’instaurer un marché mondial qui fixe un prix du carbone assez élevé pour dissuader les principaux émetteurs. «Nous pourrions rester en deçà des deux degrés si nous maintenons le prix de la tonne de carbone entre 40 et 80 dollars en 2020, puis entre 50 et 100 en 2030 », estime Gaël Giraud, chef économiste de l’Agence française de développement (AFD), sur la base d’un rapport rendu en mai 2017 par la Commission de haut niveau sur les prix du carbone.

Nous en sommes encore loin puisque de nombreux pays n’envisagent toujours pas de tarification de leurs émissions.

Les pays et régions ayant mis en place de tels mécanismes ne représentent que 15 % des émissions mondiales. Et même là où un prix du CO2 existe, son niveau reste trop faible, à de rares exceptions près comme la Suède, pour jouer un rôle décisif. Il reste donc beaucoup de points techniques à régler avant d’espérer voir adopter le «manuel» d’application de l’accord de Paris. Ce qui laisse peu de place aux discussions sur un potentiel relèvement de l’ambition affichée lors de sa signature à Paris.

Sur ce sujet, «la Chine, a agi depuis le début en tandem avec les Etats-Unis

Elle risque de jouer le statu quo et, malgré le volontarisme de certains Etats européens, aucune annonce concrète n’a encore été formulée [par l’Europe]», indique Lola Vallejo. La position de l’Europe reste en effet fragilisée par l’incertitude planant sur la stratégie allemande de sortie du charbon ainsi que les voix dissidentes qui s’élèvent en Europe de l’Est, notamment chez les Polonais, hôtes de la COP24, qui craignent pour l’avenir de leur industrie charbonnière.

 Aude Martin

(Article publié sur le site Alternatives économiques en date 8 octobre 2018)

http://alencontre.org/

[1] Le budget carbone est une mesure de la quantité maximum de gaz à effet de serre qui peut être émise dans l’atmosphère si l’on veut éviter que le réchauffement climatique ne franchisse le seuil sécuritaire de deux degrés par rapport à l’ère préindustrielle.

Lire aussi:

Même pour le climat, le capitalisme nous mène à la catastrophe ! (Lutte Ouvrière)

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