12 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

roumanie santé (global voices)

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Grève générale du 26 avril 2018

La pénurie de pédiatres en Roumanie, signe alarmant d’un système de santé en crise

Depuis son adhésion à l’Union européenne (UE) en 2007, la Roumanie fait face à un immense exode migratoire  de ses médecins, à l’origine d’un manque de capital humain dont les soins de santé infantile sont les premières victimes.

Plusieurs hôpitaux des villes autres que Bucarest, la capitale du pays, sont contraints de fonc-tionner avec un seul pédiatre de garde. S’ils partent en vacances, c’est l’unité entière qui doit fermer, car les remplacements sont de plus en plus difficiles à obtenir. Selon les données de l’Institut roumain des statistiques en 2017 et 2016, le nombre de médecins dans le pays n’a que très légèrement augmenté depuis 2015.

La plupart des médecins ne sont pas disposés à accepter le salaire réduit et les conditions matérielles inadéquates des cliniques des zones rurales. Ils préfèrent donc s’installer dans les grandes villes, ou envisagent les multiples opportunités offertes par l’expatriation. Alors même que le taux de mortalité infantile en Roumanie est le plus élevé de l’Union Européenne, les dépenses de santé par habitant y sont également les plus basses. Un mauvais classement pour lequel le pays est suivi de près par la Bulgarie, qui a également rejoint l’UE en 2007, et qui fait face à des tendances similaires d’émigration de son personnel médical.

En 2016, le taux de mortalité infantile en Roumanie était d’environ 10 décès pour 1 000 naissances vivantes, une baisse significative par rapport aux 15 pour 1 000 enregistrés en 2003, mais qui reste malgré tout bien supérieur au taux moyen de 3,7 pour 1 000 observé au sein de l’UE.

Ioana Moldovan, une photojournaliste ayant travaillé sur la pénurie de pédia-tres, a ainsi écrit sur son site internet l’année dernière :

La Roumanie a une population de près de 20 millions d’habitants. Les médecins des zones rurales sont deux fois moins nombreux que ceux des villes, alors même que la moitié de la population vit à la campagne. Le secteur de la santé est dépassé par les crises et les problè-mes sans fin. Dans les 27 années depuis la révolution anticommuniste de 1989, le pays a vu défiler au moins 25 ministres de la Santé. Aucun d’entre eux n’a jusqu’ici réussi à faire en sorte que les patients aient accès à des soins de qualité équivalente à ceux offerts dans les pays occidentaux.

Dans une déclaration faite à Global Voices, le Dr Constantin Giosanu, pédiatre et coordinateur de la Fondation IMED, a reconnu que la plupart des hôpitaux publics en Roumanie reçoivent des ressources financières provenant de fonds publics, mais : … pas assez pour un fonction-nement normal, les fonds arrivent avec du retard et ne sont parfois pas utilisés de manière adéquate par les gestionnaires de ces hôpitaux.

Pour ne rien arranger, la Roumanie souffre également du plus faible taux d’infirmier(e)s et de sages-femmes par habitant en Europe.

Elles ou ils travaillent souvent dans des hôpitaux ne disposant même pas de l’équipement de première nécessité, et où des traitements particuliers ne peuvent être mis en œuvre que si les patients fournissent eux-mêmes le matériel.

Ces conditions tendues et le bas niveau de salaire ont constitué le terreau qui a permis à la corruption de se développer et de devenir une réalité quotidienne dans les hôpitaux publics.  Les cas de patients s’assurant l’accès à des soins vitaux en offrant argent ou autres « ca-deaux » aux médecins et aux infirmières sont devenus monnaie courante. En 2016, selon une enquête réalisée dans le pays par OpenDemocracy, 77 oncologues ont été accusés de corruption pour avoir prescrit à des patients des médicaments anticancéreux en échange de vacances en Inde.

Un pédiatre pour 200 000 personnes

La ville de Tulcea, qui compte plus de 70 000 habitants, ne dispose que de 361 médecins, soit l’un des taux de médecins par habitant les plus bas de toute la Roumanie. En août 2016, des dizaines de parents ont organisé une manifestation pour protester contre les conditions drama-tiques de l’unité de pédiatrie de l’hôpital du comté. L’hôpital, desservant 200 000 personnes de Tulcea et de ses environs, ne compte qu’un seul pédiatre et doit fermer l’unité chaque fois qu’il part en vacances.

En 2017, l’unité est restée fermée pendant près d’un an du fait de l’absence totale de médecin qualifié. Début 2018, un pédiatre a finalement été embauché, permettant enfin à l’unité de reprendre son activité. Cependant, avec un seul spécialiste disponible, les familles doivent encore attendre des heures avec leurs enfants avant d’être prises en charge Toujours en 2017, l’hôpital a annoncé une pénurie de médecins dans toutes les spécialités. 33 postes étaient à pourvoir, sans qu’aucun candidat ne se manifeste.

Tudor Năstăsescu, directeur de l’hôpital, avait commenté la situation pour F media : La situa-tion est exactement la même que dans le reste du pays … Nous organisons un recrutement et nous faisons tout notre possible pour bien accueillir les candidats et leur éviter tout stress additionnel. Nous offrons même de payer leur loyer, mais ça ne suffit plus aujourd’hui. Je reçois moi-même chaque mois des offres d’emploi à l’étranger.

La situation est similaire dans d’autres comtés comme Calarasi, Giurgiu et Ialomita. Pourtant, au même moment, plus de 12 500 médecins travaillent à Bucarest, la capitale, soit 22% du nombre total de médecins dans le pays. Une histoire semblable a été rapportée dans l’hôpital municipal de Drăgăşani, dans le comté de Valcea  où le département de pédiatrie a dû fermer en juillet 2017 quand le seul pédiatre de l’hôpital est parti deux semaines en congés. Avec seulement deux ambulances en état pour toute la ville, le risque de rester en rade en cas d’urgence était extrêmement élevé.

Comment la Roumanie peut-elle sortir de cette crise ?

Le Dr Giosanu a une idée : Je pense qu’il revient aux médecins et aux médias d’éduquer la population et les patients à ne plus accepter la corruption, la gestion désastreuse du système de santé, et la qualité médiocre des soins. De cette manière, le système se développera pour atteindre le niveau de l’Europe occidentale.

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