15 août 2018 ~ 0 Commentaire

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« Malheureusement, ce pays reste rétif aux OGM »,

Regrettent M. Nha Hoang et ses collègues du groupe Monsanto chargés de la stratégie « free to operate » en Amérique latine : « C’est déjà le deuxième producteur mondial de soja trans-génique, après les Etats-Unis, et ce sera sans doute bientôt le premier. C’est la plus grande puissance économique d’Amérique latine, mais c’est la seule où les plantations transgéniques n’ont pas encore reçu d’autorisation. Les juges ont pointé comme défectueux le processus d’agrément du soja transgénique Roundup Ready, au motif que les études d’impact environ-nemental appropriées n’avaient pas été menées, allant jusqu’à soutenir que l’agence existante de régulation des biotechnologies avait été constituée de manière illégale. »

La régularisation du statut de l’agence en question, CTNBio, attend la ratification du Congrès brésilien… Objectif : déboucher le « pipeline » du soja transgénique pour entraîner d’autres autorisations de mise sur le marché : maïs Yieldgard, coton Bollgard et coton Roundup Ready en 2002 ; maïs Roundup Ready en 2003 ; soja insecticide Bt en 2005. En attendant, Monsanto investit 550 millions de dollars dans la construction d’une usine de production de son herbicide Roundup, dans le nord-est de l’Etat de Bahia.

La stratégie de la multinationale est centrée sur la biotech acceptance 

faire accepter les OGM par la société, puis, ou concomitamment, inonder les marchés. Cela passe par de vastes campagnes de matraquage publicitaire. Aux Etats-Unis, les spots télévisés sont directement achetés par l’organe de propagande des entreprises du secteur, le Council for Biotechnology Information.

Monsanto est cofondatrice de cet organisme qui centralise les informations relatives aux « bienfaits des biotech » : « La télévision est un outil puissant pour faire accepter les biotech. Alors surveillez les spots publicitaires et faites-les voir à votre famille et à vos amis », encoura-ge M. Tom Helscher, directeur des programmes de biotechnology acceptance au siège de Mon-santo, à Crève-Coeur (Missouri). Il s’agit notamment de rassurer les agriculteurs américains qui, notamment pour leurs marchés extérieurs, hésitent à acheter des semences génétique-ment modifiées.

Si, aux Etats-Unis, Aventis Crop Science, BASF, Dow Chemical, DuPont, Monsanto, Novartis, Zeneca Ag Products ont lancé des campagnes de propagande, ces firmes hésitent encore à en faire autant en Europe… Au Royaume-Uni, l’équipe de commerciaux de chez Monsanto se félicite des résultats de son programme de « plaidoyer pour les biotechnologies ». Après une formation assurée par l’entreprise, il permet à ses commerciaux de s’autoproclamer « experts » en la matière, et d’aller ensuite vanter les mérites des produits transgéniques auprès des agriculteurs et dans les écoles. « Il n’y a rien de tel que trop de communication », se félicite M. Stephen Wilridge, directeur de Monsanto-Europe du Nord.

Le système éducatif constitue évidemment un enjeu stratégique pour la conquête des esprits.

Le programme Biotechnology Challenge 2000, partiellement financé par Monsanto, a vu 33 % des élèves des lycées irlandais produire des rapports sur le rôle des biotechnologies dans la production alimentaire. Mobilisé pour distribuer prix et trophées, le commissaire européen char-gé de la protection de la santé des consommateurs, M. David Byrne en personne, n’a « aucun doute sur le fait qu’il existe un lien entre les réticences des consommateurs vis-à-vis des bio-technologies et le manque sérieux d’information sur le sujet ». En 2001, le directeur de Mon-santo-Irlande, M. Patrick O’Reilly, espère une plus vaste participation, car « ces étudiants sont les consommateurs éclairés et les décideurs de demain ».

La multinationale apprend à décrypter, voire à recycler les messages et les attentes de la société. Depuis quelques mois, Monsanto oscille entre des velléités de dialogue et un rejet viscéral des principales organisations non gouvernementales contestant les vertus supposées des OGM. A commencer par Greenpeace, qualifiée de « criminelle contre l’humanité » par l’inventeur suisse du riz doré, M. Ingo Potrykus, employé de Syngenta. Le riz doré est un riz transgénique enrichi en béta-carotène (vitamine A), donc un OGM de la deuxième génération, dit « alicament » parce qu’à prétention médicinale en sus de sa vocation alimentaire.

Premier riz thérapeutique de l’histoire de l’agriculture, il est très attendu par les grandes firmes biotechnologiques 

Avec lui, les derniers sceptiques ne douteront plus désormais du caractère fondamentalement vertueux du projet OGM. La vitamine A, intégrée par transgenèse, sera, au bout du compte, le promoteur moral de l’alimentation transgénique mondiale : qui s’aventurera encore à en criti-quer les mérites, alors que tant d’enfants du tiers-monde sont frappés de cécité par carence en béta-carotène ? Qui osera désormais douter que la vocation du commerce de semences transgéniques ne soit véritablement nourricière, écologique et humanitaire ?

Reste que l’efficacité du riz doré auprès des populations concernées est sujette à caution 

Greenpeace et d’autres le démontrent par l’absurde, arguant notamment, microgrammes à l’appui, que pour ingérer une dose quotidienne suffisante de vitamine A un enfant du tiers-monde devrait accomplir un tour de force : absorber 3,7 kilogrammes de riz doré bouilli par jour, plutôt que deux carottes, une mangue et un bol de riz. Réaction publique de M. Potrykus, lors d’une conférence de presse à Biovision, le « Davos » des biotechnologies, tenue à Lyon en février 2001 : « Si votre intention est de détruire les essais en plein champ de riz doré à but humanitaire, vous serez accusé de contribuer à un crime contre l’humanité. Vos actions seront méticuleusement consignées et vous aurez, je le souhaite, l’occasion de répondre de vos actes illégaux et immoraux devant un tribunal international. »

Contestation démoniaque

Criminels contre l’humanité, donc, tous ceux qui doutent et contestent, voire « démons de la Terre » (Fiends of the Earth), jeu de mots sur la dénomination anglaise des Amis de la Terre (Friends of the Earth) et nom de domaine d’un site Internet fort prisé du personnel de Monsan-to. La contestation politique étant d’essence « démoniaque », le « dialogue » ne peut que tour-ner court. Pourtant, le nouveau Monsanto ne s’engage-t-il pas, dans sa charte déontologique, « à instaurer un dialogue permanent avec tous les acteurs concernés, afin de mieux compren-dre les questions soulevées par les biotechnologies, ainsi que les préoccupations qu’elles suscitent » ?

Derrière cette apparente sollicitude, c’est une stratégie commerciale sans fard qui se met en place, celle de la double conformité 

Conformité a posteriori de l’image des produits OGM avec les attentes des consommateurs ; conformité des esprits, via le bourrage de crâne publicitaire et la communication intensive. Car si le seul et unique but de Monsanto est de faire passer son projet biopolitique mondial, le nouveau Monsanto a besoin d’afficher une éthique, forcément à géométrie variable puisque c’est la multinationale elle-même qui en fixe les règles. A cette fin, la société a confié à Wirthlin Worldwide, spécialiste mondial de la communication d’entreprise, le soin de « trouver les méca-nismes et les outils qui aident Monsanto à persuader les consommateurs par la raison et les motiver par l’émotion ».

Ce sondage des esprits, baptisé « projet Vista », est basé sur « la détection des systèmes de valeurs des consommateurs ». Il s’agit, à partir des données collectées, d’élaborer « une carto-graphie des modes de pensée, avec quatre niveaux (…) : les idées toutes faites, les faits, les sentiments et les valeurs. Aux Etats-Unis, les résultats de cette étude ont conduit à élaborer les messages qui percutent auprès du grand public, à savoir l’importance de l’argument en faveur des biotech : moins de pesticides dans vos assiettes ». En France, les employés de Monsanto ont été soumis à cette enquête lors d’un entretien confidentiel censé leur permettre d’exprimer librement ce qu’ils pensent des biotechnologies, « en bien ou en mal », l’objectif étant de former « des porte-parole qui utiliseront les messages définis pour le grand public ».

L’accès au matériel génétique, aussi bien qu’aux marchés, en bénéficiant d’une totale liberté de manoeuvre, est une double priorité définie par le concept « free to operate ».

La mise au point d’un OGM coûte entre 200 et 400 millions de dollars, et prend entre sept et dix ans. En contrepartie de ce lourd investissement, la multinationale se doit d’obtenir une rente, assurée par la dépendance à l’égard du brevet déposé sur la plante. Pour pouvoir rese-mer d’une année sur l’autre, il faudra payer chaque fois des royalties à l’entreprise. Toute variété comportant un organisme génétiquement modifié sera protégée par ce brevet, ce qui, pour l’agriculteur, impliquera l’achat d’une licence. Le risque, à (court) terme, est bien de donner aux grandes firmes semencières la possibilité de bloquer tout le système, en monopo-lisant le patrimoine génétique mondial et en créant une situation irréversible : l’agriculteur ne pourra plus récupérer ce patrimoine pour redevenir sélectionneur lui-même.

Voilà qui pouvait poser problème à Monsanto, aux termes de sa propre charte, qui l’engage à « faire bénéficier les agriculteurs sans ressources du tiers-monde de la connaissance et des avantages de toutes les formes d’agriculture, afin de contribuer à améliorer la sécurité alimen-taire et la protection de l’environnement ».

D’où le généreux octroi du brevet sur la patate douce transgénique à l’Afrique du Sud, dans l’espoir d’une plus vaste implantation sur le continent noir 

« En Afrique, nous pourrions patiemment élargir nos positions avec le Yield Gard, voire avec le maïs Roundup Ready. Parallèlement, nous devrions envisager d’abaisser ou de supprimer les droits sur nos technologies adaptées aux cultures locales, comme la patate douce ou le manioc. » Une stratégie à double détente, affichant des intentions généreuses, afin de prendre pied sur les marchés les moins demandeurs, voire les moins solvables, mais potentiellement dépendants. Une démarche voisine de celle de l’implantation du riz doré de Syngenta en Thaïlande (dont la mise à disposition gratuite a nécessité la levée de quelque 70 brevets), ou de la vache à lait indienne dopée au Posilac de Monsanto, hormone interdite dans l’Union européenne, en vue de conquérir des marchés locaux peu portés sur les biotechnologies.

Risques de pollution génétique

Inversement, Monsanto a récemment fait condamner M. Percy Schmeiser, fermier canadien, à une amende de 72 800 F pour « piratage » de colza transgénique. L’intéressé a contre-atta-qué en accusant Monsanto d’avoir accidentellement pollué ses champs de colza traditionnel avec son colza transgénique tolérant au Roundup. La justice est-elle en mesure d’établir l’origine d’une pollution génétique ? Ce cas, qui risque de se reproduire, montre la difficulté de contenir les disséminations accidentelles d’OGM.

 En France, celles-ci sont soumises à la loi du silence.

Au mois de mars 2000, plusieurs lots de semences conventionnelles de colza de printemps de la société Advanta ont été semés en Europe, alors qu’ils étaient contaminés par des semences OGM d’une autre société. Les plants concernés ont été détruits. En août 2000, des variétés de colza d’hiver, contrôlées par la DGCCRF, se révélèrent être contaminées par des semences OGM. Or aucun OGM de colza n’est encore autorisé à la culture ou à la consommation en France.

D’ores et déjà, la traçabilité montre ses failles.

Les contaminations fortuites deviennent très fréquentes. Un responsable sanitaire de Lombar-die a récemment annoncé la présence d’OGM dans des lots de semences de soja et de maïs de Monsanto. Des OGM ont été repérés dans des stocks de semences de maïs entreposés à Lodi, près de Milan. La pression va monter en Europe, le soja importé, d’ores et déjà massivement transgénique,venant remplacer les farines animales désormais interdites.

Dès lors, l’objectif des firmes produisant des semences transgéniques n’est-il pas de voir disparaître la filière sans OGM, en tablant sur l’importance des coûts de contrôle qu’elle implique ? Il est probable que, dans les années à venir, les agriculteurs auront de plus en plus de difficultés à se procurer des semences issues de cette filière. La recherche mondiale s’orientant vers les semences transgéniques, il n’est pas impensable que les variétés non OGM finiront par être inadaptées à l’évolution des techniques agricoles, voire obsolètes.

On peut s’interroger sur la « transparence » affichée par Monsanto.

Le consommateur est tributaire des informations fournies par l’entreprise. Chaque construction génétique est considérée comme un brevet, et il n’existe aucune obligation légale, pour une société, de fournir le test aux laboratoires privés permettant de réaliser des analyses de contrôle. En France, la description d’une construction génétique est déposée auprès de la DGCCRF qui, seule, peut réaliser des analyses. Comme elle n’est pas habilitée à le faire à titre commercial, elle ne peut donc pas être saisie à cette fin par des consommateurs ou industriels.

Le consommateur devra se contenter de savoir que l’entreprise ne commercialise ses semen-ces qu’une fois autorisées pour l’alimentation humaine, et qu’elle s’est engagée à « respecter les préoccupations d’ordre religieux, culturel et éthique dans le monde en n’utilisant pas de gènes issus de l’homme ou de l’animal dans [ses] produits agricoles destinés à l’alimentation humaine ou animale ». La nomination récente à la direction de l’EPA américaine d’une ancien-ne cadre de la firme, Mme Linda Fischer, donne à penser que non seulement le nouveau Monsanto n’est pas hors la loi, mais qu’il veut la faire.

 Coauteure de Sauver la Terre, Fayard, Paris, 2003, d’une série documentaire, Terriens amers, paradis perdus, diffusée sur Arte en 2006, ainsi que d’un documentaire, Planète en otage, disponible auprès des Films du Village.

Juillet 2001 Agnès Sinaï

https://www.monde-diplomatique.fr

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Procès du glyphosate : « Monsanto pourrait devenir une coquille vide, donc insolvable » (Anti-K)

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