15 août 2018 ~ 0 Commentaire

ogm monsanto 1 (le monde diplo)

 monsanto

Comment Monsanto vend les OGM

Enquête sur une stratégie de communication

Habituées à dicter leur loi aux gouvernements, les sociétés transnationales doivent maintenant compter avec un éveil civique susceptible de contrecarrer leurs projets. D’où la prolifération des « codes de bonne conduite » et autres « chartes éthiques » dont elles se dotent pour occulter ce qui reste leur unique objectif : garder les mains libres à l’échelle planétaire en vue de créer toujours plus de « valeur » pour l’actionnaire.

C’est dans le secteur de l’agrochimie qu’elles rencontrent le plus d’obstacles :

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne « passent » pas dans l’opinion, tout parti-culièrement en Europe, aucune étude scientifique n’ayant pu conclure ni à leur innocuité ni à l’absence de risques pour la biodiversité liés à leur dissémination accidentelle, ni même se prononcer sur leurs prétendus bienfaits.

Les grandes firmes du domaine, en premier lieu Monsanto, ont donc déployé une stratégie de contournement.

Il ne s’agit pas de prouver que leurs produits ne présentent aucun danger, mais de les promou-voir comme autant de remèdes aux problèmes de malnutrition et de santé publique du tiers-monde et, surtout, comme une solution de rechange à un péril, certes bien réel, celui des pesticides, avec des campagnes publicitaires minutieusement élaborées et massivement financées, elles espèrent bien « retourner » les esprits récalcitrants.

Etat d’urgence à Monsanto 

Après une alerte à la bombe sur son site français de Peyrehorade, dans le département des Landes, le numéro deux mondial des semences agricoles lance sur son réseau Intranet un protocole de sécurité en cas d’attaque cybernétique ou physique de ses employés. Ces derniers sont sommés de signaler tout comportement suspect, tout appel téléphonique non identifié et toute personne non badgée, ainsi que de fermer à clé toutes les portes, de verrouiller l’accès aux écrans d’ordinateur par des mots de passe et de ne pas utiliser de modem connecté à l’extérieur.

Quant aux entretiens avec des journalistes, ils sont interdits sauf aux personnes expressément mandatées. Cette culture du secret n’est, du reste, pas complètement étrangère à l’actuelle directrice de la communication de Monsanto-France, Mme Armelle de Kerros, une ancienne de la Compagnie générale des matières atomiques (Cogema). Ce qui n’empêche pas Monsanto d’afficher une volonté de « transparence »…

Depuis le scandale de Terminator, première plante tueuse de l’histoire de l’agriculture (1), l’entreprise est partagée entre paranoïa défensive et agressivité. Les ennuis commencèrent lorsqu’elle racheta la firme Delta & Pine Land pour la somme de 1,8 milliard de dollars. Monsanto récupérait à cette occasion un brevet qui permettait un « verrouillage » des semences grâce à une ingénierie génétique inhibant leur repousse d’une année sur l’autre, ce qui conduisit l’organisation RAFI (The Rural Advancement Foundation International) à surnom-mer « Terminator » cette technique de stérilisation. Devant le tollé international qu’elle provo-qua, le président de Monsanto, M. Bob Shapiro, annonça le retrait du produit, avant de donner sa démission.

Depuis lors, la multinationale a abandonné son slogan d’autrefois, « Nutrition, santé, avenir » et elle cherche à se reconstituer une notoriété. Produire des OGM (on parle pudiquement de biotechnologies) est, en effet, une entreprise à hauts risques, aussi bien en termes d’image que d’investissements. Sans parler des accidents biologiques possibles : menaces sur la biodi-versité et apparition d’insectes mutants, résistants aux insecticides incorporés dans les plantes transgéniques (2). Aux Etats-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a d’ores et déjà encouragé les agriculteurs à consacrer au moins 20 % de leurs terres à des plantations conventionnelles afin que des insectes non résistants au transgène Bacillus thuringiensis puissent se développer.

Autant d’aléas qui expliquent que, dans la valse des fusions-acquisitions et des restructu-rations, l’agrochimie, qui comprend les biotechnologies végétales (c’est-à-dire les OGM), soit systématiquement isolée des autres secteurs, de manière à compartimenter le risque trans-génique. C’est dans cette logique qu’Aventis cherche à se désengager de CropScience, sa branche agrochimique.

La firme avait en effet commercialisé le maïs transgénique Starlink, susceptible de provoquer des allergies chez les humains. Bien qu’il fût exclusivement destiné à l’alimentation animale, ce maïs s’était massivement retrouvé dans les chips et les corn-flakes des consommateurs améri-cains, ainsi que dans les gâteaux de la marque Homemade Baking vendus au Japon. C’est également dans ce contexte qu’est né, en octobre 2000, le premier groupe mondial d’agro-chimie, Syngenta, résultat de la fusion du suisse Novartis et de l’anglo-suédois Astra-Zeneca, qui réalisera un chiffre d’affaires d’environ 8 milliards d’euros.

Monsanto, après avoir fusionné avec la grande firme pharmaceutique Pharmacia & Upjohn, ne s’occupe désormais plus que d’agriculture, avec un chiffre d’affaires de 5,49 milliards de dollars en 2000. Elle a cédé à Pharmacia son médicament phare anti-arthritique, le Celebrex, pour se spécialiser dans la production de produits phytosanitaires, de semences agricoles et, plus particulièrement, de semences génétiquement modifiées.

Monsanto est maintenant le deuxième semencier mondial (après Pionneer),

Le deuxième phytosemencier après Syngenta et le numéro un en herbicides avec le Roundup, herbicide le plus vendu au monde (2,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2000, soit près de la moitié de celui du groupe). Son objectif est de faire accepter ses produits transgé-niques en persuadant l’opinion qu’il vaut mieux consommer une plante génétiquement modifiée qu’une plante aspergée de pesticides (3). Pour faire sauter les derniers obstacles, cette stratégie se pare d’atours philanthropiques et écologiques.

Ne lésinant pas sur l’« éthique », Monsanto a ainsi adopté en janvier 2001 une nouvelle charte contenant cinq engagements : « dialogue », « transparence », « respect », « partage » et « bénéfices ». Selon le directeur général de Monsanto-France, M. Jean-Pierre Princen, les consommateurs européens – les plus réticents aux OGM – doivent comprendre qu’un organis-me génétiquement modifié n’est rien d’autre qu’un organisme génétiquement amélioré. D’où la naissance du nouveau Monsanto, dit « projet M 2 » en langage interne : ses semences sont écologiques et bonnes pour la santé. Ceux qui en doutent sont simplement mal informés. Du passé faisons d’ailleurs table rase : qui se souvient que Monsanto produisait le défoliant, dit « agent orange », utilisé par les bombardiers américains pendant la guerre du Vietnam ?

Aujourd’hui, les équipes de la multinationale se réunissent à Hô Chi Minh-Ville pour y vendre leurs herbicides et pour y nouer des relations privilégiées avec les médias, les scientifiques et les membres du gouvernement vietnamien. Des Philippines à l’Argentine, il s’agit de disposer d’une latitude d’intervention sans limites : « Free to operate » carte blanche ») en jargon maison.

Un kit semence-herbicide

Pour la consommation externe, il conviendra donc de mettre en avant les vertus écologiques des OGM, dont le groupe commercialise deux variétés. Le gène Bt, d’abord, issu de la bactérie Bacillus thuringiensis, qui diffuse ses propres toxines insecticides, ce qui évite la vaporisation de pesticides supplémentaires : une récolte de coton dite « Bt », en subira seulement deux, au lieu de six à huit. Deuxième variété : le Roundup Ready, conçu pour résister à l’herbicide Roundup. L’agriculteur achète ainsi en kit à la fois la semence et l’herbicide ! Le Roundup est présenté par la firme comme un produit biodégradable, ce qui lui vaut un procès intenté par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de Lyon pour publicité mensongère.

Aux Etats-Unis, l’EPA estime que le volume annuel de glyphosate répandu se situe entre 20 et 24 mille tonnes (4).

Il est massivement utilisé pour la production de soja, de blé, de foin, dans les pâturages et les jachères. Depuis 1998, son utilisation a augmenté de quelque 20 % par an. Contenu dans le Roundup, il est l’herbicide le plus vendu au monde et rapporte chaque année à Monsanto environ 1,5 milliard de dollars. Le brevet a expiré en l’an 2000, mais la firme va conserver une partie du monopole grâce aux plantes génétiquement modifiées, conçues pour être tolérantes au glyphosate.

En Bretagne, le glyphosate figure parmi les polluants importants et réguliers 

Jusqu’à 172 fois la norme en octobre 1999 dans l’Elorn, qui alimente en eau potable le tiers du Finistère, « ce qui prouve que le Roundup, dit biodégradable, est une imposture », explique le docteur Lylian Le Goff, membre de la mission biotechnologies de l’association France Nature Environnement.

La pollution du sol, de l’eau et de l’eau de pluie, de l’ensemble de la chaîne alimentaire et de l’air par les pesticides est devenue un sérieux problème de santé publique que l’administration française a tardé à prendre en considération. D’où, pour le docteur Le Goff, « l’impérieuse nécessité d’appliquer le principe de précaution par une remise en cause de l’incitation à utiliser des pesticides, particulièrement lorsque celle-ci est encouragée par une publicité mensongère vantant l’innocuité et la biodégradabilité des produits à base de glyphosate ».

L’ingestion des pesticides par le consommateur serait nettement plus forte si les plantes génétiquement modifiées devaient se répandre, tant elles en sont imprégnées.

Comme les dioxines, les pesticides, dont le glyphosate, ne sont pas biodégradables dans le corps humain, et ils constituent une pollution invisible (5). Leurs molécules cumulent des effets allergisants, neurotoxiques, cancérigènes, mutagènes et hormonaux en altérant la fertilité des mâles. Leurs propriétés sont comparables à celles des hormones femelles, les oestrogènes : globalement, ces actions hormonales seraient responsables d’une baisse de 50 % du taux de spermatozoïdes durant ces cinquante dernières années. Si ce déclin spermatique devait continuer, le clonage s’imposerait à l’espèce humaine vers 2060 !

Outre leurs prétendues vertus de biodégradabilité, les semences transgéniques compatibles avec le Roundup sont présentées par Monsanto comme « amies du climat » (climate friendly), puisque leur usage permettrait aux agriculteurs de réduire, voire de cesser tout labourage, permettant le stockage dans la terre de doses massives de gaz carbonique et de méthane, ce qui réduirait de 30 % les émissions du gaz carbonique des Etats-Unis. Reste à expliquer en quoi une mise en culture non transgénique serait moins efficace…

Une seule certitude 

Les profits seraient moindres, notamment parce qu’une culture ordinaire se passerait de l’herbicide Round-up. La soudaine vocation écologique de Monsanto et le zèle de son « président pour le développement durable », M. Robert B. Horsch, convergent avec l’intérêt des vendeurs de droits à polluer, tels ces propriétaires terriens du Montana, d’ores et déjà rassemblés en une Coalition pour la vente de droits d’émission de gaz carbonique (6).

Si la phraséologie à usage externe du Nouveau Monsanto est centrée sur « la tolérance », « le respect » et « le dialogue », le vocabulaire stratégique se fait nettement plus cru en interne. La « philosophie » de la firme, telle qu’exposée par M. Ted Crosbie, directeur du programme de développement végétal, devant une assemblée de cadres de Monsanto-Amérique latine en janvier 2001, ne s’embarrasse pas de nuances : « Livrons en même temps le pipeline et l’avenir. » En clair, il s’agit d’inonder d’OGM les surfaces agricoles disponibles pour occuper le terrain, et de manière irréversible. L’Amérique latine est, de ce point de vue, « un environne-ment gagnant » : Monsanto évalue à 100 millions d’hectares les surfaces restant à « dévelop-per » dans le seul Brésil.

 Coauteure de Sauver la Terre, Fayard, Paris, 2003, d’une série documentaire, Terriens amers, paradis perdus, diffusée sur Arte en 2006, ainsi que d’un documentaire, Planète en otage, disponible auprès des Films du Village.

Juillet 2001 Agnès Sinaï

https://www.monde-diplomatique.fr/

Lire aussi:

Procès du glyphosate : « Monsanto pourrait devenir une coquille vide, donc insolvable » (Anti-K)

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