11 août 2018 ~ 0 Commentaire

pétain (libération + le télégramme)

reunification

Est-il vrai que c’est Pétain qui a séparé la Loire-Inférieure de la région Bretagne?

La Loire-Atlantique a été séparée administrativement de la région Bretagne par un décret signé le 30 juin 1941 par le Maréchal Pétain… lequel aurait pourtant préféré une Bretagne historique à cinq départements.

Alors que plusieurs associations et collectifs bretons ont lancé un appel à manifester le 29 septembre prochain à Nantes pour la réunification de la Bretagne (réintégration de la Loire-Atlantique dans la région), vous nous posez une question sur l’origine de sa séparation avec la Loire-Atlantique. Aujourd’hui encore, le sujet fait parler de lui sur les réseaux sociaux.

En bref : la décision de séparer le département de la Loire Inférieure (qui deviendra plus tard la Loire-Atlantique) de la région Bretagne a bien été prise par le gouvernement de Vichy. Mais les spécialistes expliquent que le Maréchal Pétain, nostalgique des provinces de l’Ancien Régime, était en fait pour le maintien d’une Bretagne historique à cinq départements.

Dans le détail : Les premiers débats sur la régionalisation du territoire français datent de la période de l’entre-deux-guerres. À l’époque, il n’y a pas de régions en France. Pendant la Révolution, l’assemblée constituante découpe le territoire en 83 départements, supprimant de facto les provinces issues de l’Ancien Régime. La province de Bretagne est alors morcelée en cinq départements: le Finistère, le Morbihan, les Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor), l’Ille-et-Vilaine et la Loire Inférieure (Loire-Atlantique).

Dans son ouvrage Nantes en Bretagne ?

Nantes et la Bretagne du Moyen-Âge à nos jours (Skol Vreizh, 2014), l’historien Dominique Le Page explique qu’après la 1re Guerre Mondiale, «les débats engagés intègrent de plus en plus d’éléments économiques du fait de la révolution des transports, du développement de vastes régions industrielles […]». En 1919, Étienne Clémentel, ministre du Commerce et de l’Énergie, créé 17 «groupements économiques d’intérêts régionaux» basés sur les chambres de commer-ce dispersées en France. La Bretagne se trouve alors divisée en deux régions économiques. D’un côté, une région à trois départements (Ille-et-Vilaine, Finistère, Côtes-du-Nord), ayant Rennes pour capitale. D’un autre, une région autour de Nantes avec la Loire Inférieure, la Sarthe, la Mayenne, le Maine-et-Loire, et une extension jusqu’au Morbihan.

Toute la période de l’entre-deux-guerres va voir plusieurs propositions de découpages des régions selon des critères strictement économiques, sans avoir pour autant d’existence admi-nistrative. Selon Yves Coativy, maître de conférences en Histoire Médiévale à l’Université de Bretagne-Occidentale, «la première vraie rupture politique a lieu au moment de la Seconde Guerre mondiale».

Pendant l’Occupation, le Maréchal Pétain annonce vouloir créer des «provinces» en France, de grands territoires «regroupant cinq ou six départements» et qui seraient «gérés par des gouverneurs de province». Dans le cadre du premier projet de création de provinces en France, un Conseil national comprenant plusieurs commissions est créé. L’une d’entre elles est chargée, entre mai et août 1941, du découpage des provinces. Plusieurs propositions sont faites, et chaque unité provinciale est examinée et délimitée par les membres de cette «commission des provinces», dirigée par le ministre d’Etat Lucien Romier.

Une partie des élites nantaises, dont l’avocat et ancien élu municipal Abel Durand, lutte en faveur d’une grande région à l’ouest, dont Nantes serait la capitale incontestée. Mais en août 1941, la décision finale est prise: la carte adoptée définitivement comporte 20 régions en France. La Bretagne comprendra cinq départements (Finistère, Morbihan, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Loire Inférieure) et Rennes en sera la capitale. Dans Nantes en Bretagne ? Dominique Le Page explique que cette décision vient du Maréchal, «sous la pression de Rennes et de son maire François Chateau»

Mais ce projet ne verra jamais le jour.

Dans un article sur la «pratique du régionalisme dans le régime de Vichy», l’historien Pierre Barral explique qu’en décembre 1941, «sont mis au point un projet de loi créant les provinces et un décret les délimitant». Mais aucun des deux projets ne sera acté. En 1942, le nouveau chef du gouvernement, Pierre Laval, «se désintéresse des provinces comme de toute la Révolution Nationale», raconte l’historien.

Un découpage va pourtant se faire, à la même époque, via un second chantier qui avait été lancé en parallèle de la réflexion sur les provinces. Il s’agissait de mettre en place des préfec-tures de régions pour faciliter, entre autres, la gestion du ravitaillement des territoires pendant la guerre. Vichy décide de déconcentrer le pouvoir de Paris en instaurant des préfets régio-naux sur tout le territoire. C’est chose faite, avec la loi du 19 avril 1941. Les préfets régionaux sont «chargés de coordonner l’action du gouvernement à l’échelle de plusieurs départements dans deux domaines essentiels, la police et les affaires économiques.»

Ce découpage, pensé alors pour n’être que temporaire, ne se superposait pas à celui imaginé pour les provinces.

Dans un décret du 30 juin 1941 signé par le Maréchal et le vice-président du Conseil François Darlan, Rennes devient le chef-lieu d’une préfecture à quatre départements (Ille-et-Vilaine, Finistère, Morbihan, Côtes-du-Nord), alors que Nantes et la Loire Inférieure sont rattachés à la préfecture d’Angers. À l’origine de ce choix, l’occupant allemand, qui avait fait d’Angers le siège d’un commandement militaire. Comme l’explique Dominique Le Page, «ce découpage ne satis-fait personne, et surtout pas les Nantais». Contacté par Checknews, ce dernier précise que Nantes a toujours eu des «prétentions métropolitaines». Yves Coativy ajoute qu’«historique-ment  Rennes et Nantes ont toujours été rivales», prétendant chacune le rôle de capitale de Bretagne.

À la question de savoir si c’est vraiment Pétain qui a pris la décision, la répon-se de Dominique Le Page, contacté par Checknews, n’est pas tranchée:

«On a tendance à dire que c’est Pétain qui est à l’origine de ce partage. Certes, la décision a été prise sous Vichy. Pétain, lui, qui était traditionaliste et pour un retour aux provinces de l’Ancien Régime, n’était pas défavorable à une Bretagne à cinq départements. Le contexte de la collaboration, de la pression allemande, des pressions de Rennes et Nantes a donné ce résultat», explique l’historien. Un résultat qui ne satisfait personne encore aujourd’hui, visiblement.

La loi du 19 avril 1941 instaurant les préfectures de régions ne devait en effet être que provisoire.

Dans un discours donné à Pau le 20 avril 1941, Pétain annonçait qu’il ne s’agissait que de «groupements provisoires… répondant à une nécessité immédiate, n’engageant nullement l’avenir de la constitution des provinces». Dans l’Ouest Éclair (ancêtre du Ouest France) du 3 septembre 1943, Charles Donati, préfet d’Angers, tentait également d’expliquer les choix de Vichy: «Ce que je tiens à vous dire, c’est que le choix d’Angers comme chef-lieu de région a été imposé par les circonstances. À la paix, Nantes reviendra à la Bretagne si les provinces sont reconstituées à ce moment-là. […] Le gouvernement a voulu ardemment faire renaître les provinces françaises. Il a dû, sous l’empire des circonstances, procéder au découpage des régions suivant les nécessités de l’heure. Il n’en a pas pour autant abandonné son projet, mais il en subordonne l’exécution au retour de la paix et l’établissement d’une constitution».

À la Libération, les préfectures régionales sont supprimées via une ordonnance du 3 juin 1944.

Le décret du 30 juin 1941 a-t-il donc une valeur juridique aujourd’hui ? «Non, explique Bernez Rouz, journaliste et président du Conseil culturel de Bretagne. À la Libération, les décisions prises sous Vichy sont devenues caduques. Mais ce découpage à quatre départements est resté dans les tuyaux de l’administration française. Et quand, plus tard, on a refait les régions, les cartes issues de 41 sont ressorties.»

Après la guerre, les gouvernements successifs travaillent de nouveau à une régionalisation du territoire. Les travaux de la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale), puis les lois de décentralisation vont entériner le découpage de la Bretagne issu de 1941… et qui ne devait être que provisoire.

Cordialement

Marie-Perrine Tanguy 10 août 2018

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Commentaire: Personne ne nie que la Bretagne soit formée de 5 départements. Le débat « Nantes en Bretagne? » est donc tranché!

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