16 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

féminisme (paris luttes + basta + npa)

cahiers du fem

Petite histoire du féminisme

Prémisses de féminismes :

Peut-être pourrait-on faire débuter les premières réflexions sur le féminin et le masculin par Sappho. Sappho était une poétesse grecque qui vivait sur l’île de Lesbos, -625 -580 BC. Ses poèmes amoureux connaissent depuis l’antiquité un grand succès. Avec un monde sans hom-me sur une île autonome, elle annonce déjà des revendications face à la place des femmes dans la Grèce archaïque. De là viennent les adjectifs lesbienne, saphique.

Dès le 15è siècle, après Christine de Pizan (1364-1430), poétesse et philosophe, quelques femmes et hommes écrivent pour « défendre » le sexe féminin et imaginer l’égalité des sexes. Christine de Pizan est considérée comme la première femme de lettres française ayant vécu de ses écrits. (J’aurais mis après les femmes pirates comme Mary Reid (vers 1690 – 1721) et Anne Bonny. Note du Blog)

De la Révolution française à la République.

Les femmes çà et là expriment une volonté collective où la prise de conscience de leurs problè-mes spécifiques va de pair avec leur désir d’appartenir, comme les hommes, à une nouvelle société politique. On voit apparaître les cahiers de doléances, des pétitions, des clubs politi-ques et la déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges.

Olympe de Gouges (1748-1793), aristocrate française, est la première à poser dans la décla-ration des droits de la femme l’égalité des hommes et des femmes. (…) Elle est guillotinée en 1793 pour s’être opposée à la montée en puissance des Montagnards. Thérésa Cabarus (1773-1835), militante girondine, sera aussi connue pour ses pensées « féministes ». En l’église Notre-Dame de Bordeaux, transformée alors en temple de la raison, elle fait lire en 1793 ses essais sur l’éducation des femmes.

C’est à partir de 1830 que les femmes vont se constituer comme un groupe de sujets politiques avec l’émergence des mouvements utopistes (saint-simoniens et fouriéristes).

Elles dénoncent leur asservissement séculaire, réclamant un affranchissement et une éman-cipation. En 1848 pendant la brève révolution apparaît « La Voix des Femmes », premier quoti-dien féministe. Louise Michel (1830-1905), militante anarchiste et institutrice française est une figure primordiale de cette période. Outre son militantisme « socialiste » (elle arbore le drapeau noir et écrit dans « Le Cri du Peuple), elle est secrétaire de la « Société démocratique de moralisation », dont le but est d’aider les femmes à vivre par le travail. En 1870, elle est élue présidente du Comité de vigilance des Citoyennes du 18è arrondissement. Elle adhère au groupe « Le Droit des Femmes ».

Flora Tristan (1803-1844), aimait se désigner comme une « aristocrate déchue, femme socialiste et ouvrière féministe ».

Son ouvrage L’émancipation de la Femme ou le Testament de la Paria est publié de manière posthume. « L’affranchissement des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes. L’homme le plus opprimé peut opprimer un être qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même ».  Les révolutions de 1789, 1830, 1848 permettent l’expression de l’exigence féministe, mais y opposent le refus de ses conséquences réelles. A chaque fois on ferme les clubs de femmes, on discrédite leurs actions politiques, les inégalités sexistes sont affirmées.

L’histoire du féminisme ne s’arrête pas entre les périodes, on peut cependant noter des pics d’avancées féministes. Ainsi on parle communément de trois vagues féministes.

Première vague :

Le mouvement le plus connu de la première vague est celui des suffragettes, qui recherchent les mêmes droits civiques que les hommes sur le principe du suffrage universel. Néanmoins, il est simpliste de réduire la première vague féministe aux suffragettes : le féminisme de l’entre-deux-guerres est multiple. Le mouvement des suffragettes constitue déjà un féminisme violent, dont les militantes vont jusqu’à molester certains parlementaires.

En 1908 une répression s’organise contre elles. En 1913, Emily Davidson, militante féministe britannique, est brutalement tuée, ce qui fait changer l’opinion anglaise en faveur des féminis-tes. En 1918 les femmes anglaises obtiennent le droit de vote. Pour la première fois, les problématiques du féminisme investissent le débat public.

Mis à part les suffragettes tournons-nous vers deux personnalités marquantes du féminisme de cette époque.

Celle d’Emma Goldman (1869-1940), anarchiste d’origine russe émigrée au États-Unis, qui milite pour l’égalité des sexes, la libre disposition de son corps, le contrôle des naissances, l’homosexualité, l’antimilitarisme, les luttes ouvrières et syndicales, la défense des chômeurs, et ce sans hiérarchie entre les luttes. Elle considère le droit de vote comme réformiste et critique les suffragettes. Elle insiste déjà sur l’importance de la mère dans la reproduction des rôles sociaux de la société patriarcale.

La personnalité de Madeleine Pelletier (1874-1939) est particulièrement intéressante. Activiste anarchiste dès 1906, c’est une féministe radicale, première femme médecin diplômée en psy-chiatrie en France. Elle est proche du mouvement néo-malthusien (qui prône un contrôle radi-cal des naissances) et considère que « C’est à la femme seulement de décider si et quand elle veut être mère ». Elle milite en faveur de l’avortement et de la contraception. Elle est mise à l’écart du mouvement féministe car ses choix paraissent trop violents. Elle considère que l’hété-rosexualité est liée au système d’oppression des femmes et s’habille en homme. Elle pratiquera des avortements pendant toute sa vie.

La deuxième vague : la France des années 70

Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir (1908-1986), littératrice française, change les esprits dès sa parution en 1949 ; c’est une rupture, on dissocie alors la femme de la mère. Elle lance le « Manifeste des 343 » réclamant l’avortement libre et gratuit, elle cofonde le mouve- ment « Choisir » (Proche du PS avec Gisèle Halimi, blog), cofonde et préside la revue « Nouvel-les Questions Féministes ». Elle écrit dans « Le deuxième sexe » la célèbre phrase « On ne naît pas femme, on le devient ». C’est une figure connue du féminisme matérialiste.  Le deuxième sexe et la création du Planning Familial (association qui promeut le droit des femmes – avorte-ment et contraception – à ne pas confondre avec les centres de planning familial, institution étatique) en 1956 ne sont que la face visible d’une évolution sociale qui s’est faite en dehors du militantisme féministe, mais pas sans lui.

« Le privé est politique » est la citation la plus connue de cette « deuxième vague ». Son auteure, Ulrike Meinhof (1934-1976), est militante et terroriste allemande de la Fraction Armée Rouge. On connaît surtout cette seconde vague pour ses luttes pour la maîtrise du corps avec les actions du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) (et le MLAC « Mouvement pour la Liberté de l’Avortement de de la Contraception »! Blog) mais c’est aussi la période qui voit la naissance des études universitaires féministes.

Le féminisme des années 70 est une continuité autant qu’une rupture.

La lutte des classes se transpose sur la lutte des sexes, les idées marxistes influencent les idées féministes. Juste après mai 1968, dans l’extrême-gauche maoiste, anar et trotskyste, des femmes s’organisent. Les partis et les syndicats sont traversés par la « question des femmes». (On voit alors apparaître des « groupes femmes » autonomes sur les lieux de travail et d’étude et des « réunions non-mixtes » à l’intérieur de certains partis et syndicats. Tous ces groupes auto-nomes, de partis de syndicats, forment de fait un « Mouvement Autonome des Femmes » infor-mel, que le MLF prétendait chapeauter. Blog )

A l’extérieur de ces groupes de femmes, apparaît une volonté de travailler « en direction des femmes », de manière à intégrer en le contrôlant l’essor du féminisme. A noter que depuis 1946  les femmes ont le droit de vote ce qui pousse les partis politiques à racoler les voix féministes.

On parle d’oppression et de patriarcat, termes qui découlent du vocabulaire marxiste qu’intègre dès lors le féminisme. Le patriarcat est le système social qui organise la domination des hommes sur les femmes.(Un peu résumé, voir le lien pour l’intégrale)

« Une petite histoire du féminisme » est un texte d’abord écrit pour mettre à niveau en théories féministes une assemblée de personnes souhaitant étudier l’art avec un point de vue féministe dans la lignée des « Gender Studies ».  Par ailleurs plusieurs personnes ont exprimé la néces-sité de faire connaître les courants et l’histoire du féminisme pour tous les néophytes. Qu’on ne s’y trompe pas, ça ne rend pas l’auteure spécialiste de la question, c’est un travail collectif de recherches et de discussions qui a permis d’élaborer ce texte. Ce n’est pas non plus un travail qui se veut exhaustif ou objectif, il comporte un point de vue même si l’on a cherché à s’en éloigner. Il ne faut pas oublier le contexte de la rédactrice, qui est blanche, française, bourgeoise, et avec des influences féministes matérialistes radicales.

14 juillet 2018

https://paris-luttes.info/

feminsite

Symbole du courant « lutte de classe »

Lire aussi:

Le torchon brûle (Wikipédia)

Mouvement de libération des femmes (Wikipédia)

Les Pétroleuses (« Tendance lutte de classe »)

Histoire du MLF : entretien avec Josette Trat (NPA)

« Si la liberté des femmes n’a cessé d’être contestée, c’est qu’elle entraîne toutes les autres » (Basta)

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