12 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

il faut tuer tina (sans transition)

cadtm

Olivier Bonfond : « Les alternatives au néolibéralisme se renforcent mutuellement »

Vous parlez de « rompre avec le fatalisme » :  notre société est-elle résignée  face au modèle néolibéral ?

Les dirigeants politiques acquis au néolibéralisme et les médias dominants essaient de nous faire croire que nous sommes dans une société résignée. Ce n’est pas vrai. Malgré les postu-res conservatrices, réactionnaires et la xénophobie ambiante, nous assistons parallèlement à la montée de la conscience critique dans le monde entier.

Les gens qui ne supportent plus de vivre dans le système inhumain du capitalisme font pression sur le monde politique. En Espagne, les Indignés du 15-M ont ouvert la voie à des mobilisations sociales de grande ampleur. Lors du référendum de 2015 en Grèce, les citoyens ont répondu « non » à 61% au plan d’austérité de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne BCE, Fonds monétaire international FMI). Le mouvement « Nuit debout » a tiré de l’apathie politique de nombreux jeunes pour en faire des militants.  Aux États-Unis, la campagne de Bernie Sanders a prouvé que 15 millions d’Américains sont favorables à la création de la sécurité sociale. En Angleterre, Jérémy Corbyn a réalisé la plus grande percée du Parti travailliste aux élections législatives de juin 2017 depuis celles de 1945 !

Mais ce sont les dirigeants néolibéraux qui finissent par l’emporter. Pourquoi ces mobilisations sociales ne font-elles pas le poids aux moments décisifs ?

Bien évidemment, ici c’est Macron et pas Mélenchon, aux États-Unis Trump et pas Sanders, en Angleterre toujours Theresa May et pas Corbyn, mais nous sommes dans une dynamique où la pensée progressiste de gauche monte en puissance. C’est le rôle de tous les citoyens de renforcer cette dynamique. Les alternatives  se mettront vraiment en place seulement si un mouvement suffisamment puissant peut imposer aux représentants de servir les populations. Et non pas des logiques économiques et financières. Cependant, nous ne pouvons pas nous donner le luxe d’attendre la révolution sociale. Il faut commencer à mettre en place de petites choses qui participent à « l’insurrection des consciences », selon l’expression du sociologue suisse Jean Ziegler.

Quels leviers doivent être actionnés pour amorcer un changement du système ?

Je crois qu’il faut éviter le piège de la solution miracle. Certains clament, « pour changer la société tu dois d’abord te changer toi-même », l’avènement de l’homme nouveau, d’autres pensent que tout repose sur l’éducation, d’autres encore croient que seule l’annulation des dettes résoudra tout. Nous devons admettre l’interconnexion des alternatives dont nous disposons. Moi je me considère comme un « éducateur populaire ». Après une conférence, une dame de 80 ans est venue me voir pour me dire que c’était la première fois qu’elle comprenait tout ! A tous les niveaux,  des personnes très différentes possèdent les qualités nécessaires pour faire changer le monde : ceux qui jardinent, les travailleurs sociaux, les entrepreneurs locaux, les hommes politiques qui réfléchissent à l’échelle globale… Il n’y a pas de hiérarchie à établir entre les moyens, tous se renforcent mutuellement.

Quels sont les exemples de mobilisations sociales et de décisions politiques qui peuvent nous faire dire que certaines choses vont dans le bon sens ?

Les bonnes nouvelles et les victoires sont plus nombreuses que ce que l’on croit. Les grèves, si souvent décriés, sont autant d’efforts nécessaires pour améliorer les conditions de travail. Par exemple, en Mai 2018, en Belgique, les employés de Lidl ont obtenu une augmentation du personnel et une diminution des cadences. Sur un plan différend, aujourd’hui, en Islande, le non-respect de l’égalité salariale de genre fait l’objet de sanctions. C’est par ailleurs un État qui applique des mesures intéressantes de contrôle de flux de capitaux. En France, le Conseil Constitutionnel vient tout juste de se prononcer contre le délit de solidarité. Il a estimé que découle du principe républicain de fraternité la liberté d’aider autrui sans considération de la régularité de son séjour. C’est une prise de position très encourageante !

Olivier Bonfond est un économiste belge, membre du comité pour l’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM). Celui qui se présente comme un « éducateur populaire » est égale-ment l’auteur de « Il faut tuer TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde ». Un livre né d’une « frustration » : l’absence de visibilité des alternatives au système néolibéral. Olivier Bonfond expose pourquoi nous avons de bonnes raisons de croire au changement. Sans transition ! l’a rencontré aux dernières Rencontres Déconnomiques d’Aix-en-Provence, le 7 juillet dernier.

A lire : Il faut tuer TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde, Cerisier, 25 euros, 528 pages

12/07/2018

http://www.sans-transition-magazine.info/

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