15 avril 2018 ~ 0 Commentaire

turbulences 2 (à l’encontre.ch)

monde

C’est donc bien à une mobilisation sociale et politique en construction que l’on assiste, mobilisation qui s’unifie et s’élargit par en bas, non sans difficulté.

Les divisions syndicales et par secteur font que les convergences sont dures à réaliser. Dans les jours et les semaines qui viennent, le chemin sera parsemé de dates diverses de mobili- sations syndicales: outre le 1er mai, le 15 mai journée de lutte «marée blanche» des hospita- liers, le 22 mai nouvelle journée de grève de 7 syndicats de la Fonction publique, le 14 juin manifestation intersyndicale des retraité·e·s.

A côté de ce chapelet, plusieurs phénomènes importants sont à prendre en compte

La grève des salariés d’Air France qui marche par journées successives depuis fin février en parallèle de celle de la SNCF. C’est là une grève emblématique pour les salaires avec l’exigen- ce de 6% d’augmentation générale. Comme dans beaucoup de grandes entreprises, la direc- tion d’Air France s’est attaquée depuis plusieurs années à la masse salariale, par la suppres- sion d’emplois et le blocage des salaires: 0% depuis 6 ans, alors que l’inflation a été de 6%.

Perte de 10 000 emplois de 2010 à 2016, et de 600 millions sur une masse salariale ayant baissé de 11,5%… Pendant cette même période, l’activité aérienne a progressé de 8%, et la rémunération des 13 dirigeants du Groupe a augmenté de 29% (507 692 euros en moyenne). Ces exigences salariales sont présentes dans beaucoup d’autres grèves moins médiatiques. Pour éviter que se consolide un climat de grèves dans les transports, le gouver- nement a sûrement demandé à la Direction d’Air France de négocier… Mais pour l’instant, elle n’a aucune proposition sérieuse à mettre sur la table.

Le phénomène le plus important est la généralisation d’un mouvement de grève et de blocage dans les universités.

Dans la semaine du 8 au 15 avril, 30 universités (presque 1 sur 2) étaient bloquées ou occu- pées. La question de la sélection à l’entrée des facultés avec le projet ORE (Orientation réus- site des étudiants) est au cœur du mouvement. Là encore, face au manque de moyens et d’accès aux facultés, le choix est simplement de supprimer cet accès: 87 000 étudiant·e·s n’ont pas trouvé de place en 2016 (25% des nouveaux entrants).

Avec le projet, cette élimination sera individualisée et les premiers touchés seront les jeunes venant des zones populaires, encore plus mis à l’écart des filières longues. Le mouvement s’est développé depuis quelques semaines. Il a trouvé le renfort d’un appel lancé par 400 professeurs d’université se prononçant contre cette réforme de classe. Pour éviter, là aussi, l’extension de la contestation sociale à la jeunesse scolarisée, la première salve est venue des groupes d’extrême droite qui ont tenté sans succès de s’attaquer à plusieurs occupations. P

renant prétexte de violences venues de ces briseurs de grève, le Ministre de l’Inté- rieur, l’ancien socialiste Gérard Collomb, a lancé les CRS contre les occupations, cherchant à éteindre l’extension avec des interventions très violentes, de nombreuses inter- pellations et mise en examen pour violence à agents… Dans de nombreuses villes, la jonction s’est opérée entre étudiants et cheminots et autres secteurs en lutte.

Enfin, le dernier point de cristallisation est celui de Notre Dame des Landes.

Après avoir préféré se libérer d’un projet inutile de construction d’un nouvel aéroport, dressant contre lui une très large mobilisation, le gouvernement n’a pas voulu donner l’image de trop de concessions face aux zadistes. Aussi, alors que la préfecture est en débat avec les protago- nistes de la ZAD sur le devenir des occupations et exploitations, Gérard Collomb a voulu faire un coup d’éclat policier en plein mouvement social.

2 500 gendarmes se sont attaqués très violemment aux zadistes cette semaine du 8 au 13 avril. Le but était de «rétablir l’ordre», de montrer le visage policier de ce gouvernement, tout comme dans les facultés. Même si le gouvernement voulait éviter que les violences ne provoquent la mort d’un zadiste (comme cela avait le cas avec la mort de Rémy Fraisse sur les lieux du projet de barrage de Sivens en 2014), l’extrême violence utilisée a fait de nombreux blessés. Au lieu d’isoler les secteurs les plus combatifs des zadistes, les violences policières ont soudé le mouvement dans son ensemble, surtout après la destruction par les CRS de la bergerie des cent noms, exploitation agricole collective fonctionnant depuis 5 ans sur le site.

Au total, Macron cultive sa droite.

Il perd comme une peau de chagrin sa popularité à gauche, parmi l’électorat qui y voyait un simple prolongement du social-libéralisme de Hollande et l’avait élu comme barrage contre Marine Le Pen. Signe des temps, ce qui reste du PS se positionne maintenant dans l’oppo- sition à Macron, désavouant ses principales décisions politiques. De même, l’ex-président Hollande cherche à se faire une nouvelle vertu en prenant toutes ses distances avec son ancien protégé.

Macron cherche donc à se restabiliser clairement comme président de droite, cher- chant à regagner une popularité dans les zones rurales et conservatrices. Il a tenu cette se- maine à flatter l’épiscopat catholique en disant vouloir réparer le lien abîmé entre l’Eglise et l’Etat. Dans la foulée, il vient d’annoncer la diminution de 400 à 200 euros du permis de chasse et l’extension des périodes de chasse.

L’enjeu des jours à venir reste le même. Faire que les luttes se développent, que le climat politique bascule en faveur des cheminot·e·s et des grèves. C’est le travail que font tous les jours des dizaines de milliers de militant·e·s. Rien n’est gagné, mais rien n’est perdu et cette convergence se fera essentiellement par en bas, par la détermination militante, par les passe- relles entre secteurs en grève et leurs soutiens, entre étudiant·e·s, cheminot·e·s, travailleurs et travailleuses de la Poste, des hôpitaux… Même les magistrats se mobilisent en ce moment contre les projets de réforme de Macron.

Pour que le mouvement se développe toutes les initiatives sont bonnes. Ainsi, après la démarche lancée à gauche par Olivier Besancenot et l’appel unitaire qui en a résulté, Fran- çois Ruffin, député de la France Insoumise, a lancé un appel pour une manifestation nationale, à faire «la fête à Macron» le 5 mai pour le premier anniversaire de sa présidence.

Dans tous les cas, il est urgent de faire apparaître un pôle politique anticapitaliste qui mette en avant non seulement la centralisation des luttes, la marche vers cette grève générale qui est nécessaire, mais aussi un projet de société qui s’oppose à Macron et à son monde, un projet fait de solidarité, de répartition des richesses, de biens communs, publics, gérés et conçus pour l’intérêt des classes populaires.

Alencontre 15 avril  2018 Léon Crémieux

http://alencontre.org/

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