11 avril 2018 ~ 0 Commentaire

labour 2 (à l’encontre.ch)

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La sécu: la droite a voté contre!

Momentum, réponse à «un mouvement qui cherchait une maison commune»

C’est ainsi que Nunns intitule le chapitre de son livre où il analyse le troisième processus qui a placé Corbyn à la tête du Labour, à savoir le soutien qu’il a reçu depuis quatre ans de dizaines de milliers de jeunes.[20] Ceux-ci se sont politisés hors du Labour dans les combats sociaux originaux qui ont donné lieu à la formation d’organisations qu’on peut qualifier comme «mouve-mentistes».

L’auto-organisation a joué un rôle important dans les processus qui ont abouti à la formation par coagulation d’une sorte de «mouvement des mouvements» et ensuite à la création de Momentum comme organisation. On en situe le point de départ lors des grandes manifesta- tions contre la hausse des droits d’inscription universitaires de novembre et décembre  2010. Elles ont été marquées par de nombreux affrontements entre une police, formée à l’instar de tant de pays à la répression de rue, et les étudiants. Ces affrontements ont abouti à de nombreuses arrestations et à des peines de prison.[21]

Un an plus tard, entre mars et juillet 2011, il y a eu une longue phase d’intense mobilisation allant au-delà des droits d’inscription, contre les coupes budgétaires du gouvernement de David Cameron [mai 2010-juillet 2016], la destruction du système de santé publique et la dimension peu connue contre l’évasion fiscale. Les formes en ont été très variées.[22]

En France, à la même période le mouvement des Indignés de la Puerta del Sol, d’Occupy Wall Street, ou encore la formation de Syriza en Grèce ont attiré beaucoup d’attention. En revanche ce qui se passait au Royaume-Uni est resté presque totalement inaperçu. Pourtant c’est là, plus que dans bien d’autres pays, que le combat contre les politiques d’austérité a su s’installer dans la durée et prendre un caractère de masse grâce à des mouvements comme UK Uncut et surtout à la formation de la People’s Assembly.[25]

Il s’agit d’une modalité de Front commun social et politique entre le courant Labour Represen- tation Committee dont nous avons parlé, les Verts, des militants organisés autour d’une revue très active Red Pepper, la petite formation Left Unity créée par Ken Loach, des députés comme Corbyn et plusieurs grands syndicats. La People’s Assembly a pu appeler de sa propre autorité à des manifestations de dizaines de milliers de personnes (50 000) contre l’austérité en juin 2014, puis en juin 2015 – à la veille des élections internes du Parti travailliste gagnées par Corbyn – jusqu’à 15 ’000.

La victoire sans appel de Corbyn a été due à la participation importante au vote de nouveaux membres politisés dans ces luttes.

Ils/elles ont pu adhérer grâce à la possibilité ouverte de s’inscrire au parti en payant une cotisation de £ 3 (soit 4 euros). Nunns explique que l’idée est venue des blairistes persuadés qu’il y avait un bloc d’électeurs centristes à gagner. Pour le citer: «Ironie du sort, cette réforme interne avait été proposée par la droite du parti: les blairistes, fascinés par le modèle des primaires aux Etats-Unis, faisaient le pari que l’ouverture du vote au grand public affaiblirait l’influence des syndicalistes et achèverait d’ancrer le parti dans le fructueux marais du “centre. Cruelle fut leur déconvenue quand ils s’aperçurent que le mécanisme qui devait leur assurer la victoire servait en fait les intérêts de la gauche, ravie de retourner à son avantage la ruse de ses adversaires.»[26]

En raison des facteurs analysés plus haut, notamment l’appui politique et financier d’Unison et d’Unite, l’élection de Corbyn à la tête du Labour se serait produite en tout état de cause, mais c’est le vote des nouveaux adhérents représentatifs de la jeunesse qui lui a donné son caractère massif.

Afin de les arrimer au Labour une organisation nommée Momentum a été formée dans la foulée de la victoire par un proche de Corbyn, Jonathan Lansman[27]. Momentum offre aux jeunes une structure qui leur permet de militer derrière Corbyn en tenant compte et en tirant parti de leurs modes de militantisme spécifiques.

La place statutaire accordée dans le parti, dès l’origine, aux associations combattant pour l’émancipation (les Fabiens furent les premiers) rendait la chose possible. La forme de structure exacte a donné lieu à des tâtonnements et quelques tensions, mais aujourd’hui l’organisation compte 37,000 membres[28] ayant une carte du Parti travailliste et des représentants au Comité exécutif national.

La disponibilité, l’enthousiasme et la mobilité des jeunes militants ont été un précieux atout pour Corbyn face à l’aile droite du Labour.

S’il a pu gagner l’élection de septembre 2015 grâce aux syndicats, ce sont eux qui lui ont permis de résister à l’aile droite du parti. Lors de la session du parti parlementaire qui a tenté de le pousser à démissionner fin juin 2016, les militant·e·s du grand Londres ont appelé en vingt-quatre heures à un rassemblement de soutien à Corbyn qui a réuni 10 000 personnes et mis fin aux velléités de coup d’Etat de la part des parlementaires. Fort de cette victoire, trois mois plus tard, lors du congrès de Brighton, en septembre 2016, Corbyn a été élu par 62 % des délégués dont une phalange de membres de Momentum[29], améliorant ainsi son score de 2015.

Un an plus tard lors des élections législatives de juin 2017, le travail militant des jeunes de Momentum a été vraiment décisif dans les résultats du Parti travailliste et la consolidation de la position de Corbyn comme potentiel futur premier ministre.

Dans beaucoup de circonscriptions la campagne travailliste a été très molle, une partie des adhérents se montrant peu enthousiastes de voir Corbyn bien s’en tirer. Les équipes de Momentum y ont palié en se déplaçant d’une circonscription à l’autre dans une même région. On estime que l’élection de vingt-cinq députés travaillistes s’est faite grâce à eux.[30] Au congrès de fin septembre 2017, des membres de Momentum ont fait leur entrée dans plusieurs commissions importantes et aider la gauche à emporter différents votes d’orientation, provoquant l’inquiétude du patronat britannique.[31]

Et demain?

La déconvenue de Theresa May qui a perdu treize sièges et donc sa majorité à Westminster, ainsi que l’augmentation spectaculaire des voix du Labour de 2017 ont été pour une large part le fait du militantisme de Momentum et du niveau élevé de participation de l’électorat jeune. Celui-ci n’a pas été capté par les sondages précédant le scrutin, même si l’accueil enthousiaste fait à Corbyn dans les concerts populaires pouvait le laisser entrevoir.

Lors des législatives précédentes, la participation des électeurs entre 18 et 24 ans tournait aux alentours de 40%. En 2017, elle a grimpé à 72%, soit bien plus que le niveau de participation générale (68%), lui-même le plus fort depuis les élections qui ont porté Blair au pouvoir vingt ans plus tôt. Dans cette tranche d’âge, les travaillistes ont devancé les conser-vateurs de 47%.

La presse française y a vu une réponse des jeunes au Brexit où ils ne s’étaient pas engagés. Dans le chapitre qu’il a ajouté à son livre Nunns est assez catégorique en l’attribuant surtout au programme radicalement anti-austéritaire de Corbyn et McDonnell. Celui-ci compre- nait notamment la renationalisation du rail, des investissements élevés dans le système de santé et le secteur hospitalier, la suppression des frais d’inscription universitaire, la recon- struction des droits syndicaux sur les lieux de travail, la construction d’un million de logements à prix ou à loyers modérés sur cinq ans, l’augmentation des salaires minimum au niveau du salaire minimum vital (fixé à 10 livres sterling de l’heure), la suppression des contrats zéro-heures, une batterie de mesures pour palier la dégradation des retraites.

Il n’y a qu’entre 1945 et 1948 lors du gouvernement Atlee que le conseil des ministres a compté une phalange de dirigeants acquis pleinement aux intérêts de la classe ouvrière et possédant une détermination suffisante pour profiter de rapports de force favorables et imposer à la bourgeoisie britannique des réformes qui entamaient quelque peu, momenta- nément, ses positions.

Mais c’est sous le même gouvernement que le Royaume Uni s’est engagé dans l’armement nucléaire contre les positions très majoritairement antinucléaire des adhérents du Parti travailliste.

Le gouvernement Wilson de 1964-1970 a à son acquis l’abolition de la peine de mort, la légalisation de l’avortement et celle de l’homosexualité ce qui n’était pas rien à l’époque, mais c’est lui qui a permis à la City d’entamer le processus de libéralisation financière mondiale. Corbyn et McDonnell sont indiscutablement faits du même métal qu’Aneurin Bevan (Gallois qui a créé la sécu, note du blog) ou Tony Benn, mais même si la bourgeoisie britannique est affaiblie et déstabilisée politiquement par le Brexit et la crise du Parti conservateur, les rapports entre travail et capital restent en faveur du second. L’héritage impérial perdure lui aussi. Corbyn a dû se rallier à la production du Trident (missile).

Pour conclure, au Royaume Uni il n’y a pas de «lendemains qui chantent» en vue, mais à la différence de la France il y règne un climat politique non délétère et même enthousiaste à gauche.

La perspective est celle d’une arrivée de Corbyn et McDonnell au gouvernement qui ouvrirait une période marquée par une vraie volonté de leur part de faire voter et de mettre en œuvre des réformes qui amélioreraient la vie des classes populaires et des classes moyennes et qui réduiraient le chômage des jeunes.

Le degré auquel le futur programme, qui sera une mouture un peu améliorée de celui de 2017, sera appliqué n’est pas donné. Tout dépendra de l’ampleur de la victoire du Labour et du nombre de députés travaillistes prêts à être un tantinet radicaaux, du fait de leurs propres convictions, mais aussi du degré d’intensité de la pression que la jeunesse exercerait sur eux.

(Résumé de morceaux choisis Note du blog)

 Alencontre le 11 – avril – 2018 François Chesnais

(Article envoyé par l’auteur et publié dans la revue Les Possibles, N° 16 Printemps 2018)

http://alencontre.org/

Commentaire: La « Charte d’Amiens » visait moins les « partis » genre Labour, que l’entrée aux gouvernement bourgeois de  « camarades socialistes modérés ».

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