11 avril 2018 ~ 0 Commentaire

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Affiche de la grande victoire de 1945 sur Churchill: les anciens combattants ont voté Labour

Jeremy Corbyn, la reconquête du Parti travailliste par la gauche et ses perspectives gouvernementales

Deux livres sont parus au Royaume-Uni fin 2017, dans des éditions amplifiées, portant sur le net déplacement à gauche du Parti travailliste, qui a désormais tourné la page du New Labour de Blair. C’est le plus important parti socialiste/social-démocrate du monde, fort aujourd’hui de 570,000 membres, son succès électoral en juin 2017 avec un programme clairement anti-austéritaire mériterait déjà qu’on s’intéresse à ces développements.

La possibilité d’une victoire du Labour lors de nouvelles élections auxquelles la crise interne du gouvernement conservateur peut conduire dans un avenir assez proche incite encore plus à en proposer une lecture.

Elle nous aide à comprendre comment un député vétéran qui s’est fait connaître par son appui à un ensemble de causes progressistes: antinucléaire, anti-guerre, anti-apartheid, défense des droits des homosexuels, accueil des migrant·e·s et un constant refus de voter des lois austé-ritaires des gouvernements Blair [mai 1997-juin 2007] et Gordon Brown [juin 2007-mai 2010], est parvenu à faire converger trois processus:

1° celui interne au Labour de résistance croissante des militant·e·s de base au programme thatchériste-blairiste, jamais achevé, de destruction des services publics;

2° la décision des syndicats, dont les deux plus grands, de s’impliquer de nouveau dans l’orientation du parti dont ils sont une composante;

3° le fait, enfin, que des milliers d’étudiant·e·s et de militant·e·ss associatifs se sont tournés vers le Parti travailliste pour en faire un instrument politique dans leur lutte contre le Parti conservateur et la City.

Les élections générales de juin 2017, préparées par celles de 2015 et de 2016 au sein du Labour

Le 8 juin 2017, les élections législatives anticipées, appelées par la Première ministre Theresa May, ont vu le Parti travailliste dirigé par Jeremy Corbyn, tête de proue historique de l’aile anti- blairiste du New Labour, gagner plus de 3,5 millions de voix par rapport aux élections précé- dentes et sauter de 9,6 points dans le pourcentage national, soit sa progression la plus importante depuis les élections de 1945.

En avril, lorsque Theresa May a pris sa décision de tenir ces élections, les enquêtes d’opinion créditaient le Parti conservateur du double des voix des travaillistes. Le score de juin 2017 du Labour a été d’autant plus spectaculaire que son programme clairement marqué à gauche rompait avec plus de deux décennies de blairisme et que Corbyn a été présenté par les médias comme un agitateur irresponsable, soutenu par un appareil politique tombé aux mains de l’extrême gauche. C’est ainsi en effet que les médias caractérisent le courant Labour Representation Committee situé à gauche.

La situation post-Brexit a évidemment pesé lourd dans la déconvenue des Tories et celle de Theresa May en particulier. Mais au moins autant le fait que pour la première fois depuis sa défaite aux mains de Margaret Thatcher en 1979, le Labour s’est présenté avec un programme nettement à gauche et un dirigeant audible par toutes les strates de la jeunesse.

Les résultats sont venus confirmer et conforter le processus qui a d’abord vu en septembre 2015 Corbyn être élu à la tête du Labour, avec 59,5 % des voix dans une élection ouverte aux sympathisants, résister en juin 2016 à une tentative des parlementaires de le forcer à démis- sionner[9], avant d’être élu par 62 % des délégué·e·s lors du congrès du Parti en septembre  2016.

Il faut y ajouter un élément propre à la constitution non écrite du Royaume-Uni, à savoir son système électoral de scrutin uninominal à un tour (first past the post) qui incite très fortement à essayer de faire du Parti Travailliste un instrument de lutte. En raison du mode de scrutin, de petites formations, comme le Parti Vert, sont restées bloquées hors du Parlement. Le parti nationaliste xénophobe, Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) n’y est pas entré avant 2015. La plus grande organisation trotskiste britannique a été celle, The Militant, qui a choisi en son temps de devenir un courant du Labour.[10]

Chez les conservateurs comme chez les travaillistes le mode de scrutin rend les scissions suicidaires. Aujourd’hui les amis de Blair n’y songent pas plus que l’aile gauche autour de Tony Benn ne l’avait fait dans les années 1980. C’est donc au sein du Parti Travail- liste que l’opposition aux politiques néolibérales s’est organisée au cours de luttes internes menées tant par les syndicats qui sont une composante historique que par les adhérents dans les structures de base des circonscriptions d’électorat populaire.

Un parti fondé par les syndicats où ils gardent une forte influence

Lors de cette élection, le vote syndical a été décisif et plus précisément l’appui public que Corbyn a reçu de deux fédérations puissantes, celle de la fonction publique Unison et celle des travailleurs non spécialisés Unite qui compte 3 millions d’adhérents.

Les relations entre syndicalisme et politique en Grande-Bretagne ont été dès l’origine très différentes de celles en France où la Charte d’Amiens a établi une séparation entre syndicat et parti. 

Exactement à la même époque, en Grande-Bretagne, les dirigeants syndicaux œuvraient à la création du Parti Travailliste, dont la fondation leur paraissait indispensable alors que le suffrage censitaire commençait à céder le pas au suffrage universel (il faut attendre 1918 pour que celui-ci soit pleinement établi). Ils se rapprochent d’abord du Parti Libéral qui soutient quelques candidats ouvriers. Cette solution est peu satisfaisante: une représentation politique indépendante des ouvriers s’impose.

En 1899, Thomas Steels, du syndicat des cheminots propose à sa section que l’organisation confédérale Trade-Union Congress (TUC), qui réunit tous les syndicats, convoque un congrès spécial qui aurait comme but l’unification des syndicats et des groupes de gauche au sein d’un organisme unique qui soutiendrait des candidats aux élections. La proposition trouve l’appui nécessaire au sein du TUC.

Le congrès se tient en 1900, les syndicats représentant environ un tiers des délégués.[11] Le congrès adopte la motion du chef du Parti Travailliste indépendant, Kier Hardie, de former «un groupe distinct des travailleurs au Parlement, qui aura ses propres consignes de vote et s’accordera sur ses politiques qui intégreront la possibilité de coopérer avec tout parti qui serait engagé dans la promotion de lois dans les intérêts des travailleurs». Le parti prend le nom de Labour Party en 1906.

Le gouvernement travailliste de 1945 a compté plusieurs ministres ayant commencé leur carrière comme cadres syndicaux. Les réformes sociales des années 1945-1948 marquent l’apogée de l’influence de la classe ouvrière. L’arrivée du New Labour au gouverne- ment en 1997 et le choix réitéré de Blair de ne pas toucher à la législation Thatcher ont provoqué de fortes tensions et un divorce complet avec les syndicats sur le plan social[12], avec des conséquences sur le fonctionnement interne du Parti Travailliste.

Ainsi les syndicats de la marine et des pompiers se sont désaffiliés du New Labour («opt out») alors qu’Unison et Unite y sont restés. L’affiliation comporte des obligations financières lourdes pour les syndicats, mais aussi une source de dépendance du parti. Pen- dant longtemps elle a donné à ses dirigeants un pouvoir considérable qui résultait de la règle du vote bloqué lors des congrès. Après d’âpres batailles les statuts ont été changés. Depuis 2013 les membres des syndicats affiliés ne sont plus automatiquement membres du Parti Travailliste et doivent y adhérer individuellement («opt in»).

En dépit de toutes ces difficultés, l’appartenance des syndicats au Labour a donné à ses structures un degré élevé de solidité et créé l’obligation pour ses dirigeants de venir défendre leur politique.

Blair a pu refuser en 1999 de revenir sur les lois thatchéristes, mais il lui aurait été impossible de faire ce que Thatcher a fait, briser la grève des mineurs et plus tard celle des dockers comme elle l’a fait pour imposer la flexibilisation du travail et la précarisation de l’emploi. Aujourd’hui après plusieurs changements statutaires, la capacité des syndicats de peser sur les positions du Labour dépend moins des sièges qui leur sont attribués d’office dans les instances dirigeantes que de la participation de leurs adhérent·e·s à la vie et aux activités du Parti.

Une structure de base où les adhérent·e·s ont un poids important

Le Parti travailliste est bien moins pyramidal que ne le sont la plupart des partis. Il est même presque bicéphale. Sous le mot Labour on trouve deux structures différentes, même très différentes, le Parliamentary Labour Party où se retrouvent tous les députés et le, ou plus exactement les, «parti de circonscription», Constituency Labour Party (CLP), où se retrouvent les adhérents du parti dans chacune des 600 circonscriptions du Royaume-Uni. Le «parti de circonscription» correspond à peu près à ce qu’est (ou était) la section dans le Parti socialiste en France.

Dans le cas du Labour, le CPL n’est pas un relais, mais une structure jouissant d’une grande autonomie. La forte présence des militants syndicaux y est pour beaucoup. Il est divisé en branches locales plus petites et dirigé par un comité exécutif et un comité général composés de délégués venant des branches, des syndicats affiliés et des associations de gauche dans la circonscription.[14] Dans ces instances, mais aussi en assemblée générale, les CPL s’emparent de toutes les questions qui touchent les citoyens et citoyennes au plan municipal et les salarié·e·s dans leur vie hors usine.

Les CPL se sont toujours situés plus à gauche que le parti parlementaire et sauf en 1945-1951 plus à gauche que les gouvernements travaillistes[15], pas seulement en matière de politique économique et sociale mais aussi sur les questions de politique internationale. L’existence des partis de circonscription a assuré la légitimité des porte-parole de la gauche travailliste, notamment celle de Tony Benn dans les années 1980.

Il a incarné l’opposition à Blair lors de la proclamation du New Labour thatchérisé et aux côtés duquel Corbyn a mené ses premiers combats. Les militants de gauche des «partis de circons-cription» se sont dotés en 1980 d’un bulletin de liaison à parution mensuelle et à tirage impor- tant, Labour Briefing, d’abord entre les sections du grand Londres, puis nationalement. Ce bulletin est devenu l’organe du Labour Representation Committee depuis sa refondation en 2004. Présenté comme un repaire de trotskystes, McDonnell en est la figure la plus marquante.

Le divorce entre le parti de circonscription et le gouvernement a été particulière- ment net depuis le gouvernement Blair. Sur sa politique économique bien sûr, mais aussi sa politique étrangère. La décision en 2003 d’envahir l’Irak aux côtés de George W. Bush a coupé le parti en deux aux Communes, avec 254 votes pour et 153 contre ou en abstention. Jeremy Corbyn était au premier rang de la manifestation du 15 février 2003 qui a réuni trois millions de personnes contre l’invasion de l’Irak, la plus grande manifestation politique jamais connue en Angleterre.[16]

Ce sont les CPL qui désignent les candidats tant aux élections municipales qu’aux élections générales. Le candidat à la députation est choisi en principe sur une liste de pré- candidats approuvés nationalement. S’il est choisi en dehors de cette liste, le comité exécutif national doit ensuite ratifier le choix. Pour apprécier le poids des adhérents dans le choix des élu·e·s, dans sa circonscription Tony Blair s’est vu refuser sa première désignation de candidature à une élection municipale et a eu beaucoup de mal à obtenir celle pour siéger à Westminster.[17]

http://alencontre.org/

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