09 avril 2018 ~ 0 Commentaire

pc-sfic (émancipation)

blocho

Les premiers pas du PCF

L’Émancipation : Bonjour Julien, et merci pour cet entretien. Quelles raisons t’ont poussé à rédiger cet ouvrage ?

Julien Chuzeville : La période 1914-1924 est une période historique majeure de l’histoire du mouvement ouvrier. Des questions fondamentales y sont posées de façon concrète, avec des réponses très différentes suivant les militant-e-s, suivant les courants. On peut citer notamment l’internationalisme et l’indépendance de classe, sujets qui restent pleinement d’actualité. Pour une partie des militant-e-s dont je parle dans le livre, comme Fernand Loriot, Pierre Monatte et Marthe Bigot par exemple, ces principes ne sont pas des mots, mais des réalités de leur engagement, qu’ils/elles mettent en pratique.

Les ouvrages existants sur cette période et sur la création du Parti communiste me semblaient passer à côté de l’essentiel, j’ai donc voulu étudier ça en détail, pour prendre le pouls de l’époque, comprendre les raisons qui poussaient les militant-e-s à agir comme ils/elles l’ont fait, à un moment tragique de l’histoire du monde et du mouvement ouvrier. Revenir sur la création du PC, c’est aussi rappeler les luttes de celles/ceux qui voulaient l’auto-émancipation mondiale et la disparition des classes sociales, et non la tyrannie d’un parti unique gérant un capitalisme d’État, ce qui s’est finalement imposé en URSS.

L’É: L’opposition à la guerre est-elle l’unique facteur qui pousse les adhérent-e-s de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) à vouloir adhérer à une nouvelle Internationale ?

J.C. : Non, mais c’est un élément décisif. Surtout que la lutte contre la guerre mondiale débou- che sur un espoir, qui selon de nombreux/ses militants-e-s à l’époque commence à se concré- tiser : la révolution mondiale. La seconde est pensée comme “l’antidote” à la première. C’est ce qu’écrit dès 1915 Rosa Luxemburg : “socialisme ou barbarie”. Soit la révolution mondiale permettra d’arriver au socialisme, soit il arrivera une nouvelle guerre mondiale, un déchaîne- ment de barbarie. L’opposition à la guerre et la volonté de participer à la création d’une nouvelle société sont donc liées.

L’É: On sait que les bolcheviques étaient opposé-e-s à l’indépendance des syndicats par rapport aux partis. Les partisan-e-s de l’Internationale communiste en France partageaient-ils/elles cette position ?

J.C. : Pas en 1920, en tout cas, même si l’unité d’action était préconisée – elle avait d’ailleurs été appliquée avant la guerre, pour lutter contre l’allongement du service militaire. Ce qui est curieux, c’est que l’avis de Karl Marx sur la question est à l’époque pour ainsi dire absent des débats. Pourtant, il avait clairement affirmé que “les syndicats ne doivent jamais être associés à un groupement politique ni dépendre de celui-ci”.

Beaucoup des fondateur-e-s les plus enthousiastes du PC étaient à la fois militant-e-s politi- ques et syndicalistes révolutionnaires. Mais leur attachement à la Charte d’Amiens n’a pas empêché cette orientation d’être rapidement balayée, dès les années 1920, notamment à cause de la bolchevisation puis de la stalinisation imposées depuis Moscou.

L’É : Tu sembles penser que les tout premier-e-s partisan-e-s de la Troisième Interna-tionale (le Comité de la Troisième Internationale) partaient d’un malentendu, voire d’illusions sur la révolution russe et les orientations du bolchevisme.

J.C. : C’est évident avec le recul, mais dans le feu de l’action il était évidemment bien plus difficile d’y voir net. Le mot d’ordre “tout le pouvoir aux soviets” remplit d’enthousiasme ces militant-e-s : ce qu’ils/elles veulent, c’est la démocratie des conseils ouvriers. Or, au moment où l’adhésion à la Troisième Internationale est votée, les soviets ont été vidés de leur substance. La démocratie directe des travailleur-e-s n’existait pas dans la Russie de 1920, le malentendu était donc là d’emblée. Le parti bolchevik s’est aussi transformé progressivement, les fractions étant interdites en 1921, le débat et la possibilité d’une diversité d’opinions se réduisant au fur et à mesure. Cet appauvrissement n’a fait que rendre le malentendu initial encore plus criant.

L’É: Les bolcheviques ont rétrospectivement critiqué la Seconde Internationale, en montrant qu’il s’agissait plutôt d’une fédération lâche de sections nationales. Tu consi- dères que l’Internationale Communiste ne fonctionne pas vraiment non plus comme une Internationale ?

J.C. : La Deuxième Internationale était un rassemblement de partis nationaux, où l’Interna-tionale en tant que telle pesait en fait assez peu au quotidien. Donc, on comprend bien la critique. Le problème est que les bolcheviks instaurent un fonctionnement non-démocratique dans “leur” Internationale : un seul parti, le leur, y détient l’essentiel du pouvoir de décision. En plus, c’est un parti unique qui est au pouvoir, et qui a un fonctionnement très pyramidal. Il y a donc une poignée d’individus cooptés qui dirigent à la fois un pays, un parti et une “Interna-tionale”. C’est d’emblée une situation impossible. L’Internationale communiste s’éloignait donc nettement de ce que devrait être une Internationale. D’où aussi l’apparition très rapide de mouvements communistes opposés à l’IC : l’Internationale communiste ouvrière, l’Opposition communiste internationale, etc.

L’É: Les toutes premières années du PCF semblent marquées par la possibilité et la volonté de travail commun entre différents courants (marxistes révolutionnaires, anarchistes, etc.) ?

J.C. : Là aussi, la guerre mondiale a joué un rôle majeur. Des désaccords fondamentaux ont éclaté entre socialistes, entre anarchistes, entre syndicalistes. Une nouvelle unité se crée sur l’opposition radicale à la guerre, entre des militant-e-s venu-e-s de courants différents. Ca se poursuit après la guerre avec la perspective de la participation à une révolution mondiale.

Le PC veut regrouper à ses débuts les révolutionnaires, d’où qu’ils/elles viennent. Il organise des meetings communs avec l’Union anarchiste, notamment. Mais cette possibilité s’efface ensuite avec le reflux des luttes sociales au cours des années 1920, et le tournant autoritaire au sein du PC à partir de 1924, qui se traduit par l’exclusion ou la démission des principaux fondateur-e-s, comme Boris Souvarine, Fernand Loriot, Marthe Bigot, Pierre Monatte, Alfred Rosmer, Lucie Colliard, etc.

L’É: Le PCF des débuts semble aussi à l’avant-garde sur des questions comme le féminisme ou l’anticolonialisme ?

J.C. : Il y avait en fait avant la scission des socialistes qui étaient en pointe sur ces questions, mais on ne les entendait quasiment pas au niveau national. À ses débuts, le PC permet à ces militantes féministes révolutionnaires, à ces militants anticolonialistes, de s’exprimer au niveau national, et ce sont leurs orientations qui sont adoptées par les premiers congrès. Mais ceux/ celles qui sont très actifs/ves sur ces luttes ne sont pas toujours entendu-e-s de l’ensemble du parti, et de fait comme beaucoup refuseront la stalinisation, ils/elles ne resteront pas longtemps au PC. Lequel adoptera ensuite une ligne bien plus modérée sur ces questions, voire conservatrice.

L’É : La “bolchevisation” (alignement total sur la direction du PC d’URSS) scelle-t-elle la concrétisation de la démarche des pionnier-e-s de l’adhésion à l’Internationale Communiste, ou leur échec ?

J.C. : Clairement, la bolchevisation c’est l’échec et l’élimination des principaux/ales fonda- teur-e-s du PC, des révolutionnaires internationalistes du Comité de la Troisième Internatio- nale, qui étaient issu-e-s de la lutte contre la guerre, du mouvement de Zimmerwald. Le recul des luttes sociales les handicape lourdement, et ils/elles se retrouvent en porte-à-faux au sein de l’IC. Dès lors, ils/elles vont continuer à militer hors du PC, à l’extrême gauche, et seront parmi les précurseur-e-s de la lutte anti-stalinienne. Entretien  Quentin Dauphiné

Le centenaire de la révolution d’octobre 1917 n’a pas débouché sur beaucoup de surprises. Un discours acritique entretenant une légende dorée sur le bolchevisme a pu exister. Ce qui domine de nos jours est plutôt une “légende noire” qui plus globalement veut exorciser le spectre de toute aspiration à une société égalitaire. Dans ce contexte, l’ouvrage de Julien Chuzeville donne un éclairage original sur une des conséquences de la révolution russe : la naissance de la Section Française de l’Internationale Communiste.

  • Julien Chuzeville, Un court moment révolutionnaire , éditions Libertalia.

À commander à l’EDMP (8, impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).

http://www.emancipation.fr/

Commentaire: Le PC »f » commença comme l’internationaliste « SFIC, Section française de l’internationale communiste », puis suite au pacte Laval Staline de 1935, il adopta le drapeau tricolore et  le « F » de « français ».

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin