23 mars 2018 ~ 0 Commentaire

rennes féminisme (breizh femmes)

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Du CRIF au CIDF, toute une histoire

C’était l’époque où l’on parlait de condition féminine et où se dire féministe signifiait adhérer aux thèses radicales de quelques militantes échevelées du MLF. A Rennes, la culture asso- ciative coordonnée par l’OSC était déjà bien développée. Et c’est dans des commissions de cet Office Social et Culturel que se retrouvaient les présidentes des associations de femmes.

Parce qu’elles avaient identifié des demandes récurrentes d’information notamment sur les nouvelles lois ou les nouveaux droits, elles ont commencé à envisager ensemble la création d’un centre pour y répondre collectivement. La réflexion dura presque trois ans et en septembre 1979 débutaient les permanences du CRIF qui deviendrait deux ans plus tard, le CIDF toujours actif aujourd’hui.

Blandine Lefierdebras s’est penchée sur l’histoire du CRIF – centre rennais d’information des femmes – voilà quelques années pour son mémoire de master d’histoire. Elle prolonge désormais son travail au sein de l’association Histoire du Féminisme de Rennes et puisque le thème pour le mois de mars cette année était l’engagement des femmes, elle a partagé ses connaissances – illustrées d’archives de l’INA – dernièrement au Tambour. Ce fut l’occasion de revenir sur cette France de la fin des années 70 qui découvrait peu à peu les droits des femmes.

Elu président de la République en 1974, Valéry Giscard d’Estaing qui veut incarner la moder- nité a pris deux mesures emblématiques : l’abaissement de la majorité à 18 ans et la légalisa- tion de l’avortement. Localement, Rennes a changé de majorité municipale avec l’élection en 1977 du socialiste Edmond Hervé. Mai 68 est passé depuis dix ans, c’est le moment de mettre en place des politiques en faveur des femmes, si ce n’est par conviction au moins pour « canaliser le mouvement social qui s’exprime » de plus en plus clairement.

Des questions multiples, une réponse collective

A Rennes, trois associations sont au plus près des questions quotidiennes des femmes : l’UFCS (Union Féminine Civique et Sociale) présidée par Anne Cogné, l’UFF ( Union des Femmes Françaises qui deviendra Femmes Solidaires) présidée par Nelly Bigot et l’AFCF (association des Femmes Chefs de Famille qui contribuera quelques années plus tard sous son nouveau nom d’association des familles monoparentales à la fondation de l’ASFAD) présidée par Armelle Couanon.

Au cours de leurs permanences respectives, les trois associations ont fait le constat suivant : les femmes sont de plus en plus en demande d’information et personne n’est véritablement formé pour leur répondre. L’idée naît alors de créer un centre d’information pour « accueillir, écouter et orienter les femmes ».

De février 1976 à septembre 1979, les réunions se succèdent entre les trois principales asso- ciations bientôt rejointes par les veuves civiles et veuves de guerre, la municipalité, la délé- gation régionale à la condition féminine et une dizaine de femmes personnellement motivées par ces questions. A l’automne 79, le CRIF – centre rennais d’information des femmes – voit le jour et propose des permanences animées par des bénévoles qui trouvent tout de suite leur public.

Associations féminines ou féministes ?

Depuis la fin du 19è siècle des associations féminines comme celles qui donnent naissance au CRIF sont actives auprès des femmes mais aussi des pouvoirs publics pour influer sur les politiques. Parallèlement, en cette décennie 70 s’est développée une pensée féministe qui remet en cause la structure patriarcale de la société analysée comme étant à l’origine de l’oppression des femmes et des inégalités. C’est pour Blandine Lefierdebras « la complé- mentarité de ces deux tendances qui impose une prise en compte politique de la question des femmes ».

Mais elle précise aussi que ces deux courants se fréquentent peu et que « le CRIF n’est pas un engagement militant » ; pas plus qu’il n’est un « engagement institutionnel » puisque très vite ses fondatrices tiennent à garder leurs distances des instances de l’Etat. C’est plutôt un « engagement pragmatique » répondant à des besoins concrets ; son objectif est d’être « un outil au service des femmes », de toutes les femmes « même celles qui n’osent pas pousser la porte d’une association féminine », un outil « neutre, presque à l’image d’un service public ». 

Toutefois, pas question pour les bénévoles qui portent le projet de devenir une émanation du pouvoir. Elles veulent toucher de plus en plus de femmes mal informées sur les évolutions législatives notamment et ont une réelle exigence professionnelle en particulier dans la formation des écoutantes bénévoles. Mais avant tout, elles font le choix de garder leur autonomie.

Une structure associative très liée à l’Etat

Leur « rapport au pouvoir » est selon Blandine Lefierdebras « mesuré ». Les associations qui veillent à la création du CRIF acceptent volontiers d’être des interlocutrices notamment de la délégation régionale à la condition féminine mais elles refusent d’adhérer au CIF, association créée à Paris en 1972 qui bénéficie d’un contrôle du gouvernement assez rapproché.

En 1981, avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand et après deux ans d’un bénévolat chronophage, les choses ne s’envisagent plus de la même façon. La condition féminine s’est transformée en droits des femmes et Yvette Roudy, nommée ministre, propose de créer des CIDF, centre d’information sur les droits des femmes, dans toutes les villes de France.

Le CRIF y voit une opportunité pour pérenniser son action. Ce nouveau réseau, doté de réels moyens, va permettre de passer du bénévolat au salariat et de créer quatre postes à mi-temps. Une façon nouvelle aussi de s’engager.

Près de quarante ans plus tard, le CIDF reste « une structure associative avec une mission d’intérêt général confiée par l’Etat » comme le rappelait Régine Lepinay, jeune retraitée après plus de trente ans d’activité au sein du CIDF 35, à l’issue de la conférence. C’est désormais un acteur reconnu dans la lutte pour les droits des femmes et aujourd’hui, se dire féministes n’est plus un problème pour ses représentantes, bien au contraire !

Geneviève ROY  21 mars 2018

http://www.breizhfemmes.fr

Pour aller plus loin : cet épisode ainsi que toutes les luttes des femmes à Rennes dans les années 1965/1985 sont décrites par Lydie Porée et Patricia Godard dans leur ouvrage « Les femmes s’en vont en lutte » (éditions Goater – 2014)

Lire aussi:

Une féministe « en évolution » (Planning Rennes)

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