15 mars 2018 ~ 0 Commentaire

paulu orsoni (corse matin)

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L’indépendantiste corse qui a participé à la création de la première armée républicaine irlandaise (IRA)

Un personnage resté longtemps dans l’ombre. Mais que Joritz Larraza a décidé de replonger dans la lumière. Qui est Paulu Orsoni ? Indépendantiste avant l’heure engagé en Corse, notamment dans le journal A Muvra, il a également fait partie des fondateurs de la «vieille IRA» (Armée républicaine irlandaise) et a même combattu l’armée française sur les côtes du Rif, aux côtés d’Abdelkrim, où il perdra finalement la vie.

À travers les nombreuses recherches menées dans le cadre de son mémoire de master, Joritz Larraza a pu retrouver un extrait de naissance, fixant la venue au monde de ce personnage méconnu le 24 septembre 1889 à Bastia. «Son père était maçon et sa mère femme au foyer, retrace-t-il. Il est parti à l’étranger pour gagner sa vie. Il a fait partie du conseil administratif maritime de Gênes.

Puis, lors de la Première guerre mondiale, il s’engage dans la Légion étrangère, est blessé trois fois et reçoit cinq citations. On pense qu’il a rejoint l’Irlande en 1918 car on en trouve aucune trace de lui lors de l’insurrection de Pâques en 1916.»

Après l’IRA il s’engage pour la Corse

Joritz Larraza retrouve la trace de Paulu Orsoni au sein des fondateurs de l’IRA, aux côtés de Michael Collins et Éamon de Valera. Puis, alors que la guerre civile débute en 1922, il décide de rentrer en Corse. Où il passera quatre années. «De retour sur l’île, il se lie avec les frères Rocca, qui fondent la première revue corse : A Muvra, poursuit Joritz Larraza.

Dans ce journal, il écrira de nombreux articles. Il y dénonce le clanisme, la «voyou- cratie ajaccienne» comme il la nomme.» Pour preuve à l’appui, des dizaines d’articles retrouvés dans les archives régionales de Corse du Sud – Archiviu di u Pumonte, signés de son nom. «Il est profondément romantique, c’est un érudit, un poète, qui écrit aussi bien en corse qu’en français, avec humour, sur des projets de société, remarque le jeune homme. Il parle d’autonomie, d’agriculture, de politique. Il est favorable à la création d’une voie de chemin de fer entre Bastia et Bonifacio.

Avec les frères Rocca, va se créer le Partitu Corsu d’Azione, qui s’engagera pour la commé- moration de Ponte Novu. On parle de régionalisme à une époque où le nationalisme corse n’existait pas encore. C’est un avant-gardiste qui veut se montrer pragmatique et appelle à se reprendre en main économiquement.» Pourtant, Paulu Orsoni finira par se braquer contre les frères Rocca car, contrairement à eux, il prône la lutte armée. Il quittera A Muvra et le Parti Corse d’Azione. «Il était trop en avance sur son temps», commente Joritz Larraza.

Chef de bataillon d’Abdelkrim sur le Rif

L’étudiant en histoire retrouve alors sa trace en avril 1925 dans la guerre du Rif, au nord du Maroc, où Orsoni combat aux côtés d’Abdelkrim contre l’armée française, et notamment contre la légion étrangère, dont il avait fait partie par le passé. « Abdelkrim le nomme chef de batail- lon, reprend le jeune homme. Il meurt les armes à la main vers la fin juillet 1925, près de la ville de Taza. On ne sait pas où se trouve son corps mais on peut supposer qu’il a été enterré dans une fosse commune. Il a certainement été déchu de sa nationalité française.»

Ce qui pourrait expliquer les difficultés auxquelles s’est heurté Joritz Larraza pour retrouver sa trace. Cependant, un article paru dans A Muvra, signé «Pasquale Manfredi» – «qui était un des nombreux pseudonymes de Petru Rocca» – rendra hommage à cet «anzianu cumpagnu di fede», «di babbu pumunticu è di mamma curtinese », «natu in Bastia» qui «avìa fattu i so studii in Aiacciu ».

De nombreuses informations sur sa vie sont condensées dans un unique article de presse. La guerre de 14-18, l’Irlande et sa mort. Une lettre d’un ami à Londres apprend à Petru Rocca que Paulu Orsoni, parti à Tanger le mois d’avril précédent, avait offert ses servi- ces à Abdelkrim. Il y reconnaît que «Paulu Orsoni hè mortu pè e so idee». Avant de saluer «a memoria di u nostru cumpatriottu è anzianu cumpagnu di fede». «Un proverbe rifain affirme que : La mort d’un homme sur le chemin du droit n’est pas la mort, mais l’immortalité », conclut le jeune homme. Cette immortalité, c’est ce qu’aimerait offrir Joritz Larraza à Paulu Orsoni. En levant le voiles qui obscurcit son incroyable destin.

Une bouteille à la mer pour étoffer ses recherches

Les premiers indices de l’existence de Paulu Orsoni arrivent de manière fortuite, autour d’une tasse de café. « Une connaissance avait évoqué, de manière évasive, la présence d’un Corse dans les rangs de l’IRA au début du 20è siècle, raconte Joritz Larraza, guide conférencier de 29 ans originaire du Pays basque, qui vient de terminer un master d’Histoire à l’université de Corse. Je n’avais pas de nom et sans preuve de son existence, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’affabulations.

Puis, en octobre 2017, alors que mes camarades et moi effectuions une grève de la faim, je me retrouve à lire le livre Avanzà ! de Jean-Guy Talamoni. Et là, à la page 51, je découvre enfin le nom de ce Corse, écrit noir sur blanc ! » Paulu Orsoni.

Joritz Larraza tente de faire des recherches sur le personnage, mais celles-ci sont peu fructueuses. Jusqu’à la découverte d’un article de Denis Luciani dans l’Encyclopédie de la Corse qui le renvoie à un ouvrage rédigé par le défunt historien et linguiste Yacinthe Yvia Croce. Là, il en apprend un peu plus et décide de mener des recherches sur ce personnage oublié dans le cadre de son mémoire de master en histoire. Documentation fragmentaire, parfois erronée : les recherches s’avèrent difficiles.

Finalement, en réalisant un travail de fourmi, aux archives d’Ajaccio, de Bastia et Corte, ainsi qu’à travers des contacts à l’étranger, il réussira à retisser une partie de l’histoire de ce «Che Guevara avant l’heure». Mais des «zones d’ombre subsistent». C’est pourquoi Joritz Larraza envoie «une bouteille à la mer» : «Je voudrais vraiment réhabiliter ce héros de roman. C’est pourquoi je lance un avis de recherche : si des gens ont des informations, des photos de Paulu Orsoni, je leur demande de bien vouloir me contacter.»

14 mars 2018

https://www.corsematin.com/

Contact : 06.73.93.07.06. ou  joritz.larranza@gmail.com

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