10 mars 2018 ~ 0 Commentaire

alain krivine (le parisien)

krikri

Alain Krivine : «Le mouvement de Mai 68 n’avait pas de crédibilité politique»

A quoi aurait ressemblé la France d’après Mai 68 si la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), dont vous étiez l’un des leadeurs, avait pris le pouvoir ?

Alain Krivine Aucun de nous ne l’a envisagé. Tout simplement car ce n’était pas crédible. Il y a eu un espoir, une tentative de prise de pouvoir par Mitterrand et Mendès France, mais elle a échoué. S’est ensuivie la victoire des gaullistes en juin, à l’issue des législatives anticipées, et notre organisation a été interdite.

Avec la JCR, vous aviez néanmoins une ambition politique, un programme…

Et une perspective malheureusement jamais atteinte : l’auto-organisation du monde ouvrier à travers des collectifs et des comités dans les entreprises. Une coordination et des délégués élus auraient constitué une assemblée dirigeant le pays. Mais bien que le slogan « Le pouvoir aux travailleurs » ait été entonné par des milliers de personnes, nous n’avions absolument pas la capacité de mettre en place un tel système. Quand de Gaulle est parti, il y a pourtant eu un vide politique énorme, pendant une semaine. Il n’y avait plus d’Etat, et personne pour s’en emparer. C’est la grande carence de 68.

Vous ne vous êtes pas dit : « C’est le moment ou jamais ? »

On était réalistes. On ne savait pas où on allait, on savait où on n’allait pas. Notre organisation était très présente chez les jeunes et les étudiants, mais peu au sein du prolétariat. D’où cette absence de crédibilité politique, comme pour les trois leadeurs qu’étaient Geismar ( leadeur du syndicat de profs Snesup), Cohn-Bendit (figure libertaire) et Sauvageot (vice-président de l’Union nationale des étudiants de France, l’Unef ). Aucun ne pouvait être candidat au pouvoir.

Comment vous positionniez-vous par rapport à ce trio ?

Tous les soirs, il y avait un rassemblement à Denfert-Rochereau. Excellent orateur, Cohn- Bendit  avait le micro, et nous tenions le service d’ordre. C’étaient les deux forces structurées du mouvement.

Avec des objectifs identiques ?

Cohn-Bendit était moins organisé, peut-être aussi moins politisé que nous. C’était un libertaire, et on avait déjà des différences. A Nanterre, il était en débat permanent avec Daniel Bensaïd, un des responsables de la JCR, sur le sens des assemblées générales. Nous étions pour des délégués élus et révocables, alors qu’il était favorable à un système d’assemblées qui ne donnait pas grand-chose.

De quoi entraver votre efficacité ?

Une réunion se tenait tous les jours au siège de l’Unef. On y discutait de ce qu’on ferait le lendemain. S’il a pu y avoir des débats sur la structuration du mouvement, le manque de candidat et de structure crédible nous renvoyait à un problème récurrent. Tous les mouve- ments ayant eu, depuis 1968, des échos de masse (zapatistes au Mexique, Podemos en Espagne, Syriza en Grèce) ont échoué sur le rapport au pouvoir. Est-ce qu’on le prend ? Qu’en fait-on ? Va-t-il nous manger ? Peut-on l’ignorer ? Ces questions demeurent. Elles ne se posaient même pas en 68 !

Cheville ouvrière de Mai 68, le fondateur de la Jeunesse communiste révolutionnaire, aujour- d’hui âgé de 76 ans, a gardé sa ligne politique. Selon lui, l’absence de préparation à l’exercice du pouvoir a été le maillon faible du mouvement.

Brice Perrier 09 mars 2018

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