09 mars 2018 ~ 0 Commentaire

pesticides (dossier radio canada)

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Une étude québécoise illustre l’effet des pesticides « tueurs d’abeilles » sur les femmes

Plusieurs recherches se sont penchées sur la toxicité des néonicotinoïdes pour les abeilles, mais presque aucune en ce qui concerne les humains. Pour une des premières fois dans le monde, une étude de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) propose une compréhension de leur impact potentiel sur la santé.

Élyse Caron-Beaudoin a consacré les cinq dernières années aux effets de ces insecticides les plus vendus dans le monde sur la santé humaine. Ses plus récents résultats d’étude seront prochainement publiés dans la revue scientifique Environmental Health Perspectives. « À notre connaissance, on est les premiers à émettre un avertissement sur l’effet des néonics comme perturbateurs endocriniens chez l’humain », explique la chercheuse postdoctorante, qui a travaillé au sein du laboratoire de Thomas Sanderson, de l’INRS-Institut Armand-Frappier. « On lève un drapeau rouge, dit-elle. Ces études auraient dû être faites avant d’autoriser l’utilisation de ces produits. »

Effets sur les femmes enceintes

Les chercheurs québécois ont utilisé en laboratoire un outil qui mime la relation cellulaire entre le fœtus et le placenta. Ils l’ont ensuite soumis à des concentrations de néonicotinoïdes similaires à ce qui a été mesuré dans l’environnement des régions agricoles.

Leurs résultats démontrent que la présence des néonics a perturbé la production d’oestro- gènes. Or, rappelle Élyse Caron-Beaudoin, « pendant la grossesse, tout est une question d’équilibre. Une perturbation de la production d’oestrogènes de la femme enceinte, c’est associé à des problèmes de santé : plus petit poids du bébé à la naissance ou plus petite circonférence de la tête. » Les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables à l’exposition aux contaminants dans l’environnement. La barrière du placenta n’est pas imperméable, le fœtus n’a pas la protection.

Effets sur les femmes atteintes d’un cancer du sein

Plus des deux tiers des cancers du sein sont d’origine hormonale. Les traitements consistent souvent à tenter de freiner la production d’oestrogènes, par exemple chez des femmes méno- pausées. Or, les résultats de l’étude menée dans le laboratoire de l’INRS montrent que des concentrations assez faibles de néonicotinoïdes ont eu pour effet d’augmenter la production de l’aromatase, une enzyme clé dans la production d’oestrogènes. « Plus il y a production d’oestrogènes, plus les cellules vont se diviser et donc plus le cancer peut se développer rapidement », explique Élyse Caron-Beaudoin.

Des effets, mais pas nécessairement des risques

La chercheuse précise que « ce n’est pas parce qu’on est exposé à un contaminant qu’il y a un risque [pour la santé]; cela dépend surtout des niveaux d’exposition ». Par ailleurs, elle expli- que qu’un effet constaté en laboratoire sur un processus cellulaire pourrait varier si l’on tient compte du corps complet d’une femme et de toute la complexité de notre organisme. Elle encourage le gouvernement fédéral à combiner ces résultats avec des études plus larges, menées sur des animaux, et des études épidémiologiques.

Élyse Caron-Beaudoin regrette que la recherche « travaille à reculons ». « On étudie les effets des composés qui sont déjà sur le marché. Et quand on termine nos études, l’industrie a déjà mis sur le marché les composés qui les remplacent. » On aimerait inculquer le principe de précaution dans le processus d’homologation des pesticides.

Une autre lacune de notre système soulevée par la chercheuse, c’est que la recherche teste souvent un pesticide à la fois, et que tester la combinaison de plusieurs contaminants repré- sente un défi, surtout en raison d’un manque de ressources. « La réalité, c’est que la popu- lation humaine est exposée à une myriade de contaminants différents, en mélange, en combi- naison. Et dans une optique d’analyse du risque, l’idéal serait d’évaluer les effets et la toxicité des mélanges de ces contaminants. »

Des insecticides présents partout dans l’environnement

On retrouve les néonicotinoïdes dans 99 % des champs de maïs et de canola et dans la moitié des cultures de soya du Québec. En plus des pollinisateurs, comme les abeilles, ils menacent aussi les vers de terre, les oiseaux et les poissons. Le ministère de l’Environnement du Québec en a retrouvé dans la totalité de ses analyses de cours d’eau agricoles, et les critères de qualité de l’eau étaient dépassés dans 99 % des cas. Ces insecticides ont récemment été retrouvés dans le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs. Une étude publiée dans la revue scientifique Science, en octobre 2017, avait démontré la présence de ces pesticides dans 86 % des miels en Amérique du Nord.

Le Québec ne veut pas les bannir

Même si leur impact a été amplement démontré et que leur utilité pour le rendement des produtions agricoles est remise en question, le gouvernement du Québec n’envisage toujours pas de bannir les néonicotinoïdes. Le ministère de l’Environnement a plutôt choisi de contrôler et de resserrer les conditions de leur utilisation, par le biais d’une nouvelle réglementation dévoilée le mois dernier.

« Le gouvernement fédéral [Santé Canada] est responsable de l’homologation des pesticides, précise par courriel le porte-parole du ministère de l’Environnement du Québec, Clément Falardeau. Santé Canada est actuellement à réévaluer les néonicotinoïdes. Ces réévaluations pourraient conduire à un retrait de ces pesticides dans les prochaines années. » Le gouver-nement fédéral précise de son côté qu’une province a tout à fait le droit d’interdire l’usage de pesticides sur son territoire, sans attendre une décision d’Ottawa.

Thomas Gerbet  mercredi 7 mars 2018

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Commentaire:

Qui commande en fait? Les états et leur grande gueule, ou les grandes compagnies? On ne peut étudier la dangerosité des pesticides qu’après leur mise sur le marché, sans étudier l’effet de « cocktail » et quand çà arrive, cela fait belle lurette que les produits ont été remplacés!

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