08 mars 2018 ~ 1 Commentaire

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Grèves : la CGT n’a plus l’entrain de 1995

Entre désunion syndicale et affaiblissement de la CGT, une grève longue et massive comme en 1995 n’est pas certaine.

Un printemps 2018 en forme d’automne 1995?

De l’aveu même de certains dirigeants de la CGT, une France paralysée serait « un pur fantasme ». Certes la réforme ferroviaire ne les ravit guère, et les organisations syndicales l’ont rappelé lundi à la ministre des Transports, Elisabeth Borne, lors d’une réunion multilatérale.

« On est gonflés à bloc, la réponse sera à la hauteur de l’attaque », menaçait mercredi sur France 2 Philippe Martinez. Mais on ne voit encore rien venir hormis la mobilisation du 22 mars, qui concernait initialement la fonction publique et à laquelle se sont greffés les cheminots. Le secrétaire général de la CGT a annoncé ce ralliement lui-même. C’est l’une des différences avec les cortèges de 1995 : la personnification du conflit autour du leader de la confédération.

« A l’époque, la fédération était très autonome, jamais on n’aurait vu des déclarations de Louis ­Viannet [no 1 de la CGT de 1992 à 1999] comme celles de Philippe ­Martinez aujourd’hui, confie un ­ancien conseiller de l’Elysée. C’est elle qui a fait partir le mouvement, avec la base trotskiste. » ( Hallucinant! Note du blog!) C’est Bernard Thibault, porte-voix des cheminots en colère, qui monopolisait alors les caméras.

Mais depuis, la CGT a perdu de sa superbe. Quand elle caracolait il y a deux décennies à 46% des suffrages aux élections au comité d’entreprise de la SNCF, aujourd’hui elle pèse péniblement 34%. Dans le même temps, SUD Rail, né de la scission avec la CFDT et égale- ment sur une ligne dure, est venu marcher sur ses plates-bandes. Son audience a triplé en l’espace de vingt ans, même si eux aussi peinent à faire le plein. Car la SNCF recrute aujour- d’hui sur des postes plus qualifiés, plus jeunes, là où le syndicalisme traditionnel a peu de prise. Les réformateurs (Unsa et CFDT) s’imposent.

Moins puissante, la CGT est aussi plus isolée. Le « syndicalisme rassemblé » cher à Viannet a été remis en question par ­Martinez. Persuadé que la somme des ­mécontentements fera caisse de résonance, lui croit en la convergence des luttes. Le 22 mars, il y aura ainsi deux cortèges : fonction publique et cheminots. Le commerce défilera aussi. Le 15, les personnels des Ehpad cesseront le travail. Une mobilisation interprofessionnelle est même envisagée après la journée du 22. De quoi donner un sentiment de ras-le-bol généralisé. « On ne veut pas de grève par procuration. On n’aura pas de badge ‘tous cheminots’, explique Fabrice Angéi, secrétaire confédéral de la CGT. Chaque profession a ses raisons de mécontentement. Charge à nous de veiller à leur articulation. »

Macron n’ouvre pas tous les fronts en même temps

Le succès est pourtant rarement au coin de la rue. « 1995, c’est la dernière grande victoire syndicale nationale, rappelle Stéphane Sirot, spécialiste des relations sociales. Depuis, les confédérations se sont dévitalisées. Lutter avec les autres ne produit plus rien, alors que construire sa propre forteresse peut être plus efficace. »

La mise en place du service minimum et le non-­paiement des jours de grève quand par le passé leur étalement ou leur effacement pouvait être négociés, freinent les ardeurs. « Les gars ne sont pas du tout prêts à partir pour un mois de grève! », prévient un militant de SUD Rail. Cela explique la prudence des élus à sortir les braseros.

Réunis en interfédérale, les quatre syndicats se sont donné jusqu’au 15 mars, au lendemain de la présentation du projet de loi d’habilitation à réformer la SNCF par ordonnan- ces, avant d’arrêter une nouvelle date de grève. Mais cette unité n’est que de façade. La poignée de main entre Louis Viannet et Marc Blondel (FO), scellant la réconciliation des deux centrales ennemies en 1995, est un lointain souvenir. Désormais, les syndicats avancent en ordre dispersé. Entre la CGT Cheminots et SUD Rail, les relations sont tendues. « Les deux leaders se détestent, la CGT se soucie plus de conserver ses élus et ses moyens que de défendre les agents, tacle un opposant. Or, vu son audience, elle a besoin des autres pour peser. »

Le contexte politique, avec une gauche affaiblie et une majorité droite dans ses bottes, rend les mobilisations aléatoires. « Jacques Chirac s’était fait élire sur la fracture sociale, et quelques mois après il lançait une politique d’austérité et le plan Juppé, rappelle Stéphane Sirot. Emmanuel Macron a annoncé la couleur dès le départ. » Pour le moment, il a le soutien de l’opinion publique, qui voit le statut des cheminots comme une relique. Son habileté est là : multiplier les fronts sans les ouvrir tous en même temps – la réforme des retraites est renvoyée à 2019 tout comme la fermeture des petites lignes de la SNCF. Le gouvernement Chirac, lui, avait fait un tir groupé. Qui a tout fait exploser.

Emmanuelle Souffi 7 mars 2018

http://www.lejdd.fr/

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Lire aussi:

A la CGT, « une sorte de dépression collective »(JDD)

Contre le poison de la division, tous cheminotEs ! (NPA)

Matraquage médiatique contre les cheminotEs et le service public (NPA)

Contre la réforme de la SNCF et son monde (Tendance Claire)

Après le passage apprécié d’Olivier Besancenot à « On n’est pas couché » : nous devons formuler des propositions pour gagner ! (Tendance Claire)

Sur Acrimed la série d’articles consacrés à la « réforme de la SNCF » :

Réforme de la SNCF (1) : premiers tirs de barrage médiatiques

Réforme de la SNCF (2) : débats télévisés ou guets-apens pour syndicalistes ?

Réforme de la SNCF (3) : quand les « Grandes Gueules » s’en mêlent

Réforme de la SNCF (4) : les matinales radio à l’unisson contre la grève 

 

 

 

Une réponse à “grèves (jdd)”

  1. 005aveccheminots004 27 mars 2018 à 16 h 40 min

    M. le premier Ministre vient de réaffirmer et de confirmer la fin du statut des cheminots ainsi que du recours aux ordonnances (procédé pour le moins discutable car fort peu démocratique)pour imposer rapidement la « réforme » de la SNCF.Dans le même temps le pouvoir exécutif ne cesse de dire sur tous les tons son intention « affichée » de négocier au moyen d’une soixantaine de consultations….A l’évidence il y a un problème :négocier ne consiste pas à décider puis « discuter » ou « bavarder ».Négocier c’est ouvrir le débat,le dialogue dans le but de trouver des solutions négociées.Le pouvoir exécutif entend donc organiser une parodie de négociation:cela n’est pas acceptable.Les réformes nécessaires de la SNCF doivent permettre de mettre en place un grand service ferroviaire d’avenir (prenant en compte les TER ainsi que le fret)et non pas de le liquider.C’est aussi l’affaire des Français,des usagers,de tous ceux qui sont attachés à un service ferroviaire de qualité.Liquider la SNCF serait dramatique pour la France.Ne laissons pas ce gouvernement insulter l’avenir.


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