06 mars 2018 ~ 0 Commentaire

armes usa (à l’encontre.ch)

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(…) Un sondage récent a démontré que parmi les nombreuses mesures de contrôle des armes, celle qui reçoit le soutien le plus ample est celle qui propose une législation visant à «empêcher les criminels condamnés et ceux atteints de problèmes psychiques de posséder des armes».

De telles lois n’empêcheront pas des Nikolas Cruz [l’assassin de Parkland] et d’autres tueurs de masse d’accéder à une arme. Mais, eu égard à la nature indéniablement raciste du système pénal, les gens de couleur seront frappés d’interdit d’une manière disproportionnée.

Les socialistes peuvent – et je crois qu’ils devraient le faire – également soutenir l’interdiction de fabriquer des armes telles que le fusil semi-automatique AR-15, bien que nous devrions être clair qu’il s’agirait là plus d’une victoire culturelle que d’une mesure qui réduirait réellement le nombre d’armes, à court terme pour le moins. L’effet immédiat que l’interdiction d’un fusil soit prise en compte et adoptée aura probablement pour effet que des millions d’AR-15 seront achetés avant que l’interdiction n’entre en vigueur.

Une interdiction pourrait même conduire à une augmentation des tueries comme conséquence de l’intensification de la rhétorique des Wayne LaPierre [écrivain et vice-président exécutif de la NRA depuis 1991] et compagnie, ce qui souligne que ce qu’il faut, ce n’est pas seulement une législation sur les armes, mais un mouvement politique contre le fondamentalisme des armes.

Nous devons aussi nous opposer à ce qui sera vraisemblablement une tentative de tourner la souffrance et la colère des étudiants de Parkland en faveur de l’attribution de pouvoirs accrus à la police.

«Un grand nombre de commentateurs, qui devraient être plus avisés, oublient facilement que l’Assault Weapons Ban [l’interdiction d’armes d’assaut] de 1994 était simplement une sous- section du Violent Crime Control and Law Enforcement Act [Loi sur le contrôle des crimes violents et du maintien de l’ordre] rédigée par Joe Biden [vice-président de 2009 à 2017] et approuvée par Clinton. Cette législation allouait 9,7 milliards de dollars pour la construction de nouvelles prisons et attribuait de l’argent aux Etats afin qu’ils poursuivent des lignes directrices plus dures tout en supprimant les programmes éducatifs des prisons, en d’autres termes, rédiger un chèque en blanc assurant que le New Jim Crow fasse son entrée dans le 21è siècle.»

Nous devons non seulement affirmer que la répression et la criminalisation de la part de l’Etat ne sont pas une solution à la violence des armes; nous devons dire qu’elles font en réalité partie de cette violence, et que le mouvement devrait se battre afin de supprimer l’emprison- nement de masse [plus de deux millions aux Etats-Unis] et la militarisation des polices.

Il y a, bien entendu, de nombreuses autres revendications que les socialistes peu- vent amener à la discussion: d’une réduction des dépenses militaires afin de financer des programmes de santé publique en passant par la suppression du programme de sécurité scolaire de la NRA. Mais, en dernière instance, les revendications qui prendront au sein du mouvement seront un reflet de la vigueur des forces sociales qui le composent.

Des milliers de personnes ordinaires ont passé de nombreuses années à lutter contre la violence des armes, mais pour une bonne part de cette période, la politique du contrôle des armes a été dominée par des gens tels que le milliardaire Michael Bloomberg qui a tiré parti de son mandat de maire de New York pour promouvoir le contrôle des armes, alors même que les forces de police sous son autorité employaient leurs armes dans leur pratique quotidienne de fouilles sur la base d’un délit de faciès [stop and frisk] de milliers de jeunes de couleur. Si des gens comme Bloomberg et des chefs de police dans des grandes villes continuent à être la voix principale dans le débat sur la violence des armes, le même cycle frustrant va se reproduire.

Le débat restera polarisé entre l’aile droite dure des fondamentalistes des armes, d’un côté, et, de l’autre, l’élite «centriste», dont la réponse à chaque question sera d’accroître les attributions de la police, et qui sont déterminés à empêcher que soient soule- vées des questions plus profondes quant aux racines de la violence. Au sein de ce chœur, la NRA sera dénoncée continuellement alors que le Pentagone ne sera jamais mentionné. Des articles d’opinion déclareront que les fusils d’assaut appartiennent au champ de bataille, et non au sol de la patrie, tout en ignorant le fait que les armes toujours plus puissantes que l’on retrouve dans nos quartiers sont simplement la version locale des modèles demandés par les généraux afin d’infliger le plus grand nombre de victimes contre les gens en Afghanistan.

Nous devons, au contraire, tout faire pour que les rassemblements contre la violence des armes soient dirigés, ou pour le moins comprennent,  par ceux qui sont le plus familiers avec la violence américaine et le fait que les forces de l’ordre n’empêchent pas celle-ci, mais qu’au contraire elles y contribuent. Cela signifie revendiquer la présence d’activistes du Movement for Black Lives Matter, les défenseurs de l’eau de Standing Rock [contre le pipeline qui pollue les terres], ainsi que des activistes luttant contre les viols et les violences «conjugales», pour ne mentionner que quelques exemples.

Si un mouvement authentique contre l’adoration des armes, partant de la base, se développe dans ce pays, cela demandera du temps pour permettre à ces débats de venir à maturité. Les socialistes devraient se mettre d’accord sur le fait qu’en même temps que l’on met en avant notre approche, nous devons aussi écouter et apprendre de ceux et celles qui manifestent avec nous.

Un point sur lequel nous pouvons apporter une contribution, c’est une perspective sur le long terme – autant par rapport au passé qu’en ce qui concerne l’avenir. Des siècles de violence – contre les Amérindiens, les Africains mis en esclavage, les grévistes, etc. – ont contribué au fait que les Américains possèdent plus d’armes que dans n’importe quel autre pays. C’est aussi la raison principale qui explique pourquoi ces armes seront aussi difficiles à effacer que cette histoire.

Un grand nombre de gens indiquent avec espoir l’exemple de l’Australie, pays qui a répondu, en 1996, à une tuerie en adoptant de nouveaux critères en matière d’attente et de permis – et, aspect le plus célèbre, a mis en œuvre un programme de rachat qui a créé la possibilité «d’acheter et détruire plus de 600’000 armes à feu civiles, au cœur d’un programme qui a coûté un demi-milliard de dollars et a été financé par une hausse d’impôts», selon l’article d’Uri Friedman écrit pour Atlantic. Malheureusement, un tel programme ne se transfère pas aussi aisément aux Etats-Unis. Pour citer à nouveau Patrick Blanchifield:  

«Au cours de la saison de shopping 2015, les Américains ont acheté trois fois plus d’armes que ce qui a été collecté pendant une année dans toute l’Australie pendant le programme de rachat de 1995-96. Le coût de mise en œuvre d’un programme similaire pour les Etats-Unis – si l’on considère uniquement les dépenses d’achat qu’il implique, excluant le coût d’application pour les inévitables cas de non-respect, pourrait, en outre, aisément dépasser 100 milliards de dollars.»

Voilà pour la mauvaise nouvelle.

La bonne nouvelle est la réaction des camarades de classe des victimes de Parkland ainsi que des étudiant·e·s dans tout le pays. Les débrayages dans les écoles montrent qu’une nouvelle génération – dont l’adolescence a été rythmée d’exercices de confinement en cas de tuerie – demande avec raison des comptes aux responsables des écoles et aux politiciens pour l’épidémie de tueries.

Un jeune mouvement de protestation a le potentiel de changer l’équation dans le débat sur les armes en ouvrant un nouvel espace permettant de bâtir une alternative de gauche, une alternative qui considère qu’il y a plus de similitudes que de différences entre la NRA et le FBI, et qui exige que la violence des armes soit mise en rapport avec le racisme et l’impérialisme américains.

Les socialistes doivent débattre de leur approche sur des questions générales ainsi que sur des propositions spécifiques – mais nous savons bien qu’il est nécessaire que nous participions aux tentatives visant à bâtir cette aile gauche.

(Article publié sur SocialistWorker.org le 27 février 2018, traduction A l’Encontre)

http://alencontre.org/

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