10 février 2018 ~ 0 Commentaire

mai 68 (médiapart)

mai 1968

Évoquer Mai 68 dont on a été un des acteurs en tant que communiste expose à céder à la nostalgie d’un temps révolu. Alors plutôt que de témoigner, je saisis l’occasion pour faire part de réflexions que cet événement m’inspire cinquante ans après.

Pour entendre les remarques qui vont suivre il faut préciser d’où parle votre locuteur. Né dans un milieu qui ne prédisposait pas à l’engagement militant, il adhère au PCF, via l’UEC, en 60, pour donner une dimension politique à son combat humaniste pour une Algérie indépendant. Depuis 63, date à laquelle il est recruté comme assistant à l’université, il fait partie d’une des plus importantes sections de Villeurbanne (Rhône) dans laquelle les ouvriers sont nombreux. En cinq ans, il a eu le temps de découvrir l’intelligence, la pugnacité et la fraternité de ces militants. C’est en partie auprès d’eux qu’il a fait Mai 68, partageant son temps entre les piquets de grève des usines occupés et les assemblées de personnels et étudiants qui se tenaient à l’université Claude Bernard.

Le contexte avant 68

Plusieurs éléments s’entrecroisent. Durant la période 54-62, le PCF a été au premier rang dans la lutte pour la paix en Algérie. Cette ligne lui a valu beaucoup de critiques acerbes de la part d’organisations, essentiellement composées d’intellectuels et d’étudiants, qui en appelaient au soutien ouvert au FLN.

Il est une force électorale incontournable (21,8% aux aux législatives de 62 et 22,5 à celles de 67) qui le conforte dans sa stratégie conçue depuis longtemps d’union des forces de gauche autour d’un programme commun. En 56, cette ligne, lui avait fait commettre une grave erreur, celle du vote des pouvoirs spéciaux au gouvernement Mollet.

Il prône aussi le passage pacifique au socialisme, par la voie électorale. Du coup, il subit les pires anathèmes de la part de ceux qu’il qualifie de gauchistes « staliniens, réformistes, révi- sionnistes, bureaucrates…». Pour lui, conformément à la ligne léniniste traditionnelle, le gau- chisme est une maladie infantile du communisme et les mouvements de ce type, en particulier la JCR trotskyste crée en 66, sont cloués au pilori.

Pour lui, en conformité avec la théorie de la dictature du prolétariat, la classe dirigeante est la classe ouvrière et , les intellectuels jouent un rôle important à condition de ce mettre à son service. Au début des années soixante, des luttes ouvrières et paysannes sont nombreuses mais dispersées. Pour le PCF qui les soutient, elles ne peuvent que conforter sa stratégie politique pour « un gouvernement populaire d’union démocratique ».

L’explosion de Mai 68

Dans ce contexte, les évènements de mai 68 prend le PCF de court. La mèche a été allumée dans le milieu étudiant et les organisations trotskystes, anarchistes, psuistes et maoïstes qui en sont issues, ont été immédiatement sur le pied de guerre.

Elles avaient saisi qu’une partie des étudiants réagissait contre les formes les plus surannées de l’ordre social. Certes la mise en cause de l’exploitation capitaliste n’était pas la priorité mais les étudiants, issus dans leur très grande majorité des couches moyennes, n’y étaient pas préparés. Par contre, ces jeunes mettaient en cause l’autorité, la hiérarchie, le pouvoir, l’ordre, la propagande, le mandarinat…

La répression policière aidant, tout cela était confus, outranciers mais aurait peut-être débou- ché sur des prises de conscience si les communistes avaient bien voulu s’en mêler et se con- fronter sur le terrain avec les gauchistes. Il a préféré condamner sans nuance ces « aven- turiers irresponsables» , se coupant ainsi de la masse des étudiants, rejoints par de jeunes ouvriers. Lorsque les grèves et les occupations d’usine se sont déclarées, le PCF s’est retrouvé sur un terrain familier et y a engagé toutes ses forces. Mais, cette nouvelle situation où la classe ouvrière reprenait la main ne l’a pas plus incité à renouer avec la jeunesse protestataire, bien au contraire même. Ce divorce lui aura coûté très cher et pour longtemps.

https://blogs.mediapart.fr/

Commentaire du blogueur:

C’est l’explication la plus « avancée » des explications disponibles parmi les membres du PCF. Elle ne tient pas compte évidemment du contexte international de montée de la révolution non contrôlée par Moscou, sur plusieurs continents. La lutte pour la « Paix » était dépassée, la victoire était possible. La jeunesse des pays de l’est et du tiers monde en faisait autant (et là pas besoin de gauchistes issus des classes aisées!). Les PC avaient bien un rôle de contre-feu!

La montée des luttes ne datait pas de Mai 68, mais du signal de la victoire de Cuba en 1959 et de la victoire du FNL algérien en 1962. Les années 60 en France sont pleines de grèves de jeunes ouvrierEs sans peur des patrons (peu de chômage: une leçon qui a été retenue!) et peu encadrés par les « syndicats responsables ».

La vraie raison de l’immobilisme n’était pas psychologique, mais politique: le PC et la caste de l’URSS, n’avaient pas besoin de ces luttes, de mauvais exemples! Engagés dans la coexis- tence pacifique avec les USA, ils se contentaient de défendre le partage du monde fait à Yalta en 1944. Les camarades n’aiment pas qu’on le leur dise: mais leur engagement consistait à défendre la politique extérieure de l’URSS! Les gauchistes, les vietnamiens, le « Che », la jeunesse, les femmes et la classe ouvrière remettaient en cause une stabilité que les PC et leurs politiques défendaient. D’ailleurs en 1981, les « vrais » partisans de Moscou appelèrent au vote « révolutionnaire » contre Mitterrand candidat des USA et à voter Giscard, candidat des russes!

Un slogan gauchiste de cette époque:

« Nixon à Pékin, rien n’arrête les vietnamiens!

Nixon à Moscou, l’offensive s’étend partout! »

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