08 février 2018 ~ 0 Commentaire

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Violences sexistes : « Tout notre vocabulaire est à revoir »

Après les aveux de son client, qui a reconnu mardi le meurtre d’Alexia Daval, l’avocat de Jonathann Daval a évoqué un drame, un accident, un jeune homme écrasé par son épouse.

En cela, il fait son travail. Mais la reprise de ses propos sans distance dans les médias pose question. Le sujet des violences faites aux femmes, et l’homicide en est clairement une, est souvent mal traité parce qu’on ne réfléchit pas suffisamment aux mots utilisés. Pourquoi, à la place de « Drame familial dans l’Aube, une femme poignardée », devrait-on écrire « Dans l’Aube, une femme a été poignardée à mort par son mari »?

Un drame, c’est un événement tragique qui peut aussi bien être un accident qu’une catastrophe naturelle.

Dans le cas d’un meurtre, il y a une victime, qui a été tuée, et un meurtrier. Drame, ce n’est le prénom de personne. Ce n’est pas « Drame » qui a pris un couteau et poignardé une mère de famille. Ce mot fait partie des automatismes de langage, mais ce n’est pas parce que c’est une expression convenue que c’est une expression neutre. Au contraire. Son emploi dénature les faits en donnant l’impression d’une fatalité, qu’il n’y a pas vraiment de coupable et que tout le monde est victime. Le drame déresponsabilise le coupable.

Or, si on veut lutter contre ces violences, il faut cesser à la fois de les minimiser et de les considérer comme inévitables.

Cela s’appelle un homicide. C’est tout simplement la qualification légale des actes. Il faut dire correctement les choses même si c’est violent

Une « dispute conjugale » ne tourne pas mal quand un membre du couple étrangle l’autre à mains nues. Cela s’appelle un homicide.

C’est tout simplement la qualification légale des actes. Il faut dire correctement les choses même si c’est violent, justement parce que c’est violent, parce que la réalité de ces affaires est violente et que les formules comme « tourne mal », « dégénère », « drame », « triste fin » jettent un voile pudique sur le réel et rendent acceptable ce qui ne devrait jamais l’être.

Je me souviens d’un titre dans la presse, il y a quelques mois : « Un père de famille se suicide au volant avec ses deux enfants. » Ce titre choisissait de mettre en avant le suicide. Mais on aurait aussi bien pu titrer sur un père qui avait tué ses deux enfants.

Ce n’est pas « un amoureux éconduit qui craque », mais un homme qui tue une femme parce qu’elle lui a dit non.

On n’est pas jugé pour des « gestes déplacés » mais pour une agression sexuelle. Aux assises, il n’y a pas de « papy trop câlin » ou de « grand-père pervers », mais des individus poursuivis pour pédophilie. Cet argument de l’amour tend lui aussi à déresponsabiliser le coupable. Finale- ment, c’est lui qui souffrait parce que l’autre ne l’aimait pas assez ou plus du tout

Tout notre vocabulaire est à revoir.

On ne tue pas, on ne viole pas, on n’agresse pas parce qu’on aime trop fort. A quel moment veut-on nous faire croire que l’amour s’exprimerait par le fait de détruire l’autre? Si l’on suit ce raisonnement, respecter celui ou celle qu’on aime, c’est ne pas l’aimer vraiment?

Cet argument de l’amour tend lui aussi à déresponsabiliser le coupable.

Finalement, c’est lui qui souffrait parce que l’autre ne l’aimait pas assez ou plus du tout. Et si son crime est motivé par l’amour, alors la victime, celle dont le corps a fini dans un drap mor- tuaire, est peut-être coupable de ne pas avoir su répondre à tant d’amour. Elle n’a pas su le rassurer, le calmer, trouver les bons mots. Comme si c’était à elle que revenait la responsabilité de sa propre mort. On oublie alors que le coupable est celui qui a pris un fusil, un couteau ou s’est contenté de ses mains nues pour passer à l’acte.

Dans certains films, ça semble facile de tuer. Je ne sais pas si ça l’est. Je ne sais pas pourquoi certains, à un moment, décident d’étrangler la personne qui leur fait face plutôt que de sortir de la maison. Mais tuer quelqu’un qui ne voulait pas mourir, ce n’est jamais un geste d’amour. C’est un acte de domination absolue.

Titiou Lecoq 6 février 2018

L’auteure et journaliste Titiou Lecoq revient sur le traitement médiatique de l’affaire Alexia Daval.

http://www.lejdd.fr/

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