03 février 2018 ~ 0 Commentaire

daniel guérin (émancipation)

congo

Un combat anti-colonialiste

C’est le sous-titre du livre de Daniel Guérin, Algérie 1954-1965, que les éditions Spartacus viennent de publier. Il s’agit en fait de textes réunis et ordonnés, dont la plupart avaient été publiés en 1979, dans « Quand l’Algérie s’insurgeai »t, aux éditions La pensée sauvage.

Alors que l’histoire des relations franco-algériennes pendant la période coloniale, la guerre d’indépendance puis la période post-coloniale, continue de diviser les opinions dans les deux pays, cette réédition, complétée d’autres écrits, constitue un apport précieux dans la bibliographie déjà abondante consacrée aux diverses facettes du conflit algérien.

Daniel Guérin, militant révolutionnaire

Par son œuvre et son parcours politique, Daniel Guérin (1904-1988) figure parmi les intellectuelLEs et témoins les plus importantEs de la gauche révolutionnaire française. Dès les années 30, il s’engage dans la tendance “Gauche Révolutionnaire” de la SFIO, animée par Marceau Pivert. Un voyage en Allemagne l’amène à publier son premier texte marquant, La peste brune , en 1933, qu’il complétera avec Fascisme et grand capital en 1936, deux livres qui font encore aujourd’hui référence.

Durant la guerre civile espagnole puis la Seconde guerre mondiale, il se rapproche des groupes trotskystes. À la fin des années 1950, son parcours politique le conduit dans les rangs des organisations libertaires et, s’affranchissant de tout sectarisme, il travaille à une tentative de synthèse entre anarchisme et marxisme. S’ouvre alors la période la plus féconde de son œuvre, avec de nombreux ouvrages qui ont fait date, comme La lutte des classes sous la Première République , en 1946, réédité en 1968, L’Anarchisme (1965, réédité plusieurs fois), ou encore Pour un marxisme libertaire , en 1969.

L’anticolonialisme a toujours été l’un des moteurs principaux de l’engagement de Daniel Guérin. Dès 1930, à la suite d’un voyage en Syrie et en Indochine, il se révolte contre les réalités coloniales. L’anticolonialisme occupe une place non négligeable dans sa longue bibliographie : il publie notamment Au service des colonisés en 1954, aux Éditions de Minuit, puis Les Antilles décolonisées en 1956.

Daniel Guérin et la guerre d’Algérie

C’est donc en intellectuel et militant, marxiste mais résolument anti-stalinien et donc très critique à l’égard des partis communistes, que Daniel Guérin suit de près les évolutions et composantes du mouvement nationaliste algérien. Cette réédition des textes réunis pour la plupart dans Quand l’Algérie s’insurgeait , complétée par d’autres de ses écrits pour en élargir la perspective, nous livre ainsi un témoignage précieux sur des faits et des acteurs de premier plan de l’insurrection algérienne, et aussi du mouvement anticolonialiste français de l’époque.

Nous suivons ainsi les débats et les errements du Comité France-Maghreb, animé par François Mauriac et Pierre Mendes-France, la tentative de la Fédération Communiste Libertaire et du Parti Communiste Internationaliste (ancêtre de la LCR note du blog)  pour impulser la constitution du comité de lutte contre la répression colonialiste, les efforts du Comité d’action des intellectuels, les constitutions de comités de soutien aux victimes de la répression, les divisions qui obèrent toute perspective d’unification efficace des forces anticolonialistes.

De nombreux textes nous font suivre aussi ses rencontres et ses échanges avec Mohammed Harbi et surtout Messali Hadj, dont il contribue à réhabiliter l’action. On ne s’étonnera donc pas d’y lire de nombreuses et virulentes critiques à l’encontre du FLN, du Parti Communiste Algérien, et aussi de la politique du Parti Communiste Français, qu’il juge déphasé. Nous voyons ainsi presque de l’intérieur se creuser le fossé qui sépare le MNA et le FLN, conduisant à des luttes fratricides.

Au-delà du conflit algérien

Les écrits réunis par les éditions Spartacus débordent largement du cadre chronologique du conflit algérien. Le corpus aborde d’abord la période 1930-1954, qui voit la gestation du mouvement national algérien. Viennent ensuite les textes qui éclairent le conflit proprement dit, où l’on peut distinguer les années 1954-1958, puis les années 1958-1962. Le livre se termine sur les premières années de l’indépendance algérienne et la construction du nouvel État. Daniel Guérin y développe une analyse très critique du régime qui se met en place avec Ben Bella, notamment dans la série d’articles publiés dans le journal Combat en 1964.

Avec ce livre, les éditions Spartacus nous proposent non seulement un témoignage précieux pour celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Algérie, mais aussi une contribution utile à l’histoire du mouvement anticolonialiste français. Dans son apport à la réhabilitation de Messali Hadj, il pourra être complété par la lecture des ouvrages de Jacques Simon.

Raymond Jousmet mercredi 31 janvier 2018

  • Daniel Guérin, Algérie 1954-1965. Un combat anticolonialiste , éditions Spartacus, Paris, novembre 2017, 250 p., 14 e.

À commander à l’EDMP (8, impasse Crozatier, Paris 12e, didier.mainchin@gmail.com 14 €)

http://www.emancipation.fr/

Lire aussi:

Daniel Guérin (Wikipédia)

Portrait d’un anarchiste : Daniel Guérin (Socialisme Libertaire)

Daniel Guérin, Bourgeois et bras-nus.

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