14 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

racisme (l’obs)

Immigration : que répondre à votre beau-frère qui croit au « grand remplace- ment » ? Flux, regroupement familial, natalité, métissage, islam… La réalité de l’immigration en chiffres.

Comme presque tous les ans, en plein réveillon, votre beau-frère Albert vous a resservi son traditionnel couplet sur les étrangers, la France qui n’est plus la France, le « grand remplace- ment » qui serait à l’œuvre. Cette année, Albert était particulièrement en forme, décomplexé par les propos de Laurent Wauquiez allant dans son sens.

Le « grand remplacement » ? C’est l’idée que, en raison de l’immigration, des populations minoritaires deviendraient bientôt majoritaires en France. Une thèse popularisée par l’écrivain Renaud Camus. Près de la moitié des Français y croient : 48% se disent d’accord avec l’affir- mation selon laquelle il existerait « un projet politique de remplacement d’une civilisation par une autre organisé délibérément par nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques », selon un sondage Ifop publié dimanche.

Vous l’aimez bien malgré tout, Albert, mais vous cherchez des éléments solides à lui opposer. Les voici, avec l’aide de deux spécialistes : le démographe Hervé Le Bras, auteur de « l’Age des migrations » (Autrement, 2017) et « Malaise dans l’identité » (Actes Sud, 2017), ainsi que Gérard Noiriel, historien de l’immigration, qui publie en 2018 « Une histoire populaire de la France » (Agone).

« Va dans certains quartiers, tu te rendras à l’évidence. »

C’est l’argument favori d’Albert. C’est aussi celui d’un jeune militant avec qui nous discutions lors d’un meeting de Marine Le Pen à Marseille, en avril. Variante plus récente, signée Laurent Wauquiez : « Je vous emmène à Saint-Etienne, on ira à Firminy. Et vous verrez rapidement que la réalité va vous sauter au visage. » (Le 28 octobre sur RTL)

La réponse : Dans la bouche de Wauquiez et consorts, ce n’est pas l’étranger qui pose problème, mais celui qui se voit, celui dont la présence est censée nous « sauter au visage ». Inutile de se cacher derrière son petit doigt, on ne parle donc pas ici des retraités britanniques. Mais des Arabes, des Asiatiques, des Noirs.

On voit d’emblée sur quel terrain nous invitent l’extrême droite et la droite identi-taire. C’est celui d’une grille de lecture ethnique de notre société, et même raciste puisqu’elle définit les gens non pas en raison de leur identité juridique (nationalité, citoyenneté) ou culturelle, mais simplement par leur apparence.

Car soulignons-le, la couleur de peau ne désigne pas l’étranger. Les Antillais sont ainsi citoyens français depuis un siècle et demi. Les descendants d’immigrés nés en France sont français. Et l’on peut être à la fois immigrant et français : c’est le cas d’une personne née à l’étranger, puis devenue française par naturalisation. Mais commençons à parler chiffres en répondant à cette variante :

« Quand même, on voit que tu ne prends pas le métro… »

La réponse : C’est une formule que le démographe Hervé Le Bras entend souvent. Et à laquelle il répond en deux temps : « D’abord, s’il y a plus de Noirs et d’Asiatiques dans le métro, c’est parce que Paris est, avec la Seine-Saint-Denis, l’un des endroits de France où il y a la plus forte proportion d’immigrés, de touristes et de personnes originaires de l’outre-mer. Tandis que sur la plus grande partie du territoire français, on retrouve les proportions nationales, qui sont assez faibles. » L’agglo-mération parisienne concentre ainsi 12% de la population de l’Hexagone, mais 35% des immigrés, selon l’Insee.

« Second point, reprend Hervé Le Bras, les immigrés ont des revenus inférieurs, ils prennent donc davantage les transports en commun. » Ainsi la peur d’un « grand remplacement » se fonde sur une perception, forcément subjective, qui peut être renforcée par des situations locales, c’est-à-dire une ségrégation géographique et sociale.  « Le chercheur se fait piéger quand il accepte de répondre à des questions sur l’immigration, alors qu’il s’agit de problèmessociaux », prévient l’historien Gérard Noiriel.  « Parce que la question fondamentale, pour ces gens qui sont français pour la plupart, c’est la marginalisation sociale et la ghettoïsation. »

« Tu n’en sais rien, car il n’y a pas de statistiques fiables sur l’immigration. »

La réponse : Eh bien si ! « Nous disposons de chiffres fiables, ce n’est pas une difficulté », assure le démographe Hervé Le Bras. L’Insee publie les origines géographiques des habitants de la France. Autre source, « l’échantillon démographique permanent », un panel de très grande taille (5% de la population française) qui offre aux chercheurs un vaste sujet d’étude.

Là où il y a débat, c’est sur l’opportunité de disposer en plus de statistiques ethniques. Car on ne connaît pas la couleur de peau d’une personne qui vient de Martinique: noire, métis, béké ? Mais est-ce bien utile de le savoir? Hervé Le Bras en doute : « L’origine ethnique, qu’est-ce que cela veut dire ? Distinguer les Kabyles des Algériens arabes, c’est très compliqué, car il n’y a pas de définition possible sur laquelle se mettre d’accord. Mieux vaut prendre en compte les origines nationales. »

Et puis, ajoute-t-il non sans malice, des statistiques ethniques aboutiraient à définir le polémiste réactionnaire Eric Zemmour comme originaire d’Afrique du Nord…

A l’inverse, c’est la thèse du « grand remplacement » qui n’est pas documentée par des statis-tiques fiables, mais relève de la manipulation, selon Hervé Le Bras, qui a d’ailleurs répondu à Renaud Camus lors d’un débat orchestré par Alain Finkielkraut sur France Culture: « Son livre est informe. On ne peut pas parler de ‘théorie’, c’est un slogan, sans argumentation logique. Les partisans du ‘grand remplacement’ se méfient de ne pas aller sur le terrain des chiffres. Ou alors, s’ils donnent un chiffre, c’est un amalgame, un chiffre faux. »

« La France fait face à un afflux de migrants sans précédent. »

La réponse : C’est faux. La France a été, à partir du milieu du 19è siècle, l’un des principaux pays d’immigration. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Entrons dans le détail des chiffres. Ils sont communiqués par le ministère de l’Intérieur, par l’Insee et par Eurostat, et doivent être rapportés à la population de la France métropolitaine : 64,9 millions d’habitants au 1er janvier 2017. « Il y a 364.000 entrées en France chaque année. Mais il y a aussi environ 300.000 sorties », indique Hervé Le Bras, un chiffre stable depuis une dizaine d’années. Ensuite, plus du tiers des personnes qui arrivent en France sont des Français.

« Les 364.000 entrées se décomposent entre 131.000 retours de Français, 84.000 personnes issues de l’Union européenne et 148.000 personnes venues d’une région hors Union euro- péenne. Au sein de cette dernière catégorie, 20.000 repartent. » (Source : Eurostat) « Donc l’accroissement hors-Union européenne (et cela veut dire tous les pays du monde, Argentine, Chine, Congo…), c’est 130.000 personnes », reprend Hervé Le Bras. « Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas non plus quelque chose qui justifierait des termes comme ‘invasion’ ou ‘remplace- ment’. »

Parmi eux, 70.300 sont des étudiants venus poursuivre leur cursus dans les universités françaises, selon les chiffres 2016 du ministère de l’Intérieur. 78.000 sont des demandeurs d’asile – un chiffre porté à un peu plus de 100.000 en 2017. La France est très loin de connaî- tre le même flux migratoire que l’Allemagne (1,543 million de migrants en 2015, selon Eurostat).

« Il y a beaucoup trop d’immigrés. »

La réponse : Quittons donc les arrivées et les départs pour nous intéresser à ceux qui sont là. Combien y a-t-il d’immigrés en France ? On dispose pour le savoir d’une étude très détaillée réalisée par l’Ined et l’Insee, publiée début 2016 : « Trajectoires et origines » (TeO) 7,6 millions de personnes sont nées à l’étranger, selon l’Ined. Parmi elles, 1,7 million sont nées avec la nationalité française et 5,9 millions sont nées de nationalité étrangère. C’est 9% de la popula- tion résidant en France. Au sein de cette catégorie, près de 4 sur 10 sont devenus français (3,6 millions sont étrangers et 2,3 millions ont acquis la nationalité française).

A titre de comparaison, l’Arabie Saoudite compte 28% d’immigrés (7,3 millions de personnes), le Canada 21% (7,2 millions), les Etats-Unis 13% (43 millions). Le petit Luxembourg est à 35%, la Suisse à 23%, selon l’Ined. Parmi les pays comparables à la France, l’Allemagne est à 15%, le Royaume-Uni à 13% (chiffres de la Banque mondiale). Mais on l’a vu, la peur du « grand remplacement » renvoie à la question de la perception de l’immigration, donc à sa visibilité. Cela conduit à souligner trois éléments :

  • 45% des immigrés sont originaires d’un pays d’Europe. Et d’ailleurs, la tendance se ren- force : année après année, une proportion croissante est issue de l’Union européenne (Insee).
  • Ceux qui agitent le spectre d’un « grand remplacement » comptabilisent aussi les descen- dants d’immigrés. Soit. Cela représente 7,3 millions de personnes ayant au moins un parent immigré (10% de la population). Pour près de la moitié d’entre eux (45%), ils sont d’origine européenne (Espagne, Italie, Portugal…), tandis que 31% ont au moins un pa- rent venu du Maghreb, 11% un parent venu d’Afrique sub-saharienne, 9% d’Asie.
  • Les articles de la fachosphère ajoutant à ce total des centaines des milliers de Roms sont purement mensongers. Cette population est estimée entre 15.000 et 20.000 personnes en France.

Si l’on additionne immigrés et descendants d’immigrés, ainsi que les 9% de la population natifs d’un territoire d’outre-mer, ce sont 29% des habitants de l’Hexagone qui ont des origines étrangères ou métissées, que ces origines soient un Dom-Tom, la Belgique ou le Soudan.

« Tout cela, c’est la faute du regroupement familial. »

La réponse : Halte aux fantasmes ! Un étranger en situation régulière peut demander un visa de long séjour pour son conjoint et ses enfants mineurs, mais la législation a été progressive- ment durcie, notamment les conditions de ressources. Les chiffres ne cessent de baisser. Le regroupement familial a concerné 12.000 personnes en 2015, contre 16.000 personnes en 2012, et 23.000 en 2003, selon la direction générale des étrangers en France (DGEF) et le ministère de l’Intérieur.

« On accuse le regroupement familial d’être la source d’arrivées, mais il est maintenant majoritairement constitué de conjoints de Français. Un homme étranger ou une femme étrangère marié(e) à un Français ou une Française », relève Hervé Le Bras.

« Les immigrés font plus d’enfants, c’est par leur natalité qu’ils nous remplacent. »

La réponse : « Il est faux de dire, comme le fait l’extrême droite, que la fécondité française serait élevée à cause des immigrées », insiste Hervé Le Bras. Là aussi, l’Insee et l’Ined présen- tent des chiffres très détaillés. Les femmes immigrées ont une fécondité s’élevant en moyenne à 2,73 enfants par femme (données 2010). C’est davantage que pour les femmes sans lien avec l’immigration, qui sont à 1,86 enfant par femme, mais la différence est trop faible pour peser significativement sur la moyenne nationale. Le chiffre est plus proche de 3,5 pour les femmes nées au Maghreb, selon le ministère de l’Intérieur.

Hervé Le Bras apporte plusieurs nuances. D’abord, « près de 40% des naissances de mère immigrée sont en réalité des naissances mixtes ».

Surtout, le différentiel de natalité n’est pas déterminé par des causes culturelles. Pour rappel, la natalité est de 1,98 enfant par femme en Tunisie, 2,12 au Maroc, 2,03 en Turquie (source : CIA World Fact Book). La différence est avant tout sociale. « Les femmes immigrées sont moins actives que les femmes non immigrées, ces femmes au foyer font logiquement plus d’enfants que les autres », explique le démographe. « Quand on compare les femmes actives, les différen- ces se réduisent. » D’ailleurs, les femmes descendantes d’immigrés, qui ont eu accès à l’éducation et au monde du travail, rejoignent la moyenne avec 1,85 enfant par femme.

Quant à prétendre, comme on le lit sur des sites d’extrême droite, que les femmes immigrées feraient des enfants plus jeunes, et que les générations se renouvelleraient plus rapidement, c’est aussi un fantasme. La différence d’âge n’est pas significative : les immigrées ont leur premier enfant à 27 ans en moyenne, les descendantes d’immigrés à 28,5 ans, les femmes sans lien avec l’immigration à 28 ans (source : Insee, 2010). Une différence à mettre en relation là aussi avec le niveau de diplôme.

« Le visage de la France change. »

La réponse : Il change, mais s’agit-il d’un remplacement ? Il faudrait pour cela deux popu- lations distinctes, l’une se substituant à l’autre. Or c’est tout l’inverse. « Le mélange se fait », explique Hervé Le Bras. « La France est un pays où la mixité progresse. Cette idée de ‘grand remplacement’ n’a pas de sens, sauf à dire qu’une population qui était plutôt constituée de personnes non immigrées est maintenant une population mixte. » Les descendants d’immigrés sont d’ailleurs plus nombreux que les immigrés. Regardons les statistiques fournies par l’Insee.

En 2014 :

  • 10% des naissances sont le fait de deux immigrés (rappelons qu’un immigré peut aussi être un Français) ;
  • 30% des naissances ont au moins un parent ou un grand-parent immigré ;
  • 60% des naissances n’ont ni un parent, ni un grand-parent immigré.

Cette tendance va s’accroître peu à peu. « Compte tenu de la faible immigration actuelle, pour la génération suivante, ce sera environ 50% des naissances qui auront des origines mixtes », indique Hervé Le Bras. Faut-il s’en plaindre ? « Le refus du métissage, c’est cela le véritable racisme », répond le démographe. « C’est l’idée que la mixité corromprait la ‘race’. Mais on ne peut pas parler de race car si on remonte à plus de deux générations, tout le monde est d’origine mixte. »

« C’est pire que ça n’a jamais été, cette fois, les étrangers sont inassimilables. »

La réponse : Ce discours selon lequel la France n’a pas la capacité d’assimiler les migrants n’a rien de nouveau, au contraire, souligne l’historien Gérard Noiriel, auteur du livre « le Creuset français » (Seuil) :

« On entend ce discours dès les années 1880, puis dans les années 1930 et ensuite depuis les années 1980-90. » « Chaque fois, c’est au moment où les flux migratoires s’affaiblissent. C’est-à-dire qu’il y a un décalage entre le moment où les flux migratoires sont importants, parce qu’il y a une nécessité pour l’économie nationale de recourir à ces migrants, et le discours sur le trop-plein. Ce n’est pas un hasard. A chaque fois, le discours xénophobe apparaît dans une période de crise économique. »

Le discours nationaliste affirme que le creuset français fonctionnait dans le passé parce que ces groupes ethniques se seraient fondus dans la nation petit à petit, poursuit Gérard Noiriel. « C’est un récit, une histoire avec des personnages, un avant qui était merveilleux et un mainte- nant qui serait problématique. » Alors que la réalité historique est beaucoup plus complexe.

Un exemple : les Italiens. A la fin du 19è siècle, les « Ritals » sont considérés comme trop nombreux, comme des voleurs de travail. Le 17 août 1893, à Aigues-Mortes, une dizaine d’Italiens sont massacrés par des d’ouvriers et des villageois français. Il s’agit du « plus grand ‘pogrom’ de toute l’histoire contemporaine de la France, même si le nombre d’ouvriers italiens morts ce jour-là n’a jamais été établi avec certitude », écrit Gérard Noiriel dans son ouvrage « le Massacre des Italiens » (Fayard, 2010).

« Le discours qui se met alors en place, c’est de dire que ces Italiens, cela fait 20 ou 30 ans qu’ils sont là, qu’ils ne sont toujours pas assimilés et qu’ils forment ‘une nation dans la nation’. C’est l’expression qu’on employait à l’époque, et c’est la même chose que les accusations de communautarisme aujourd’hui », précise l’historien. Et comme aujourd’hui avec le terrorisme islamiste, le discours nationaliste s’empare de l’actualité internationale. L’Italie est alors l’alliée de l’Allemagne et de l’Autriche, elle représente donc une menace extérieure, rappelle Gérard Noiriel. A ses yeux, la principale difficulté de la France du 19è siècle, c’est la persistance du chômage : « Nous sommes installés dans un chômage de masse de longue durée qui alimente le discours xénophobe, alors qu’auparavant il durait sur une période plus limitée. »

« L’islam va devenir majoritaire. »

La réponse : Seulement 3% des Français interrogés se déclarent musulmans, ce qui repré- sente environ 1,8 million de personnes, selon le politologue Jérôme Fourquet et le démo- graphe Hervé Le Bras, auteurs en 2014 d’une étude pour la Fondation Jean-Jaurès, « la Reli- gion dévoilée ». « Ce chiffre se situe nettement en deçà de ceux habituellement publiés et qui confondent musulmans et Maghrébins d’origine ou descendants de Maghrébins », soulignent-ils.

L’Ined fournit une estimation légèrement supérieure : 2,1 millions de personnes. Pour les musulmans aussi, la pratique religieuse recule. « 30% des personnes qui se disent musul- manes vont au moins une fois par mois dans un lieu de culte », indique Hervé Le Bras, « soit environ 500.000 pratiquants réguliers ». Les catholiques, eux, sont 20% à être des pratiquants réguliers. Autrement dit, « la sécularisation de la société française gagne aussi les descendants d’immigrés. »

Les mosquées vont-elles remplacer les églises ? On en est très, très loin. Pour une mosquée, on compte 17 églises. Il y avait 2.448 lieux de culte musulmans en 2012, selon le ministère de l’Intérieur, dont moins de cent mosquées avec minaret. Tandis que les églises sont au nombre de 42.258 en 2016, selon la Conférence des évêques de France. Précisons qu’il y a eu 255 églises désaffectées depuis 1905, pour 1.886 nouvelles églises construites.

Deuxième religion de France, l’islam est-il incompatible avec la République ? On peut répondre par une comparaison : « Ce qu’on entend aujourd’hui sur l’islam, on le trouvait déjà dans le discours antisémite », explique Gérard Noiriel. « L’incompatibilité entre la religion chrétienne et la religion musulmane, ça reprend au mot près le discours qui était tenu sur la religion juive. »

« Tous ces chiffres, je m’en moque. »

Votre beau-frère Albert est ébranlé, c’est presque gagné. Presque, parce que parfois les chiffres ne suffisent pas. C’est ce que nous explique un autre historien, Pascal Blanchard, qui a publié « les Années 30. Et si l’histoire recommençait ? » (La Martiniere, 2017) : « Le discours sur le ‘grand remplacement’ n’a rien de neuf, c’est celui du déclin de la race blanche présent depuis le milieu du 19è siècle et surtout au début du 20è. Il est situé dans l’histoire, ce qui montre qu’à aucun moment les chiffres ne comptent. Ce n’est pas du quantitatif, ce n’est que du ressenti. Or, la statistique n’est pas ressentie par l’opinion. Les petits Blancs qui ont voté Trump sont dans l’irrationnel, ils se moquent des statistiques ! »

Alors, que répondre si l’argument moral et les chiffres ne suffisent pas ? Pascal Blanchard met en avant une dimension juridique. 

« Ce qu’on peut dire, c’est qu’on est dans une société de droit. Pour un individu qui a acquis des droits, la question de la ‘race’ ne se pose plus. Choisir de regarder un individu par le prisme de sa ‘race’ ou de sa citoyenneté, ça c’est un choix de société. » « Les immigrés sont des gens qui ont acquis des droits, dont les enfants ont acquis des droits et qui sont majoritai- rement français, dont les petits-enfants ont acquis des droits. Ce sont des gens qui sont morts pour la France pendant la guerre, qui ont construit ce pays durant les Trente Glorieuses, dont les enfants sont allés dans nos écoles, travaillent et payent des impôts dans ce pays, les sportifs ont gagné pour la France, les artistes ont fait la culture française. Et donc il n’y a aucune raison de regarder leurs origines. »

« Mais on en est encore là car on ne connaît pas cette histoire ni ce long récit commun », conclut Pascal Blanchard. « Notre histoire commune est à la marge. Donc les frustrations et les ran- cœurs dominent. A titre d’exemple, si vous voulez expliquer l’histoire coloniale à vos enfants, eh bien vous n’avez aucun musée en France pour connaître ce passé. C’est un cas d’amnésie nationale. »

 Baptiste Legrand 13 janvier 2018 

https://www.nouvelobs.com/

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