12 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

langue corse (le figaro)

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«L’officialisation de la langue corse n’est pas l’ennemie de l’unité républicaine»

La langue corse ne sera pas la deuxième langue officielle de la France a déclaré le gouver- nement. La linguiste, spécialiste du corse Stella Retali-Medori, explique au Figaro, pourquoi cette reconnaissance est pourtant vitale pour la sauvegarde d’une langue «en voie de disparition».

Depuis soixante ans, très exactement, la langue française est la langue de France. Officielle, nationale, elle est aussi exclusive. Cela signifie que hormis lui, nul autre idiome ne peut préten- dre la remplacer. Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l’Intérieur et chargée du dossier corse, en visite à Ajaccio l’a encore rappelé aux indépendantistes ce vendredi 5 jan- vier: «La langue de la République française est le français, une revendication des nationalistes n’est pas envisageable.»

Une déclaration de principe audible? Pas sûr. «La co-officialité n’est pas synonyme de juxta-position de deux nations», rappelle la linguiste et spécialiste du corse Stella Retali-Medori. Elle explique au Figaro pourquoi la reconnaissance de la langue corse, actuellement «en voie de disparition», n’est pas contraire à l’Histoire de la France.

Le gouvernement a déclaré vendredi soir, que la co-officialité de la langue corse et du français n’est pas envisageable. Pourquoi cela ne pourrait-il pas l’être?

Stella Retali-Medori - Si le gouvernement a montré des signes d’ouverture politique pour la Corse, la question linguistique reste un objet de crispation qu’il conviendrait enfin de dépasser. L’officialisation du corse, comme celle d’autres langues régionales ou non territorialisées se heurte à un obstacle constitutionnel mais également à une représentation des langues qui est ancrée dans les mentalités depuis la Révolution Française et qui empêche une reconnais- sance institutionnelle des langues de France.

On considère, dans cette perspective, que la diversité linguistique serait l’ennemie de l’unité républicaine. Or, cette perception du fait linguistique est erronée. En effet, si l’on étudie la situation de divers pays du monde, y compris les pays frontaliers de la France, la diversité linguistique est généralement bien acceptée voire valorisée. Il y a donc un paradoxe, pour le pays qui se revendique comme étant la patrie des Droits de l’Homme de nier, voire de souhai- ter anéantir toute forme de diversité linguistique. On en vient même, dans cette approche, à oublier que le français lui-même est soumis à divers phénomènes de variation qui sont d’ailleurs indispensables à sa vitalité.

Si la co-officialité de la langue venait à passer, cela ne signifierait pas que les panneaux de signalisation seraient tous écrits en corse, jusqu’à Paris. Il faudrait imaginer ce qui est déjà en vigueur par exemple en Catalogne, en Espagne. Il y a évidemment une distinction à faire entre le niveau régional et le niveau national.

Pourquoi est-il important pour les Corses d’officialiser le statut de leur langue?

C’est important sur le plan symbolique car il y a un fort désir des Corses de reconnaissance et de valorisation de leur identité, spécialement linguistique. Les élus corses, et quelle que soit leur orientation politique, l’ont d’ailleurs montré en votant un statut de co-officialité à la Collec- tivité Territoriale de Corse en 2013 alors que Paul Giacobbi était président de l’exécutif.

C’est aussi important pour permettre une politique linguistique en faveur de la vitalité du corse qui soit efficace, et qui aille bien au-delà de la problématique de l’enseignement de la langue pour laquelle il y a eu, depuis une trentaine d’années, beaucoup de progrès qui ont été réalisés. En Corse comme ailleurs, le recul voire la perte de la pratique linguistique conduit à un appauvrissement culturel dont les insulaires sont conscients et qu’ils veulent éviter. La co-officialité n’est pas synonyme de juxtaposition de deux nations ; la réduire à cette perspec- tive est une erreur. La considérer sur un plan régional permettrait de décrisper la situation.

La langue corse est-elle vraiment menacée?

Le corse est enseigné dans les écoles de l’île par le biais de deux dispositifs essentiels: des sites bilingues où corse et français sont des langues d’enseignement et de communication, des écoles où le corse est enseigné à raison de trois heures par semaine. Si l’école est assez bien dotée sur le plan de l’enseignement du corse, la transmission familiale est en perte de vitesse considérable.

On peut envisager qu’il y a deux raisons à ceci: la représentation de la langue résultant de la politique linguistique de la France conjuguée -et cela va de pair- à une méconnaissance du corse dans son fonctionnement, son histoire, sa valeur culturelle, mais aussi une posture attentiste des insulaires car la revendication institutionnelle sur la langue a concentré les éner- gies alors qu’il appartenait aussi aux Corses de la transmettre, naturellement (en famille, dans les commerces, etc.), sans qu’un cadre officiel ne soit nécessaire.

Cette façon d’acquérir une langue, qui reste la plus efficace, s’est heurtée par le passé à une représentation négative de la langue qui a conduit à la délaisser, et elle se heurte aujourd’hui à la baisse du nombre de locuteurs qui ne permet plus un apprentissage ample et naturel de la langue alors que les Corses aspirent à sa sauvegarde et sa revitalisation.

À combien se chiffre le nombre de corsophones de nos jours?

Il est difficile de quantifier le nombre de locuteurs, sachant qu’en outre, parler le corse peut revêtir, comme pour d’autres langues, divers niveaux de compétences. Les dernières enquêtes sociolinguistiques qui ont été commandées par la Collectivité Territoriale de Corse évaluent à 2% le taux de transmission familiale et à 14% les pratiques bilingues dans les familles. Ces taux sont extrêmement faibles et font entrer le corse, selon les critères de l’UNESCO, dans la catégorie des langues en voie de disparition.

Mais le corse est aussi parlé dans le nord de la Sardaigne, et cela pourrait représenter une chance pour la pratique linguistique dans notre île, comme l’a compris le nouvel exécutif. Les affinités du corse avec les parlers frontaliers d’Italie et la présence multiséculaire de l’italien comme langue véhiculaire pourraient représenter une chance inouïe pour notre langue car elle peut alors être appréhendée comme une variété d’échanges transfrontaliers privilégiés avec l’Italie et être une porte d’accès aux autres variétés romanes, donc une voie royale vers le plurilinguisme.

La langue est-elle un facteur d’intégration en Corse?

Oui, les immigrés présents dans l’île ont, lorsque la vitalité de la langue le permettait, acquis bien souvent la langue et se sont totalement intégrés dans la société insulaire lors des décen- nies précédentes voir des siècles passés. Des familles immigrées inscrivent aussi leurs enfants en cours de corse avec un désir manifeste d’intégration comme j’ai pu le constater lorsque j’enseignais dans le secondaire. L’adéquation langue – identité reste forte, tout au moins dans les représentations.

La langue corse serait donc originellement une langue de partage…

Le corse est né de la romanisation de la Corse, et donc de l’implantation du latin dans l’île pendant l’Antiquité. Conquise en même temps que la Sardaigne, l’île a connu une latinisation profonde et, à l’instar de l’ensemble des territoires latinisés de l’Empire romain, le latin a pro- gressivement évolué pour donner naissance à une variété néo-latine très proche de l’ensem- ble des parlers de l’Italie centrale et méridionale, dont le toscan qui a donné naissance à l’italien.

La séparation effective entre le latin et les langues qu’il a fait naître date du 9è siècle, période à laquelle la Corse est tournée vers la Toscane et l’Italie centrale. Comme d’autres variétés romanes elle a emprunté du lexique aux langues germaniques, à l’arabe, à l’ancien français et l’ancien occitan, à diverses variétés italiennes, ainsi qu’au latin par voie savante pendant le Moyen Âge.

Sur le territoire français elle est donc une langue originale, au même titre que le catalan du Roussillon par exemple, tout en présentant des affinités avec l’ensemble des autres variétés issues du latin puisqu’elles possèdent cette source commune. Le corse a un lexique et une syntaxe qui sont semblables en de nombreux points avec l’ensemble des langues romanes, dont le français fait bien entendu partie, tout en étant suffisamment différente pour justifier sa reconnaissance.

Alice Develey 09/01/2018

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Commentaire: La seule transmission efficace c’est en famille. En ce sens l’état français a réussi son éradication linguistique, en « conseillant » aux parents de ne parler que français à leurs enfants « puisqu’on ne peut faire entrer qu’une seule langue dans leur tête »!

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