09 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

n’importe quoi! (les échos)

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Bienvenue dans cette France qui construit n’importe comment

Zones pavillonnaires mal pensées, bureaux inoccupés, musées vides, super-marchés en plein champ… Certains maires redessinent la ville à leur guise, sur fond de mégalomanie locale. Et comme toujours, c’est le contribuable qui paye.

Si notre territoire n’a jamais été ordonné comme un jardin à la française, nos paysages s’ap- parentent chaque année un peu plus à une immense brocante : on y trouve de tout rangé à peu près n’importe où et n’importe comment. À commencer par 35.585 communes. Un record européen. Presque 55 % n’excèdent pas 500 habitants. Mais toutes – et c’est compréhensible – sont attachées à leur souveraineté.

De fait, c’est aux élus locaux et en premier lieu au maire que revient la responsabilité de dessiner chaque ville et chaque village en décidant de l’affectation des sols, en accordant les permis de construire et en permettant l’implantation de certains équipements. Une respon- sabilité aussi lourde que prestigieuse. Prestigieuse, car plus que la gestion du budget commu- nal, l’urbanisme constitue l’essence même du pouvoir municipal. Lourde responsabilité aussi, car il n’est pas toujours facile dans des petites communes de résister aux pressions en tous genres pour rendre un terrain constructible.

Ajoutez à cela un contexte de compétition territoriale accrue et l’aspiration des maires à gagner de nouveaux habitants et l’on comprend pourquoi la souveraineté des communes a abouti à un renforcement des guerres de clochers… au grand dam de nos territoires.

Gabegie des collectivités

Symbole de ces guerres absurdes : les constructions d’équipements publics de grande ampleur, censés renforcer l’attractivité des communes par rapport à leurs voisines, et qui, faute de visiteurs, finissent toujours par coûter une fortune aux contribuables… donnant ainsi l’occasion aux Chambres régionales de comptes de dénoncer une énième fois la fameuse gabegie des collectivités locales.

Les exemples en la matière sont pléthore. Un centre aquatique d’envergure métropolitaine à Montauban. Une patinoire olympique devenue un gouffre financier à Marseille. Ou encore, à Biarritz, la Cité de l’océan qui fait doublon avec un autre musée (le Musée de la Mer) et dont le taux de fréquentation n’atteindra vraisemblablement jamais l’objectif initial de 500.000 visiteurs par an.

Des projets ubuesques, généralement pris en exemple pour dénoncer l’irrédentisme local, mais qui ne sont en réalité que la face visible de l’iceberg. Car la compétition entre territoires sou- lève des problèmes autrement plus graves que la création de quelques équipements dispro- portionnés, fussent-ils d’un cout extravagant pour le contribuable. À commencer par le mitage du territoire…

Étalement urbain ravageur

Pour augmenter la population, la solution la plus simple pour les communes, notamment en zones rurales, consiste à soutenir activement les constructions de maisons, fut-ce au coup par coup. Cela ne serait pas forcément condamnable en soi si le développement pavillonnaire s’inscrivait dans une continuité urbaine, avec une vision d’ensemble.

Mais il n’en est malheureusement rien : l’immense majorité de ces maisons est plantée n’importe comment, parfois en plein champ, du moins en dehors de toute opération d’amé-nagement concerté. La tendance ne date ni d’aujourd’hui ni même d’hier. Rien n’a pu l’endi- guer. Ni les appels à la préservation de l’environnement, ni les lois faisant de la densification des milieux déjà urbanisés l’alpha et l’oméga de l’aménagement.

On connait le résultat de cette course folle pour gagner de nouveaux habitants. L’urbanisation, de façon générale, n’y a pas gagné en clarté, c’est le moins qu’on puisse dire. Les villes moyennes ont arrêté de se densifier, leur population a stagné, voire pour certaines décliné, le tout au profit des plus petites communes. L’absence de concertation en matière d’aménagement a un peu plus affaibli les villes-centres de taille moyenne, les seules qui sont pourtant aujourd’hui en mesure de faire contrepoids aux métropoles et de permettre à leurs territoires de s’en sortir.

Zones d’activité et commerciales à la pelle

Autre domaine dans lequel les effets de l’irrédentisme de clocher se font sentir : la multipli- cation des zones d’activités. Là encore, on en trouve de toutes sortes, un peu partout, non pas tant pour répondre à une demande que pour affirmer l’existence de volontés politiques. Après les zones d’activités tertiaires qui ont fait florès dans les années 1980, ce sont aujourd’hui les zones commerciales qui ont la côte. Au point qu’il ne passe pas un jour sans qu’une nouvelle demande d’implantation commerciale ne soit déposée… Si cette prolifération des zones d’activités favorisait la création de richesse et d’emplois, il n’y aurait rien à redire. Mais ce n’est malheureusement pas le cas.

Car à force de construire à tout bout de champ, sans tenir compte de ce qui existe déjà dans le voisinage, ces zones aboutissent systématiquement à des résultats diamétra- lement opposés à ceux recherchés. Qu’il s’agisse des zones de bureaux qui peinent à trouver preneur, ou des zones commerciales avec supermarché qui, du fait de leur caractère fortement concurrentiel, sont obligées de se mener une guerre sans pitié et de se cannibaliser entre elles.

Catastrophe environnementale

Et pourtant, alors même que la grande majorité des territoires ont d’ores et déjà connu de tels cas de figure, la prolifération continue. Tous les ans, de nouvelles zones voient le jour. À cela, une raison simple : chaque commune veut impérativement se doter de son propre pôle d’attractivité. Cette ambition, si elle fait sens dans les grandes métropoles, est totalement déconnectée de la réalité dans des communes excentrées qui ne disposent pas d’une taille critique suffisante pour faire venir entreprises, salariés et surfaces commerciales sur leur territoire. Une logique de cavalier solitaire en grande partie responsable de l’apparition de friches en périphérie des communes.

Pour les zones commerciales, cette logique est parfois également doublée d’un certain «je-m’en-foutisme» de la part d’élus qui, sous les habits d’un libéralisme de bon aloi, se désintéressent complètement des problématiques relatives au commerce et laissent les mains libres à des spéculateurs immobiliers connus pour leur capacité à ravager nos entrées de villes. Mais qu’il s’agisse d’un «je-m’en-foutisme» ambiant, d’une logique de cavalier solitaire ou d’une lutte désespérée pour la survie, ces guerres de clochers conduisent systématique- ment à des catastrophes en terme d’aménagement : mitage, affaiblissement des villes-centres, multiplication des friches…(…)

Franck Gintrand est directeur général Global Conseil Corporate et président de l’Institut des territoires

https://www.lesechos.fr/

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