07 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

volontaires (paris match)

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Volontaires chrétiens en Palestine, ils témoignent

«La colonisation en Palestine est un cancer qui développe quotidiennement ses métastases» : telle est la conclusion extrêmement forte de Corinne et Laurent Mérer, deux volontaires catholiques qui ont passé trois mois dans les Territoires occupés.

Au printemps 2016, Corinne et Laurent Mérer passent trois mois dans les Territoires occupés à l’appel des églises chrétiennes de Palestine.

Cet ancien amiral et son épouse ne sont pas particulièrement sensibilisés à la question israélo-palestinienne. Ils vont partager au jour le jour la vie des chrétiens et musulmans, dans les sites sensibles de Cisjordanie, checkpoints, villages bédouins, près des colonies, selon le principe de la présence protectrice. Ce qu’ils découvrent sur le terrain les sidère : harcèlement, expé-ditions punitives, humiliations  quotidiennes de la part des colons et des soldats de Tsahal, couverts par les autorités. Ils publient le récit de leur mission : « S’ils se taisent, les pierres crieront » (éd. Balland). Interview et extraits.

Paris Match Qu’est-ce qui vous a décidé à partir en Cisjordanie avec votre épouse?

Laurent Mérer. Dès 2002, à la suite de la deuxième intifada, l’ensemble  des Eglises chré-tiennes de Palestine se sont réunies pour lancer, au nom de tous les Palestiniens, chrétiens et musulmans,  un appel aux hommes et aux femmes de bonne volonté : « Venez, partagez un moment de notre vie et témoignez de ce que vous aurez vu » ; l’appel est renouvelé chaque année. Cette approche œcuménique, au sens large du terme, d’une question éminemment complexe nous a séduits.

Pouvez-vous nous rappeler le cadre de cette mission?

La réponse à cette demande a été formalisée par un programme monté par le Conseil œcu-ménique des Eglises (programme EAPPI : Ecumenical Acompaniment Program for Palestine and Israël) qui consiste à l’envoi régulier, pour une durée de trois mois, d’une promotion de trente volontaires internationaux, dans les Territoires Occupés de Palestine. Sur place les volontaires sont répartis par équipes de 4 à 5 qui vivent en autonomie dans des endroits sensibles (Jérusalem-Est, Hébron, collines du sud d’Hébron, Bethléem, Jéricho/vallée du Jour-dain, Yanoun, Tulkarem), et travaillent concrètement sur le terrain, selon le principe de la « présence protectrice » pour faciliter l’accès des Palestiniens au travail (présence aux check-points), à l’éducation (entrée des écoles), aux lieux de cultes (églises et mosquées) , pour être présents auprès des bédouins et des bergers dont les terrains et les pâturages sont convoités par les colons, pour soutenir les familles dont les maisons font l’objet de démolitions punitives ou ont été murées, celles dont les enfants ont été blessés ou sont emprisonnés. Ce travail se fait au quotidien en relation avec les organisations israéliennes et palestiniennes qui militent pour une paix juste, et les grandes organisations internationales.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqués? Choqués? Révoltés?

L’aveuglement, la haine…On croyait la colonisation abandonnée aux oubliettes de l’histoire, elle est en Palestine une réalité vivante et active, un cancer qui développe quotidiennement ses métastases. Les rares colons avec qui nous avons pu échanger, la plupart des autres étaient davantage dans l’invective et le crachat, sont dans une démarche messianique : « Dieu nous a donné cette terre, les Palestiniens n’ont rien à y faire, ils doivent partir, sinon nous les jetterons à la mer ».  Un point nous a particulièrement frappés : les Palestiniens chrétiens, bien que très minoritaires, sont spécialement dans le collimateur des autorités israéliennes.

Les chrétiens, pour des raisons historiques, font partie de l’élite de ce pays et ils ont été à la tête de la plupart des mouvements de contestation. En outre, ils sont les témoins vivants que ce conflit n’est pas un conflit de nature religieuse juifs/musulmans, facile aujourd’hui à «ven-dre»  à l’opinion occidentale, mais un conflit de territoire. Les  Palestiniens chrétiens sont donc, aux yeux du gouvernement israélien, des gêneurs qu’il faut inciter à partir en leur compliquant au maximum la vie quotidienne. Cette politique est un succès puisque les chrétiens, qui repré-sentaient près de 20% de la population sont aujourd’hui moins de 1,5%. Il demeure que les Palestiniens chrétiens ont un rôle important à jouer dans la solution ou l’évolution du conflit.

Dans ce tableau désespérant, il y a malgré tout une lueur d’espoir : de nombreux Israéliens (y compris de hauts responsables militaires ou policiers) comprennent et disent, car il y a une grande liberté d’expression en Israël, que la politique actuelle d’occupation et de colonisation mène leur pays à une impasse, qu’il n’y aura jamais de paix pour Israël tant que les Palesti-niens ne bénéficieront pas d’une paix juste ; pour le moment ils ne sont pas majoritaires, mais ce courant de pensée s’exprime régulièrement.

En êtes-vous revenus différents?

Oui, à l’évidence. On revient quelque peu désespérés de la condition humaine. Constater qu’un pays moderne, internationalement reconnu, suscite, encourage ou couvre les compor- tements que nous avons constatés, que cela se fait dans l’indifférence feutrée de la commu- nauté internationale, a quelque chose de révoltant. Désespérés aussi de réaliser que cette politique, contraire à l’esprit des pionniers, non seulement fait souffrir une partie de la popu-lation de cette terre, mais, à  terme, mène Israël à l’échec. Les Israéliens raisonnables et réalistes en ont dramatiquement conscience. Nous en avons eu à ce sujet des témoignages aussi saisissants que dramatiques d’Israéliens plus désespérés encore que nous.

A votre retour, comment votre entourage a-t-il reçu le récit de vos expériences?

Question délicate… Avec certains, famille ou amis, on n’a pu éviter la polémique, le sujet est si sensible, et dans notre pays particulièrement, si chargé de pesanteurs sociétales ou histori-ques. Il y a eu des réactions épidermiques… Mais pour la majorité de notre entourage, cela a été la sidération : la même que la nôtre devant la réalité de ce que nous avons vu et vécu. Nous avons à l’évidence fait évoluer leur appréhension de la réalité. Notre mission s’arrêtait là. A chacun après de se faire son propre jugement.

Retournerez-vous?

Non, pas dans l’immédiat du moins. Retourner à court terme serait prendre le risque que le regard s’émousse, qu’il s’habitue à l’inacceptable. Dans les années qui viennent, la situation ne va pas changer, elle risque plutôt d’empirer. Il vaut mieux inciter d’autres à faire comme nous, pour maintenir le flux des témoignages, avec un œil neuf à chaque fois. Pour le moment, nous nous attachons à la deuxième partie de la mission : raconter. Nous faisons de nombreuses conférences, réunions, et il y a ce livre. (Extraits du livre: suivre le lien)

04/01/2018 Anne-Laure Le Gall

http://www.parismatch.com/

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