04 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

sankara (le courrier.ch)

sankara

Sankara: vers la levée du secret français

Qui a commandité ce meurtre? Quels en ont été les exécutants? Fin novembre, le président français la levée du secret défense concernant l’affaire de l’assassinat de Thomas Sankara. La société civile doute.

La lumière sera-t-elle bientôt faite sur l’assassinat de l’ex-président révolutionnaire burkinabè Thomas Sankara?

Après le coup d’Etat d’octobre 1987 qui a porté Blaise Compaoré au pouvoir, le gouvernement français a immédiatement été accusé d’avoir fait éliminer le jeune capitaine, bouillant anti-impérialiste, premier à vilipender le néocolonialisme hexagonal sur le continent noir. Dans ce contexte, la promesse faite le 28 novembre dernier par le président français, Emmanuel Macron, de lever le secret défense sur tous les documents relatifs à cette affaire suscite un espoir chez tous ceux qui souhaitent que la vérité éclate enfin1.

Qui a commandité ce meurtre? Quels en ont été les exécutants? Pour les familles des victimes du coup d’Etat comme pour les milieux anticolonialistes français, nul doute que les archives devraient aider le juge burkinabè chargé aujourd’hui de l’enquête, qui a auditionné à ce jour plus de 100 personnes, d’établir les faits avec certitude.

Les militants sceptiques

Mais la promesse d’Emmanuel Macron sera-t-elle être tenue? Aujourd’hui, c’est le scepticisme qui prévaut, tant chez les militants mobilisés en faveur de la justice pour Thomas Sankara que chez ceux qui réclament la fin de la pratique étendue en France du secret défense, perçue comme une garantie de l’impunité des crimes d’Etat.

«Nous avons découvert que de telles promesses avaient déjà été faites aux victimes [dans plusieurs affaires] sans qu’elles ne soient réellement suivies d’effet. Aucune des déclassifi-cations obtenues dans ces différents dossiers et pourtant très médiatisées par le pouvoir en place n’a en réalité donné de résultat», assure le réseau international «Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique». Seuls auraient été déclassifiés des documents étiquetés «confidentiel défense», le plus faible degré de classification, et jamais un seul document estampillé «secret défense» et «très secret défense».

Selon le collectif «Secret défense, un enjeu démocratique», une promesse de déclassification du dossier Sankara avait déjà été faite par Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale durant le quinquennat de François Hollande, alors qu’il répondait à une question qui lui était posée dès son arrivée à l’aéroport de Ouagadougou en mars 2017.

Ce collectif ne prend donc plus ce genre de promesses au pied de la lettre, et estime que celles-ci n’ont pour but que de répondre à des objectifs politiques à court terme: «Emmanuel Macron avait été bien préparé par ses conseillers qui avaient engagé avant son arrivée à Oua-gadougou des rencontres avec différentes organisations de la société civile. Il savait qu’il ne pourrait éluder l’affaire Sankara et la demande du juge burkinabè de lever le secret défense.»

Peu de zèle côté français

Par ailleurs, le manque d’empressement de la justice française à répondre aux sollicitations récentes du parquet burkinabè renforce la méfiance de la société civile. Si François Compaoré, le frère et ex-homme de main de l’autoritaire Blaise Compaoré, a été brièvement interpellé sur le territoire français en octobre dernier, il n’a pour l’heure pas été extradé au Burkina comme l’exige le mandat d’arrêt international porté contre lui. De même, la demande de commission rogatoire adressée il y a plus d’un an à la justice française par le juge burkinabè chargé de l’affaire de l’assassinat de Sankara est restée lettre morte.

Pour le réseau international Justice pour Sankara, l’évolution de cette affaire dépendra avant tout de la mobilisation de la société civile: «Nous avons conscience que la promesse de M. Macron ne sera tenue que si la pression populaire reste forte et permanente.»

Jeudi 04 janvier 2018 Christophe Koessler
.
.
  • 1. Le président Macron a déclaré publiquement à Ouagadougou: «J’ai pris la décision que tous les documents produits par des administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat (…) couverts par le secret national soient déclassifiés et consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè.»

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin